Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13 décembre 2013

Omar

 

Omar
Film réalisé  par Hany Abu-Assad 
(2013)
Avec Adam Bakri, Waleed Zwaiter, Leem Lubany

 

(Par EliasImage Omar.jpg Abou-Mansour)

 

    Le film Omar de Hany Abu-Assad n’est pas seulement un thriller ou le parcours paranoïaque d’un Palestinien comme le prétendent certains chroniqueurs. C’est une histoire d’amour fondée sur une réalité historique.

    En effet, Omar est une fiction-documentaire et un film engagé. Il montre  la  triste réalité d’êtres qui souffrent et vivent les douloureuses cicatrices de l’occupation. Les personnages présentés par Hany Abu-Assad incarnent une population déshéritée, démunie, mais surtout humiliée et privée de dignité humaine. Ce film politique ne tombe cependant pas dans le dogmatisme, la propagande et l’endoctrinement. Il ne formule pas un discours haineux et reste loin de tout lyrisme.  Bien que grave, le thème est même parfois teinté d’un certain humour.

    L’intrigue est simple. Omar, un Palestinien, escalade « le mur de séparation » pour visiter ses amis d’enfance, Amjad et Tarek et rencontrer sa bien aimée Nadia.

    Mais lors de chaque visite en Israël, Omar affronte la mort. Il essuie des rafales de la part de l’armée israélienne. Puis, il est arrêté par une patrouille militaire et subit un traitement arbitraire, tyrannique et humiliant. Rabaissé, mortifié, Omar se réfugie alors dans la Résistance. Les trois amis, Tarek, Omar et Amjad mènent une opération aboutissant à la mort d’un soldat israélien. Omar est alors arrêté et torturé.  Le machiavélisme policier l’oblige à choisir entre l’incarcération ou la collaboration.

    La police s’efforce à l’employer comme indicateur à son service. Et il n’est libéré que contre son engagement à livrer Tarek suspecté d’avoir tué le  soldat. Le spectateur en suivant le cours des péripéties du film découvre qu’Amjad est un collaborateur. Le cynisme de la police israélienne amène les jeunes Palestiniens, sous la torture, à trahir leurs familles, leurs connaissances. La délation se développe. Les arrestations arbitraires se multiplient. Le réalisateur, Hany Abu-Assad met l’accent sur les contraintes physiques, morales et psychologiques exercées par la police contre les prisonniers qu’elle manipule.  Il s’agit, pour la police, de noyauter, contrôler et quadriller la société palestinienne. Ce climat de brutalité va inciter les Palestiniens à la révolte. La jeunesse palestinienne s’enlise alors dans le désespoir. Or une société qui sombre dans la détresse est un terreau pour l’intégrisme et la violence.

    Omar, accusé de traîtrise, afin de laver son honneur, opte pour la violence. Cette dernière est omniprésente dans le film. D’ailleurs, « le mur de séparation » l’incarne parfaitement. Ce mur transforme le site en un paysage carcéral. Il offense, alors, le regard des spectateurs et heurte leur sensibilité.  Il concrétise la fermeture et l’exclusion. Cet ostracisme sème la haine. Il s’agit d’un problème éthique, philosophique et humanitaire, véritable blessure pour la démocratie.

    Le film Omar décrit le drame palestinien sous l’occupation. Il évoque la mémoire collective de ce peuple qui aspire à la liberté. C’est un   beau film à voir.

20:53 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

22 novembre 2013

Les Garçons et Guillaume, à table ! (brève)

 

Les Garçons et Guillaume, à table !    
Comédie de Guillaume Gallienne 
Avec Guillaume Gallienne, André Marcon, Françoise Fabian     
(20 novembre 2013)

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

    20529833_20131017171932686.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgIssu d’une famille bourgeoise truffée de préjugés, Guillaume, un adolescent fasciné par une mère castratrice, est à la recherche de son identité et de lui-même. Les Garçons et Guillaume, à table !,  mise en abyme de la vie de Guillaume, spectacle dans le spectacle, est une critique à la fois humoristique et émouvante du refus de la différence et des clichés aux conséquences souvent dramatiques pour un adolescent.    

    Guillaume Gallienne, doté d’un grand sens de la psychologie humaine,  acteur de talent aux mimiques expressives et variées,  incite le spectateur à réfléchir tout en le distrayant.

19:06 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

26 mai 2013

Hannah Arendt

 

Hannah Arendt
Film de Margarethe von Trotta  (24 avril 2013)      
Avec
Barbara Sukowa, Axel Milberg, Janet McTeer, Julia Jentsch, Ulrich Noethen, Michael Degen, Victoria Trauttmansdorff, Klaus Pohl.

