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22 octobre 2015

Hors jeu

HORS JEU

Enzo Cormann / Philippe Delaigue

Distribution :

Texte :  Enzo Cormann       
Mise en scène : Philippe Delaigue 
Création sonore et musicale :  Philippe Gordiani     
Collaboration artistique : Sabrina Perret
Lumière et scénographie : Sébastien Marc    
Costumes :  Arriane Sterp   
Avec Enzo Cormann et les voix deLaurence Besson, Magali Bonat, Gilles   Fisseau, Sabrina Perret, Alexia Chandon-Piazza, Philippe Delaigue, Jean Philippe.           

 

(Par Fabien quintavalle)

 

 Image hors jeu.jpg    « En me radiant vous m'avez effacé de la société des hommes ». Telle est l'accusation fondamentale de l'ex ingénieur Smec contre sa manager du « jobstore » dans la pièce Hors jeu  d’ Enzo Cormann.

 

    D'outre tombe, se réincarne vigoureusement devant nous la mémoire du parcours de vie de ce chômeur de cinquante cinq ans.

 

    Seul perdu dans l'obscurité de la scène, furieux à en perdre la raison, l’ingénieur Smec refuse de se soumettre, alors il questionne, argumente, conteste, proteste,  craque, se reprend, hélas toujours vainement.

    Confronté au jargon impitoyable de madame la manager, invisible voix numérique dictant les procédures à suivre de la façon la plus policée et inhumaine qui soit,  le combat semble perdu d'avance.

    Chair à canon d'hier, chair à chômage d'aujourd'hui, nul là où il est ne se sent coupable, et pourtant Smec  lancera plus tard à sa manager : « vous n’êtes pas en guerre contre moi à titre personnel, mais la guerre économique et sociale fait rage chère madame ».

        Mu par  sa colère, débordé de haine devant  tant d'injustices,  devant  la folie d'un système qui efface la personne,  Smec répond alors par la folie d'un homme resingularisé.  Soudain il  se lève contre ce système qui l'opprime.  Le voila sorti du rang,  Adieu « employabilité », bilan de compétences, coaching, et autres formations humiliantes…

       Pour celui qui subissait, la mascarade est finie, le temps est venu d'agir radicalement.  A ceux qui lui reprocheraient de perdre la raison,  il rétorquera : « N'importe quel article du règlement du Jobstore est plus cinglé qu'une prise d'otages . »

        Hors jeu, hors cadre, hors société, hors couple, hors photo de groupes, c'est le sentiment de la disparition de soi qui prédomine, et, pour exister à nouveau, le recours à la violence n'est plus un choix, mais devient une nécessité à la survie de son identité. « Je commet le pire, mais je le signe en mon nom ». clame t-il !

        Puis comme un ultime fracas advient la violence cinématographique d'une prise d'otages, de la fiction à la réalité,  le pas est franchi, l'irrémédiable sur le point d'être commis… « je suis le film et le film me dévore », réalise- t -il impuissant .

        La colère et le chaos s'empare de l'espace scénique, habilement rendu par une explosion electro acoustique, ainsi que les flash lumineux agressifs des néons blancs.

        Si l'ingénieur Smec est à nouveau quelqu'un à travers son acte de désespoir, il n'échappera pas pour autant à son destin tragique.

          Mais il aura vécu, sous nos yeux et nos oreilles de spectateur embarqué, interrogeant nos consciences dans toute la pluralité et la richesse de son expression, victime et bourreau, vivant et mort, actuel et intemporel.

        Dans ce drame « poélitique », nous en resterons les témoins abasourdis,  Mr Smec vieil homme aigri et peu aimable, s'est bel et bien levé. Légitime pour les uns, inadmissible pour les autres,

         Il s'est levé seul, puis s'est effondré, encore seul, comme un représentant sacrifié, de millions d'anonymes suppliciés.

