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13 mai 2004

Le monde gris

Le monde gris
Galsan Tschina
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traduit de l’allemand (Mongolie) par Dominique Petit

Editions Métailié, 2004

(par Annie Forest-Abou Mansour)

 gris.JPGLire Le monde gris, autobiographie romancée de Galsan Tschinag, c’est plonger dans le monde magique des esprits avec lesquels dialogue le jeune narrateur. C’est s’embarquer vers un ailleurs poétique fascinant et étincelant comme la neige glacée du Haut Altaï : «C’est un hiver d’une clarté de glace, il brille de tous les côtés de l’Altaï…» Le monde gris, message d’espoir malgré les tourments et les peines, est un hymne d’amour à la nature belle et sauvage : « Agitant ses nageoires claires et frémissantes, le fleuve guide ses eaux teintées de vert et de rouge dans son lit étroit et sinueux ». Mais malheureusement, les chefs du parti donnent l’ordre de s’attaquer à cette nature vivante, sensible, dotée d’esprits. « Ils assassinent l’arbre (…), un frère.» Agressée par l’homme inconscient, la nature se révolte et se venge : « O Mère Terre blessée et humiliée, je percevais tes gémissements et tes cris de douleur, je sentais venir ta secousse révoltée ! »

 Les chants lyriques et panthéistes du jeune chaman constituent une critique indirecte mais claire au refus de la différence et au totalitarisme. L’enfant à travers les yeux duquel nous voyons le monde dénonce les dictateurs agresseurs qui poussent à l’hypocrisie. A la mort du maréchal Horloogijn Tchoïbalsan, « Il ne faut pas oublier que le Parti a des yeux partout : si quelqu’un ne partage pas le deuil national illimité, on se demandera pourquoi ! ». Il faut donc « s’arracher des larmes », pour ce faire, « il suffit d’imbiber son mouchoir de jus d’oignon et de s’en tamponner les yeux à chaque fois qu’il faut pleurer ».

 

L’hypocrisie règne même chez les chefs du parti. Ces derniers tentent violemment de supprimer les superstitions et les croyances, mais ils font appel aux pouvoir des chamans pour guérir leurs proches malades. Le parti pervertit les valeurs et ne suit pas les consignes imposées au peuple.

Ce véritable poème en prose, instructif, permet de pérenniser dans l’esprit des lecteurs – et espérons le aussi dans la réalité – les traditions du peuple touvin en voie de disparition.

15:06 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

12 mai 2004

Rêves de convalescence

Rêves de convalescence
Naguib Mahfouz

Editions du rocher, 2004

(par Annie Forest-Abou Mansour)


reve.JPGRêves de convalescence de Naguib Mahfouz est un petit ouvrage original constitué de cinquante-cinq rêves mettant en scène, au présent et de façon concise, le narrateur et quelques personnages, («un kebadji», vendeur de chiches kébabes, des fonctionnaires, des employés, des ouvriers, sa mère, ses sœurs…), appartenant aux différentes sphères de la société égyptienne, transfigurée par le songe et l’écriture. Ces petits fragments inspirés des rêves de l’auteur et retravaillés à son réveil, appartiennent à un genre littéraire nouveau et unique. Ce sont autant de petits textes autonomes, à la forme achevée et indépendante, construits comme de véritables unités.

Dans cet univers onirique, le narrateur évolue d’une époque à l’autre, oscillant du passé au présent, d’un lieu à l’autre, allant de la mer au Caire, à Alexandrie…, suivant ou non le caractère absurde et désordonné du rêve. L’angoisse, l’inquiétude, « Je suis inquiet » est maintes fois répété, parfois l’humour, sont presque les seuls liens qui unissent ces fragments. Les registres et les genres variés vont du récit onirique simple (le sixième rêve) en passant par le merveilleux, « Je déambule au hasard (...) chaque fois que je fais un pas dans la rue, celle-ci se métamorphose en cirque » ; la parabole (le troisième rêve) au poème en prose lumineux et beau : « La lune folâtre dans l’eau et le miroitement de ses rayons scintille de mille feux. Mon âme musarde dans les recoins chargés de senteurs de jasmin et des parfums de l’amour du quartier d’Abbassia ».

Tous ces textes ont un statut littéraire original. Et derrière l’esthétique de l’écriture, cette dialectique de la veille et du rêve nous donne à lire – quand on connaît l’importance du rêve dans l’inconscient humain – ce qu’il y a de plus personnel, de plus intime chez Naguib Mahfouz.

15:51 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)