 

(Par Elias Abou-Mansour)

 

    aHanna arendt image.jpgDans son dernier film, Margarethe von Trotta  relate un moment crucial de la vie d’Hannah Arendt. Cette dernière a en effet décidé de couvrir le procès du tortionnaire Eichmann. Assister à ce procès est une obligation qu’Hannah Arendt doit à son passé de déportée. En outre, elle a besoin de comprendre, de regarder en face  ce bourreau.  
    Elle couvre donc à Jérusalem le procès d’Eichmann en qui elle découvre l’avatar de la « banalité du mal ». Elle élabore avec une logique rigoureuse un discours précis sur la monstruosité. La philosophe puise alors ses arguments  dans la plaidoirie de l’accusé. Pour Hannah Arendt, Eichmann n’est ni un idéologue extrémiste ni un doctrinaire fanatique. Il a obéi et s’est soumis aux ordres  du Fuhrer.  Il a incarné le fonctionnaire zélé. Eichmann ne cesse de répéter : « Je n’ai fait qu’obéir aux ordres ». Cependant cela dépasse la notion d’obéissance consentie. La soumission d’Eichmann révèle l’effacement des valeurs. Il a manifesté une obéissance sans limite en dehors de tout esprit de responsabilité ou de sentiment de culpabilité. Il incarne la perversion de la notion du devoir. Selon l’expérience de Milgram, la notion de liberté est étouffée devant une autorité dominante. Eichmann obéit aveuglément car il  est  plus facile d’obéir que de désobéir sous une autorité écrasante.       
    Hannah Arendt, sans cependant approuver, c’est évident,  affirme et persiste dans son idée  qu’Eichmann n’a pas pensé à ce qu’il faisait, n’a pas saisi les  conséquences de ses actes.  Elle a dédramatisé son rôle dans le génocide et elle a surestimé la responsabilité qu’auraient assumée les Judenrätes (les conseils juifs) dans la Shoah. Mais il n’est pas décent d’anathématiser les Judenrätes qui vivaient dans la terreur, dans un univers où la mort était omniprésente. Ensuite Eichmann était l’administrateur des camps d’extermination et veillait à l’application de la solution finale. Il savait donc ce qu’il faisait. Lors de son procès,  Eichmann a formulé un langage administratif. Cependant la vacuité de son langage ne reflète absolument pas la monstruosité abyssale du génocide. La citation d’Hannah Arendt : « les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules »  ne peut s’appliquer à  Eichmann.     
    Les historiens ne partagent pas la vision d’Hannah Arendt. D’ailleurs le film n’est pas un film historique. La cinéaste Margarethe von Trotta  met en scène un débat philosophique et présente le milieu intellectuel allemand fort animé à New York dans les années soixante.D’ailleurs, la publication de son essai philosophique Eichmann à Jérusalem a suscité une vive polémique. Les prises de position d’Hannah Arendt provoquèrent son isolement. Hannah Arendt, incomprise, fut malmenée par ses collègues universitaires et par les sionistes. Emigrée assimilée, naturalisée américaine, proche du spartakisme, elle rejetait tout nationalisme étriqué. Quel fut le mobile de son attitude ? Sachant que, sous le nazisme, les Juifs furent mis au ban de la société, elle en a souffert. Ainsi, elle n’accepta pas que l’Etat-nation juif engendre à son tour de nouveaux parias : les Palestiniens. Le concept de paria était très important pour elle. Hannah Arendt ne s’intéresse pas à l’aspect historique du problème, mais à la notion philosophique du mal. C’est pourquoi un dialogue de sourds s’installe entre ses détracteurs et elle. Ses opposants sont dans le viscéral, dans l’émotion, elle, elle est dans la logique, la rigueur, la rationalité. Elle reste fidèle à la cohérence de son discours et elle préserve sa pensée au détriment  même de l’amitié.
    Le film de Margarethe von Trotta  est un hymne à la femme. Il constitue un hommage  à son courage, à son intelligence, à son intransigeance. La réalisatrice, Margarethe von Trotta  donne d’Hannah Arendt  l’image d’une femme non conformiste, libre, en cohésion avec ses convictions. C’est une icône intellectuelle.      
    Le spectateur est séduit par la pensée rigoureuse d’Hannah Arendt, par sa quête de vérité, par sa sincérité et son authenticité.

08:34 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2)

27 avril 2013

Brève sur L'Ecume des jours

L'Ecume des jours.

Film de Michel Gondry (24 avril 2013) avec Romain Dury, Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Omar Sy.