19:56 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1)

26 décembre 2014

Les Précieuses ridicules

Les Précieuses ridicules  
Texte de Molière   
Mis en scène par Camille Germser      
Renaissance théatremusique
(Oullins Grand Lyon, décembre 2014) 

 

(Par Fabien Quintavalle)

     Image précieuses.jpg D’entrée, le ton nous est donné dans la mise en scène des Précieuses ridicules de Camille Germser.

     Une voix off de pilote d’avion  nous invite à attacher nos ceintures pour un voyage au rythme effréné, qui s’avère des plus turbulents.

     Cette même voix s’auto-commente « vous vous demandez sans doute pourquoi un voyage en avion, eh bien ne cherchez pas, il n’y a pas de raison. » On croirait entendre le metteur en scène annonçant crânement son parti pris : être ridiculement libre dans son approche.(1)

    Attention! Looping hilarant et trou d’air en perspective, dans une pièce qui se revendique donc elle-même du théâtre de l’absurde.

    Scène d’ouverture : Molière en personne pointe son nez et vient nous livrer quelques-unes de ses pensées « les véritables précieuses auraient tort de s’offusquer des ridicules qui les imitent mal ». Ce Molière-ci aura donc de l’esprit, mais c’est aussi un metteur en scène donneur de leçons pour ses comédiennes, qui s’invite sur scène et interrompt péniblement le spectacle pour les « commodités défécatoires».

    Le rideau s’ouvre et nous laisse entrevoir une scène aux décors les plus clinquants : une rampe lumineuse, des boules de Noël et costumes à paillettes…Dans ce mélange des genres, on songe à  l’art contemporain d’un Jeff Koons qui s’inviterait au château de Versailles. On appréciera ce décor accompagné tout au long du spectacle d’une programmation musicale riche et variée, truffée pêle-mêle de sons cartoonesques, de chansons de  music  hall chorégraphiées,  et même, cerise sur le gâteau, d’une démonstration à l’orgue.

    Cette dimension  éclectique et multiculturelle (reflet de notre époque ?) n’en reste pas là et s’étend au champ linguistique, au texte original des précieuses ridicules, auquel vient s’ajouter la langue de Cervantes  introduite par Gorgibus devenue bonne bourgeoise en pantalon léopard et dont le personnage plein de relief plait au public.

    L’intrigue initiale demeure la même, tout comme dans le classique de Molière, Gorgibus  veut donc caser ses filles, mais cette fois on les découvre  plus nombreuses, plus arrivistes, (étant aussi des comédiennes à la recherche de producteurs), plus « pétasses », l’ère du temps et ses mœurs l’obligent.

    Ces précieuses arboreront évidemment les marques du luxe Parisiano centré et snobisme des temps modernes, s’exprimeront de temps à autre  in English please ! L’anglais  qui vient,  oh comble du comble, envahir la langue de Molière sur son terrain de prédilection, comme un symbole de domination culturelle anglo-saxonne dans sa culture pop mondialisée et ses slogans publicitaires.

    Poussé à son paroxysme lors d’une session collective non s’en évoquer l’art du slam, le total freestyle in english marque des points et le public familier de ces références s’y retrouve gaiement. A contrario ce dernier semble quelque peu troublé par tant d’excès, comme en témoigne la teneur des conversations pendant l’entracte : « C’est quoi l’histoire de base déjà ? »

    Et même si la farce fonctionne et que la troupe par son jeu déchainé nous embarque bel et bien dans sa roulotte volante, on ne peut s’empêcher de s’interroger : Is it to much? Is there to many characters? Is it just freestyle for freestyle?

    Les puristes  affirmeront sans doute qu’il s’agit d’une pièce hypertrophiée où l’on retrouve sans aucun fil conducteur parmi les nombreux rajouts une chanson de Noël et un livreur de pizza. Ils prétendront peut être à juste titre que le texte, bien que rendu dans son intégralité, s’en retrouve dénaturé. Mais en cette soirée spéciale quelqu’un en a-t-il cure ? Si puriste il y avait,  alors on peut supposer qu’il n’aurait pas fait le déplacement…

Les enthousiastes se lèveront (vraiment) pour applaudir un spectacle puissant et généreux, ayant conquis leurs yeux et leurs oreilles. Les apprentis critiques tenteront de donner à réfléchir.

