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09 janvier 2021

Memorandum. n.m. notes prises pour se souvenir

Memorandum.

n.m. notes prises pour se souvenir

Ophélie Bader

Les Editions Baudelaire (2020)

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

image notes prises pour se souvenir.jpgMemorandum. n.m. notes prises pour se souvenir, ouvrage de science-fiction d’ Ophélie Bader, emporte le lecteur dans le Paris surprenant des années 2046.

 

L’Histoire occultée

 

L’alternance de la typographie, entre le récit à la graphie en romain et l’analyse de la situation décrite, en italique, rythme le petit fascicule d’Ophélie Bader. Ce jeu de l’espace textuel entre en communication visuelle avec le lecteur et le guide, favorisant sa compréhension du monde et du projet de l’héroïne de l’ouvrage. Medelyne a crée un logiciel permettant, grâce à une languette bleue posée sur la tempe, d’être projeté dans le passé, un passé ignoré, inconnu de ses contemporains : « L’histoire (…) s’était progressivement retirée de la vie des gens ». En ces années 2046, le passé, l’histoire gommés, ne sont quasiment plus enseignés : «Lhistoire enseignée au collège ne passait que brièvement sur la naissance de l’Homme – seulement pour des raisons biologiques, car la science médicale et moléculaire était également un domaine pour lequel la France était reconnue – et sautait quelques millénaires pour arriver directement aux années 70/80, à la naissance de Sa Souveraineté l’informatique ». La France, ancrée dans le présent, vit à l’ère de la technologie numérique, de l’informatique, de la domotique, de la robotique.

 

Les dangers de l’uniformisation 

 

Ces progrès sont , au premier abord, utiles et fascinants comme le lecteur peut s’en rendre compte au début de l’ouvrage  : « Le lendemain, Medelyne ne dormait pas quand les volets de son appartement se sont ouverts automatiquement à neuf heures et demie, laissant le soleil s’inviter progressivement dans sa chambre. (….) Elle sauta de son lit et se dirigea vers son armoire. Elle fit défiler les robes sur l’écran tactile jusqu’à … oui, voilà, celle-là (…) Elle appuya de son doigt sur une petite robe rouge (…) L’armoire s’ouvrit et un cintre se présenta, duquel pendait la robe coquelicot ». Cette technologie, ludique par certains aspects, facilite considérablement la vie et entraîne, entre autres, un gain de temps. Mais dans cet univers, tout est uniformisé, standardisé. La diversité s’appauvrit considérablement. Utilisée à outrance, la technologie constitue un danger pour les humains, la culture, l’esprit critique…

Informaticienne de haut niveau, travaillant dans un bar où «elle  (doit) veiller au bon fonctionnement des robots humanoïdes » mis au service de la clientèle, la jeune Medelyne, - « née en 2020, dans une époque où la France traversait une véritable crise identitaire. Coincée entre les colosses, américains, russes et asiatiques » - , est consciente des dangers inhérents à la standardisation aboutissant à la déshumanisation. Cette « course effrénée au développement, (…) laiss(e) pour compte un certain nombre de Français » avec une fracture numérique terrible, véritable gouffre social. De surcroît, le monde s’uniformise  que ce soit dan le domaine international ou régional. « Les régions perdaient leurs âmes ». Comme toute trace du passé est effacée, comme les êtres n’appréhendent que le présent, l’esprit critique, l’esprit d’analyse sombrent. Medelyne décide de redonner vie au passé de manière virtuelle, de montrer les monuments, les œuvres d’art et les vestiges du passé, traces de la vie de ses ancêtres, des biens qu’ils avaient légués, mémoire des hommes, des lieux, des objetsMais cet objectif n’est pas aisé à atteindre. L’Histoire n’intéresse plus. Elle effraie les grands de ce monde et les financiers susceptibles d’aider la jeune femme à réaliser son projet. Medelyne doit s’imposer, persévérer.

Memorandum. n.m. notes prises pour se souvenir est une réflexion sur la nécessaire connaissance du passé dont les leçons aident à s’adapter, à comprendre, à progresser, à anticiper. Les humains ont besoin de connaître leurs racines. Pour Medelyne, il s’agit aussi d’une question de respect, comme le prouve la répétition du substantif  : « Du respect pour le vécu de nos parents, de nos grands-parents, de nos arrière-grands- parents et ceux avant eux ? Du respect de nos erreurs, que nous avons appris à ne pas reproduire ? Du respect de notre architecture et de son évolution, du développement de notre savoir-faire ? Du respect pour ces héros et héroïnes qui ont fait du Monde ce qu’il est aujourd’hui ? (...) ». Or dans le Paris des années 2046, la technologie vorace a tout vampirisé. Elle progresse inexorablement, alors que le cerveau ne suit pas : « La technologie avance, mais le cerveau humain reste fidèle à lui-même, avec ses forces … et ses faiblesses ». L’équilibre psychologique et existentiel humain reste fragile, vulnérable. L’être, même celui apparemment solide, peut vite sombrer.

 

Memorandum. n.m. notes prises pour se souvenir est un petit ouvrage dystopique ludique, susceptible d’enrichir la réflexion du lecteur. Réflexion nécessaire : en effet, une prise de conscience s’impose devant les catastrophes climatiques, naturelles et sanitaires, imputables à l’homme, qui assujettissent de plus en plus la planète en la conduisant à sa ruine.

 

16:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Je tiens à préciser qu’Ophélie a écrit cet ouvrage 1 an avant le début de la pandémie survenue en février 2020.
Ophelie, incite le lecteur à se poser les bonnes questions, concernant notre futur.
En effet, le style volontairement léger de l’aventure de Medelyne, contraste avec celui utilisé pour les descriptions techniques, plus pragmatiques :
Cela fait écho à notre adhésion quotidienne et insouciante des nouvelles technologies, pour peu à peu en devenir dépendant, puis esclave de....
L’évolution humaine est ainsi faite, et le retour en arrière n’est jamais possible.
Ceci dit, maintenant que nous avons connaissance des conséquences possibles, de l’IA, des GAFA, de la domotique, des réseaux sociaux....de cette évolution exponentielle qui nous dépasse, sommes nous réellement prêt à en supporter les conséquences ?
Le plus intéressant pour ma part dans cette histoire, étant que, c’est une jeune femme de 25 ans, qui nous interpelle avec fraîcheur sur des sujets qui nous concernent tous.
Nos expériences passées nous permettent de nous épanouir, de corriger nos erreurs, de grandir, de créer du lien inter-génération. En oubliant notre passé, nos souvenirs, notre histoire, dans un monde exclusivement tourné vers l’innovation, resterons nous tout simplement Humain?
Ce livre en fait, est comme une comptine, qui fini par vous perturber par son réalisme !
Continuez Mademoiselle Ophelie à chatouiller nos consciences, avec autant d’intelligence.

Écrit par : Valerie | 14 janvier 2021

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Merci beaucoup pour cette excellente analyse.

Écrit par : Annie Forest-Abou Mansour | 15 janvier 2021

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