(Par Annie Forest-Abou Mansour)


    Film écume.jpgAdapter L'ECUME DES JOURS de Boris Vian, ouvrage à l'écriture métaphorique et parodique, au cinéma était un véritable défi. Michel Gondry l'a relevé avec talent. Dans son film, il plonge le spectateur dans l'univers poétique, surréaliste, insolite de Boris Vian. Il propose un film émouvant aux nombreux clins d'oeil humoristiques et critiques tout en respectant les thèmes et les symboles du roman, comme le rétrécissement final de l'espace, concrétisation de la tragédie vécue par les personnages. Un petit chef d'oeuvre littéraire à savourer.

17:26 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

07 novembre 2012

Amour

 

Amour
Fim de Michael Haneke (2012)          
Avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert        

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

     amour-affiche1.jpgAu début du XXe siècle, l’être humain vivait moins longtemps.  On voyait peu sa dégradation.  Désormais, à la faveur des progrès médicaux  et scientifiques, la vie est prolongée. Malheureusement l’état physique et cognitif des êtres humains ne suit pas toujours. Les regards rieurs et pétillants des grands-mères des années cinquante s’éloignent, remplacés par les regards vides et tristes de loques de chair affaissées dans des fauteuils roulants.
    Michael Haneke, dans Amour, donne à voir, sans pathos, avec recul,  cette sombre réalité en filmant les derniers instants d’un vieux couple Anne et Georges. Suite à un AVC,  Anne, ancienne professeure de musique cultivée, dynamique, sombre progressivement dans la déchéance physique. Son mari l’accompagne avec dévouement et amour.     
    Amour fait évoluer le spectateur dans un huis clos mortifère. Il   aborde les grands thèmes universels de la vie, de l’amour, de la vieillesse,  de la mort et  l’implacable  processus de destruction de l’existence. Michael Haneke reste dans le constat et filme avec objectivité  la fin de vie dans ses moindres détails : la lente et inexorable dégénérescence du corps, son engourdissement croissant,  l’incontinence, la patience et la souffrance de  l’entourage,  son exaspération explosive subite malgré l’intensité de l’amour.   
    La lenteur du film, ses plans fixes, ses temps de silence concrétisent la lenteur du temps vécu par les personnes très âgées démunies et fragilisées.
   Amour  est un film réaliste dépourvu de toute mièvrerie et de tout sentimentalisme. Seule  la capture  du pigeon, allégorie de la liberté et de la joie de vivre assassinée, concrétise de façon émouvante la mélancolie et le tragique  de la fin de vie.

 

16:41 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

26 octobre 2012

Monsieur Lazhar

 

Monsieur Lazhar       
Film de Philippe Falardeau  
Avec Fellag, Sophie Nélisse, Emilien Néron…

 

(Par Elias Abou-Mansour)

 

   image monsieur Lazhar.jpg Le film de Philippe Falardeau, Monsieur Lazhar, emporte le spectateur dans l’univers d’une école primaire canadienne et dans son drame : le suicide d’une enseignante dans sa classe. Suite à cet acte violent, les jeunes élèves sont profondément choqués. Bachir Lazhar, l’immigré, propose alors ses services. Néophyte dans le domaine, il est embauché.
Monsieur Lazhar est un homme au visage marqué par la souffrance. Il a vécu les affres de la guerre civile algérienne. La spirale de la violence, l’intolérance lui ont pris  sa femme et ses enfants. Meurtri, emmuré dans la culpabilité d’être l’unique survivant, il s’exile au Québec et demande l’asile politique. A l’instar des milliers de démocrates arabes, Bachir Lazhar, pétri par la douleur, a choisi l’expatriation. La force du film réside dans les nombreuses questions qu’il soulève. Comment un immigré algérien ayant vécu un drame et subi une immense souffrance peut-il consoler les traumatismes de jeunes écoliers ? Comment peut-il garder son secret ? Comment un étranger menacé d’expulsion du territoire canadien peut-il conserver sa courtoisie et sa sociabilité ? Comment un simple remplaçant maladroit, accablé,  peut-il enseigner efficacement tout en écoutant les élèves avec altruisme et amour ?  Comment Bachir Lazhar va-t-il vivre et réussir son intégration au Canada ?