   Ainsi, pourquoi avoir voulu introduire cette contemporanéité là, dans un chef d’œuvre d’intemporalité? Était-il possible de faire la même pièce tout en préservant davantage sa trame narrative si malmenée ici? L’œuvre de Molière  a-t-elle été oubliée au profit d’un divertissement sensationnel ? Ou alors, l’outrage fait au maestro absolu est il si parfaitement calculé, au point  qu’il en constitue un vibrant hommage ?

Molière oublié, Molière outragé, mais Molière récompensé (sur scène d’un Molière vous pensez bien).

Et surtout, hourra ! Molière VIVANT !

(1)      http://www.theatreachatillon.com/pdf/dossier-les-precieuses-ridicules.

12:47 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0)

14 avril 2012

Midi à l'ombre des rivières

 

Midi à l’ombre des rivières       
Eric Massserey  
CamPoche  (2011)     
Bernard Campiche éditeur

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

image midi à l'ombre.jpgLe lecteur-spectateur de Midi à l’ombre des rivières  d’Eric Masserey assiste à un spectacle théâtral pur et plein. Dans  cinq petits  monologues  L’Oubli, Les Noyés, La Promesse, Maison à vendre, Main gauche et un dialogue à deux voix Mon amour et moi, tout est à la fois banal et paradoxalement étrange, inhabituel, original. Ce qui importe, au premier abord,  est ce qui se passe, ce qui se dit, non pas dans un lieu théâtral traditionnel, mais dans des espaces de jeu que traversent  des petits groupes de spectateurs au fur et à mesure que les pièces se terminent. Apparemment seul compte   ce qui se passe dans ce lieu où EST le spectateur qui cohabite avec le personnage, vivant le temps d’un instant ses longs monologues lyriques, portions de sa vie, de ses pensées, révélateurs de ses émotions, comme il pourrait le faire fortuitement dans sa vie quotidienne au hasard d’une rencontre. On est dans le prolongement du quotidien, dans la théâtralité  pure : la parole de l’un, l’écoute silencieuse de l’autre. Dans L’Oubli, une femme souffrant  de prosopagnosie, explique qu’elle « ne reconnaî(t) personne » : « je vis dans l’ignorance et dans cette ignorance, il n’y a personne ». Dans Les Noyés, un coupable raconte qu’il a laissé  condamner un innocent à sa place. Chaque fois, le narrateur met l’accent  sur l’absurdité de la vie et des faits qui la constituent : « Je ne suis pas plus coupable que d’autres, que tous les autres, ou que vous. Nous sommes tout simplement,  traversés par les faits » (…) « toute la société humaine est un regrettable malentendu ». Très vite, le lecteur-spectateur se rend compte que le spectacle est total.  A l’objet théâtral pur, à ce qui se passe, s’ajoute un théâtre texte, un théâtre de réflexion sur le sens ou plus exactement le non sens de l’existence. Ce ne sont plus de simples états d’âme qui sont donnés à entendre mais des réflexions sur le théâtre avec la mise en abyme de la pièce dans  Mon amour et moi  : « MADAME. Mais on sait comment…/ MONSIEUR. Jouer à Mon amour et moi ! », sur la vie en général.

 

Dans un premier temps, le lecteur-spectateur est une peu dans un univers philosophico-existentiel, dans l’expression « naturelle » du réel d’un monde petit bourgeois qui s’auto analyse. Mais très vite, il constate qu’il n’y a pas que cela,  qu’en plus  le narrateur  jongle avec les sons, les mots : « Mon nom est Claire. C’est drôle, non ? On me disait : « Ton nom éclaire », en crée de nouveaux (« On se câlinoute, mamouroute »). Il joue avec l’écriture, avec  le rythme des phrases souvent proches du vers ou du verset, avec le texte,  plongeant le lecteur-spectateur dans un univers poétique et onirique.

 

18:23 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (2)

21 août 2011

Stabat mater furiosa ou le féminin premier.

 

Stabat mater furiosa.
Jean-Pierre SIMEON
Editions les solitaires intempestifs, 10 euros.