    Quel est donc l’objectif de ce film ? Malgré ces questions, le réalisateur Philippe Falardeau, laisse percer une lueur d’espoir. Bachir signifie en effet  en arabe « porteur de bonnes nouvelles ». De surcroît, c’est un film multiforme. Le cinéaste veut-il critiquer le système éducatif québécois ? Il fait pourtant l’apologie du métier d’enseignant et montre qu’il apprécie le professeur Bachir Lazhar. En effet, ce dernier est profondément convaincu qu’il suffit d’aimer les enfants pour pouvoir enseigner. Il reproduit les anciennes méthodes pédagogiques, ignorant les nouvelles et leur métalangage redondant. En outre, la tendresse de monsieur Lazhar se révèle plus efficace que les méthodes des psychologues scolaires. Avant tout Philippe Falardeau souhaite évoquer l’intégration des immigrés dans la société canadienne. La musicalité de l’accent algérien n’est-elle pas un indice de tolérance et d’acceptation de la différence ?  Elle implique la place de l’étranger dans la société d’accueil.  Le cinéaste montre  la richesse  procurée par  l’étranger dans la société dans un film émouvant où Fellag excelle dans son rôle. Son humanisme et sa générosité sont sublimes.

18:57 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

15 juin 2012

Les Femmes du bus 678

 

Les Femmes du bus 678    
Réalisé par Mohamed Diab  
Produit en Egypte      
Sorti en France en mai 2012
Avec Nelly Karim, Nahed El Sebai, Omar El Saeed…

 

 

 

(Par Elias Abou-Mansour)

 

 

 

 image films bus.jpg   Dans son film Les Femmes du bus 678, Mohamed Diab, le réalisateur,  aborde un sujet tabou et sensible en Egypte et dans le monde arabe : le harcèlement sexuel qui sévit dans des sociétés conservatrices, traditionnelles et religieuses. Avec Les Femmes du bus 678, Mohamed Diab signe un film engagé en comprenant les femmes du  Caire, victimes de ce type  de harcèlement. Il dénonce, avec éclat, les vices et  les maux de la société égyptienne où les femmes victimes du machisme subissant des attouchements  dans les lieux publics,  se murent dans le silence, l’humiliation, la honte. Dans cette société phallocrate, la femme, niée en tant que telle, est considérée comme un simple objet sexuel, responsable du désir des hommes. Seul l’honneur de la famille importe. Par conséquent, l’agresseur reste impuni.  
    Ce film, où Mohamed Diab brosse le portrait de trois femmes, exprime un cri de douleur qui se mue vite en une volonté de culbuter la domination masculine.

 

    Seba est une femme issue d’un milieu aisé, mariée à  un médecin.  Parce qu’elle est agressée sexuellement, son mari se sent souillé.  En effet, la femme  victime devient coupable.  
    Nelly, une jeune  femme libre, est sauvagement assaillie par un conducteur de voiture. Déterminée, soutenue par son fiancé, elle porte plainte pour harcèlement sexuel. Cependant, la police, la justice n’entendent pas la plaignante.       
    La troisième femme, Fayza,  est une mère de famille, de milieu modeste. Fonctionnaire, contrainte à prendre quotidiennement le bus, elle est constamment harcelée. Elle réplique par la grève de l’amour et châtie ses agresseurs à coups d’épingle à cheveux.
     Ces trois femmes révoltées rejettent, chacune à leur manière, la victimisation et la soumission. Cette révolte féminine enrichit le message du film.  Elle secoue une société où prédominent  la misère, le chômage, la corruption et la domination masculine. Bien que la fiction soit ancrée dans le réel, le film de Mohamed Diab n’est ni  documentaire, ni   didactique. Il montre une société égyptienne dominée par le machisme et le sexisme, reflet du monde arabe où le crime d’honneur est commis sans impunité.  La démarche du réalisateur, qui aspire au changement et à la parité entre les hommes et les femmes, est très courageuse.
    La société égyptienne est actuellement en pleine mutation. Il ne peut exister de démocratie sans parité. La modernité de la société arabe passe par le respect et la liberté de la femme. Et c’est ce qui fait la richesse et l’originalité de ce film qui explique à la fin  qu’à partir de 2008 à la faveur des révoltes féminines le harcèlement est enfin puni par la loi. Malheureusement, encore beaucoup de femmes sont contraintes au silence.

 

     Un film à voir surtout en version originale car le dialecte égyptien recèle toute une  agréable musicalité.

 

18:38 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2)

29 décembre 2011

Une bouteille à la mer

 

Une bouteille à la mer        
Un film de Thierry Binisti (2012)  
avec Agathe Bonizer, Mahmoud Shalaby, Hiam Abbass.

 

(par Elias Abou-Mansour)

 

 

 

Une-bouteille-a-la-mer_image.jpgLe film Une bouteille à la mer de Thierry Binisti présente le tableau synoptique des deux sociétés belligérantes israélienne et palestinienne. Tal, une jeune israélienne, d’origine française, bouleversée  et perturbée après un attentat meurtrier dans son quartier, mais récalcitrante à la haine,  veut comprendre. Elle écrit alors une lettre, destinée à un éventuel palestinien,  qu’elle glisse dans une bouteille et que son frère, un soldat, jette à la mer. Naïm, un jeune palestinien va répondre. Commence alors un échange épistolaire entre les deux adolescents. Ainsi le film dévoile la vie de Tal et de Naïm et à travers ces deux prismes fait connaître les jeunesses israélienne et palestinienne. Les jeunes israéliens profitent des loisirs procurés par la société tandis que les Palestiniens trainent dans l’oisiveté et   le désoeuvrement. L’humiliation, la coercition, les contrôles et l’insécurité sont leur lot quotidien. S’évader de cette médiocrité taraude de ce fait l’esprit des Palestiniens. Naïm rêve de partir en France. Le Centre Culturel français de Gaza est son échappatoire. De même, la langue française véhicule, pour lui, la liberté, l’évasion et un avenir meilleur. Cet échange épistolaire dévoile donc aux spectateurs deux mondes diamétralement opposés. La société israélienne opulente et occidentalisée tandis que Gaza est écrasée sous le joug de la misère, de la privation et de l’humiliation. Gaza constitue une vaste prison. Dans cette bande de terre exiguë, la population palestinienne comptant un million six cent mille habitants vit dans la promiscuité et la pauvreté.
Thierry Binisti, le réalisateur décrit un amour impossible entre Tal et Naïm. Ils ne pourront jamais se rencontrer, les deux sociétés étant en guerre.  Et une atmosphère de haine obscure sépare les deux camps. Tal et Naïm vivent un dilemme où s’opposent sentiments et fidélité au groupe auquel ils appartiennent, le Hamas pour Naïm. Durant la guerre, la société peut-elle être tolérante ? L’amour ne devrait avoir ni loi ni frontières. Or les parents de Tal s’opposent à cette politique d’ouverture, au rapprochement des deux sociétés. De même à Gaza, la communauté s’immisce dans la vie de l’individu qui doit se fondre dans le creuset national. La société dicte alors à Naïm son comportement. Elle lui impose ses interdits. Si Naïm brave les tabous, il sera suspecté par le Hamas de trahison. Son cousin  le blâme. Au café, on l’accuse, on le suspecte. Dans la société arabe, l’individu peut-il garder toute sa liberté, son autonomie devant la communauté, la Oumma ?  
La communication grâce à internet de Tal et de Naïm  fait penser au rôle joué par le courrier électronique dans les révolutions arabes. Ces révolutions, qui  ont secoué la léthargie des masses arabes et lézardé les tyrannies,  doivent leur succès aux réseaux sociaux. Ces derniers permettent d’élaborer des mesures et des méthodes de résistance civile comme en Syrie par exemple, de diffuser l’information à l’extérieur.
Thierry Binisti, le réalisateur d’Une bouteille à la mer, donne la parole aux modérés au détriment des radicaux. Il veut insinuer que la paix est toujours possible. Son regard est objectif, loin de tout dogmatisme et de toute haine. Il filme les deux sociétés avec réalisme et laisse le spectateur se forger son propre jugement. Ce film prouve que l’avenir d’Israël est dans la paix et non pas dans les guerres préventives.

 

15:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

01 novembre 2011

Et maintenant on va où ?

 

Et maintenant on va où ?
Film réalisé par Nadine Labaki. (2011)
Avec Nadine labaki, Claude msawbaa, Leyla Fouad.


 

(Par Elias Abou-Mansour)

 

 

 

iimage film.jpgLe scénario du film de Nadine Labaki,  Et maintenant on va où ?  a été conçu comme une fable, un conte universel doté d’une morale. Nadine Labaki, la réalisatrice, scrute la société libanaise, ses maux, ses ridicules et ses tares en esthète, mêlant poésie et naïveté. Cette  comédie-dramatique transfigure le réel en conjuguant folklore provincial, humour, émotion et chants. L’intrigue prend racine dans un village où l’église jouxte la mosquée. (Au Liban, la maison de Dieu est construite avant celle des hommes). Cette coexistence islamo-chrétienne a toujours été la fierté des Libanais. Elle est même l’essence et l’identité du pays bien que des tensions aient parfois taché cette harmonie interconfessionnelle.

 

Le village où se déroule l’histoire est, d’après la sémiologie, situé dans le Sud du Liban. Il est cerné par les mines, les bombes à sous-munitions et les barbelés. Ces bombes sèment le handicap et la mort dans les champs avoisinants comme en témoignent l’enfant estropié et la mort de la chévre, Brigitte. En outre, ce village est délaissé par l’Etat. L’absence d’infrastructures comme l’adduction d’eau, les routes asphaltées, l’électricité, l’école… le prouve.

 

L’intrigue est simple. Elle oppose avec humour et émotion la paix des femmes contre la violence débridée des hommes.  Ainsi, les femmes sont lasses de pleurer leurs morts. Brisées par le chagrin, ce sont elles qui subissent le plus les conséquences de la guerre en tant que mères, sœurs et épouses. Elles, qui portent le deuil, déchirent leurs vêtements et se lamentent à l’instar des pleureuses siciliennes. C’est pourquoi, chrétiennes et musulmanes essaient d’endiguer la violence des hommes et d’étouffer la haine.  Elles sont sublimes par rapport au donquichottisme masculin. Nadine Labaki débute son film par une magnifique chorégraphie : un groupe de femmes endeuillées, toute de noir vêtu,  visages pâles cadencent   leurs  pas et frappent leur poitrine, gestes symbolisant la douleur, la plainte, la lamentation. La réalisatrice présente des femmes lucides, déterminées et réfléchies malgré leur détresse. L’exemple de Taqla, la chrétienne, émeut le spectateur, lorsqu’elle proteste contre la Vierge, lui crie sa douleur et sa révolte. Déterminée à sauvegarder la fraternité entre chrétiens et musulmans, elle  n’hésite pas à tirer sur son fils afin de l’empêcher de  porter les armes.

 

Le film Et maintenant on va où ? est un hymne aux femmes, un hommage  à leur courage et à leur intelligence. En effet, il montre des femmes ingénieuses, gardiennes de valeurs comme la paix, la fraternité, la tolérance. Ces femmes symbolisent l’énergie, le discernement et la lucidité face aux hommes, incarnation de l’instinct, de la vengeance et de la violence. La vision de la femme libanaise sur la société est plus constructive que celle des seigneurs de la guerre.

 

 Nadine Lakaki tourne en dérision l’intolérance religieuse. Cette présentation théâtrale est-elle une catharsis ? La réalisatrice essaie de résoudre ainsi la gangrène du fanatisme religieux. Mais elle ne propose pas vraiment de solutions précises. Incite-t-elle à une société laïque ? Ou bien évoque-t-elle un déisme à la Voltaire ? Elle laisse le spectateur indécis.

 

10:32 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

08 octobre 2011

Les Hommes libres d'Ismaël Ferroukhi

 

Les Hommes libres.
Film français d'Ismaël Ferroukhi avec Tahar Rahim,  Michaël Lonsdale, Mahmoud Shalaby. (2011)

 

(Par Elias Abou-Mansour)

 

 

261189_197015777022693_6477929_n.jpg

 

Dans le film, Les hommes libres, Ismaël Ferroukhi réunit les deux communautés religieuses juive et musulmane considérées par beaucoup comme inconciliables et détruit ainsi de nombreux préjugés et clichés. Alors que le cinéma américain a diabolisé l’image de l’arabo-musulman, ce réalisateur présente ce dernier comme un homme juste ( tsadik en Hébreu, sadiq en arabe). Le film fondé sur des événements historiques réels, des faits véridiques, présente une belle histoire de solidarité. L’immigré maghrébin, souvent considéré comme le fossoyeur de la République, est dans le film un Résistant participant activement à la libération de la France occupée. Le film, Les Hommes libres, rend hommage aux immigrés maghrébins sous l’occupation nazie. Ismaël Ferroukhi montre le rôle joué par les Maghrébins dans la Résistance. Son film, à l’instar de celui de Rachid Bouchareb, Indigènes,  exhume de la Seconde Guerre mondiale, une mémoire musulmane refoulée et méconnue et clame sa reconnaissance. En effet, sous l’occupation nazie, le recteur de la Mosquée de Paris,  joué par Michaël Lonsdale, et des musulmans maghrébins se sont mobilisés pour arracher des Juifs des griffes de la Gestapo.

Les Hommes libres décrit  la vie des immigrés maghrébins sous l’occupation. Il brosse un tableau de leur situation misérable dans la France de Vichy, évoque le marché noir, les arrestations, les rafles, la collaboration. Younés, le personnage principal, emmène le spectateur vers une cour intérieure où sont rassemblés des immigrés arabes démunis et marginalisés. Mais ces hommes côtoient des ouvriers français, militent dans des syndicats et participent à la Résistance.  Ils se forgent donc une conscience prolétarienne. C’est le cas d’Ali, le cousin de Younès, membre actif dans la Résistance qui acquiert une conscience nationale et se révèle être un nationaliste algérien qui pense à l’après guerre et à l’indépendance de son pays.

Toutefois le thème principal du film est la Shoah. Il présente  le Recteur de la Mosquée, Ben Ghabrit,  qui était un humaniste  raffiné, cultivé. Mystique,  épris d’art et de musique, il sauva Salim Halali, un chanteur juif sépharade ainsi que des Juifs traqués par les nazis et la police de Vichy. Une séquence émouvante symbolise de façon magnifique  la solidarité des Musulmans à l’égard des Juifs lorsque l’imam interrompt la prière pour demander aux fidèles de quitter la Mosquée et de se diriger vers la sortie afin que Younès et une fillette juive poursuivis par la Gestapo se fondent dans la masse des croyants et s’enfuient.

Ce film attachant est un message de paix, d’humanité et de générosité. Ismaël Ferroukhi bouscule les clichés et fait tomber les tabous. Sa fiction fondée sur le réel est un jalon vers la paix.

Nous voulons ajouter que la civilisation arabe a connu, jadis, une coexistence pacifique entre les trois communautés juive, chrétienne et musulmane. Et quand Salim Halali chante la musique andalouse (al mouachahat al an’daloussyat en arabe), il fait renaître cette harmonie intercommunautaire d’autrefois. La  mutation de la conception de l’arabo- musulman présentée par Ismaël Ferroukhi coïncide avec les Printemps arabes. Nous pouvons déduire que le monde n’a pas encore sondé la force et la profondeur de ces printemps.

18:16 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

13 mai 2011

Minuit à Paris, Woody Allen.

 

Minuit à Paris
Un film de Woody  Allen, sorti en France  le 11 mai 2011.

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

  Minuit-a-Paris_fichefilm_imagesfilm.jpg  Il existe un mythe de Paris dans le monde entier. En effet, depuis des siècles, Paris attire et offre une riche matière à l’imaginaire des étrangers. Cette capitale symbolise pour eux l’élégance, le raffinement, la culture, le bel esprit. Ce cliché est merveilleusement donné à voir et renouvelé dans le film de Woody Allen, Minuit à Paris, sorti le 11 mai 2011.

    Deux jeunes fiancés américains, Gil (Owen Wilson), un écrivain apparemment sans grand talent, et Inez (Rachel McAdams) viennent visiter Paris où ils retrouvent les parents de cette dernière, de riches bourgeois frivoles en voyage d’affaires. Ils rencontrent aussi par hasard un couple d’amis dont le mari donne des conférences à la Sorbonne. Très vite deux univers s’opposent : celui des touristes avides de visites et de sorties et celui de l’écrivain, assoiffé d’art et de littérature, qui étouffe dans le  monde bourgeois et vain de sa future épouse. Alors que le conférencier pédant se contente de réciter ce qu’il sait sur Paris et ses œuvres, l’écrivain revit le passé en pénétrant la ville mythique, la ville lumière, féérique, magique des années 20. A la ville carte postale, esthétique, mais superficielle avec sa Tour Eiffel, le Louvre, l’Arc de Triomphe, Montmartre,  se substitue la vraie ville du début du vingtième siècle. Gil ne se contente pas de la voir, il la vit, l’aime, la comprend. Il plonge chaque nuit après que l’horloge  d’une vieille église sonne minuit, dans un monde onirique, retrouvant l’ambiance festive, cultivée, esthète, lumineuse des années folles. Il pénètre dans un Paris hanté par la présence de tous les artistes qui l’ont parcouru alors et qui revivent sous ses yeux : Hemingway, Dali, Picasso, Gauguin … Il festoie,  dialogue avec eux, évoque même puis  donne à lire son manuscrit pas encore défloré. Gil s’épanouit à Paris et son talent éclate.

    Un merveilleux subtile (le personnage croit à cet univers factice) fissure le réel et entraîne le spectateur dans la capitale cultivée du début du XXe siècle. Paris ouvre la porte à tout un imaginaire, embarquant le spectateur dans une aventure magique où se mêlent le réel, le fantastique, la poésie, la tendresse et l’humour. Ce film constitue un très bel hommage à la Ville Lumière.

13:59 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3)

03 avril 2011

La Fille du puisatier un film de Daniel Auteuil.

 

La Fille du puisatier
Un film de Daniel Auteuil

Au cinéma le 20 avril 2011

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

La-Fille-du-puisatier_fichefilm_imagesfilm.jpgAprès la réalisation de Marcel Pagnol, parue en 1940, avec Raimu et Fernandel pour acteurs principaux, Daniel Auteuil offre  au spectateur une magnifique relecture moderne de La Fille du puisatier.

Patricia (Astrid Bergès-Frisbey) est jolie, éduquée, pure comme l'eau de la rivière qu'elle doit traverser pour porter le déjeuner à son père. Elle  est l’aînée des six filles de Pascal Amoretti (Daniel Auteuil), un puisatier veuf qui fore les nappes phréatiques à la recherche de cette eau si rare en Méditerranée. Après avoir été confiée toute petite à une famille parisienne en mal d’enfants, elle revient, pleine de distinction,  vivre dans  sa famille. Un jour, en portant le repas  à son père, elle rencontre un charmant jeune homme, Jacques,  (Nicolas Duvauchelle), fils de petits bourgeois aisés et méprisants (Sabine Azéma et Jean-Pierre Darroussin).

Située juste avant la Seconde Guerre Mondiale, l’intrigue,  qui ne pourrait montrer qu’un mélodrame sentimental entre une jeune fille pure et naïve et un séducteur riche et beau, se transforme très vite  en drame familial, social et historique sur un fonds de guerre, de lutte de classes et de prémices du féminisme. L’histoire amoureuse et familiale se donne rapidement  sous la figure de l’absence : absence de l’être aimé, du fils, à cause de la guerre. Le père écrasé par le joug des traditions rurales peine à supporter la honte due à l'affront d'une maternité hors du cadre du mariage et le regard humiliant des autres. Blessé, sous une apparence hargneuse, il conserve amour et tendresse pour sa "princesse" et surtout pour son petit fils, le garçon tant désiré qu'il n'a pas eu. Daniel Auteuil incarne à merveille l'homme du terroir : un homme du début du vingtième siècle, imbu d'honneur, de fierté  et de morale, au caractère trempé de cette terre sèche et ingrate. Le spectateur suit avec tendresse son cheminement, son évolution. Pascal Amoretti mute sa colère en amour tendre et possessif, s'appropriant son petit fils pour assouvir son désir frustré d'un fils et assumer son rôle de patriarche. La petite jeune fille craintive, exclue du monde de la parole et des décisions, quant à elle, elle ose  à la fin s’affirmer, annonçant ainsi  la future émancipation de la femme.

La narration filmique mêle les genres et les registres.  Daniel Auteuil emporte le spectateur dans une intrigue où se conjuguent avec finesse  et poésie,  l’humour, l’émotion et le pathétique.  La réussite du film réside dans l’équilibre subtil entre la pudeur des sentiments et des gestes,  la réflexion, la gravité et le rire.

19:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

01 février 2011

Rétrospective sur Werner Schroeter

Rétrospective sur Werner Schroeter

(par Pierre-Alexandre Murena)Nuit de chien.jpg

Le 12 avril dernier s’éteignait à l’âge de 65 ans Werner Schroeter, une des étoiles du nouveau cinéma allemand, nous laissant une filmographie aussi riche que diversifiée, d’une profondeur toute dramatique sur laquelle est revenu le centre Georges Pompidou, dans une rétrospective à laquelle Schroeter lui-même avait pris part avant son décès.

Que retenir de cette œuvre flamboyante, de ce style éblouissant, mais également troublant, dérangeant, aux antipodes du cinéma de masse ?

Au-delà même de ce style riche et baroque, tourmenté et obsédant, souvenons-nous des voyages esthétiques offerts par le réalisateur, de ces scènes empourprées et obscures où se mêlent subtilement les deux fantasmes artistiques universellement partagés que sont amour et mort, mais également de ces images envoûtantes et esthétiquement cruelles, soutenues par une musique forte et subtilement choisie. Car le cœur des films de Schroeter n’est pas l’intrigue, pas même un quelconque message que l’artiste chercherait à insuffler au spectateur, mais bien le jeu de masques sous toutes ses formes : opéra, travestissement, théâtre… Dans ses films, les acteurs arpentent sans relâche, tantôt blessés dans leur corps et leurs illusions, tantôt sublimés par une lumière mystique.

C’est finalement un cinéma endeuillé qu’a quitté sereinement Werner Schroeter, ce réalisateur aux allures de Dürer moderne, comme pour donner son sens ultime à cette sentence de Shakespeare encadrant son dernier film, Nuit de chien : « De tous les prodiges dont j’aie jamais entendu parler, le plus étrange, pour moi, c’est que les hommes ont peur, voyant que la mort est une fin nécessaire qui doit venir quand elle doit venir.»

13:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)