(Par Marie Malaspina)

Stabat image.gifDans le drame d’Osiris, Osiris le père et Horus le fils posthume sont coupés en morceaux par Seth, le frère et oncle jaloux. Pour les deux victimes, bien qu’une part manque, l’intégrité vitale des mutilés est restaurée par  un autre. Pour Osiris, par Isis l’épouse, pour Horus, par Thot le maître de la parole, de l’écriture et de la science. Dans ce mythe, l’intégrité vitale est retrouvée grâce au don d’un autre qui pour rassembler, s’y j’ose dire, les morceaux, allie raison et vulnérabilité.

C’est un mythe qui à partir de la violence et du déchirement initial finit par faire la part belle à l’autre, à l’amour, et à la connaissance. L’autre en face de soi, l’autre en soi trouve sa ligne de fuite et son apaisement.

Dans la pièce soliloque  Stabat mater furiosa  écrite par Jean-Pierre Siméon pour la comédienne Gisèle Tortero il n’y a pas de rédemption. Nulle consolation, nul retour à une intégrité initiale, un rivage, cependant se devine qui accoste à la perception absolue du féminin.

L’auteur convoque les forces d’ombres et celles de lumières dans un chant lyrique singulier et rauque. Aucune facilité, ni sensiblerie victimaire. Ici la femme est debout dans la fureur qui la dresse, trait d’union puissant, entre la boue et l’azur.

La pièce gronde de tempêtes, de ténèbres, de mâles roulements de tambours de guerre, quand le féminin arcbouté, dans un déluge de mots plein de chaos et de douleurs, tient le fil ténu de l’amour sans espoir.

Le texte marche sur les morts, le sang, et les blessures, roule dans les gouffres, éclate aux confins du cœur.

Pris par le rythme, le mouvement et le souffle, le lecteur sent sa respiration soumise aux harcèlements des phrases emplies de tonnerre, de trompettes de jugement dernier et de cris.

« Des enfants courant dans les herbes hautes » « la chaleur d’une main sur l’épaule au dévers du lit » « les trois oliviers, la peau des collines » et « l’étranger qui demande les lèvres de la femme aimée » avec toute l’écume des jours ne sauvent de rien. Dans le roulis des sens et des explosions, la guerre gagne éternellement.

A la fin, en filigrane, une image imprègne notre rétine et y demeure. « Des millions de choses humaines légères et nues debout sur tous les horizons du monde », des âmes peut être, nous saluent. La pièce se clôt sur un silence sans fond succédant aux vacarmes et à la tendresse abattue tous les jours.

Après une dernière prière et l’obstination d’un cerisier.

Jean-Pierre Siméon fait aux femmes le présent de son impétueux regard, prenant en quelque sorte la place d’Horus qui voit des deux côtés à la fois, celui du féminin et celui du masculin. Bien loin de la peur de la femme comme précipice il se jette avec elle dans la détestation de la haine.

Dans son long soliloque les femmes n’ont pas rang d’idoles, mais elles sont la chair de la chair du monde qui chaque matin, dans chaque lieu est tuée, sans paroles par les guerres de conquête que nul bras n’arrête.

Ce texte atteint dans sa force au féminin premier.

 

19:40 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0)

18 février 2011

Un instant d'une fulgurance d'absolu : Rihoto Sako.

Rihoto Sako
Interprète  un solo de Saburo Teshigawara
Maison de la culture de Grenoble (18 février 2011)

(Par Marie Malaspina)

Sato.jpgEn février dernier, la maison de la culture de Grenoble accueillait un cycle du chorégraphe Japonais Saburo Teshigawara  et la compagnie Karas.(New national theatre Tokyo).

Ce cycle comportait trois pièces, deux solos et une pièce de groupe. Le  18 février 2011, Rihoto Sako assistante, interprète depuis 1996 de Saburo Teshigawara,  danse le solo "she". Sa voix off dit un poème qu’elle a écrit. 

« ..J’ai surpassé toutes mes possibilités, jusqu’à ce que j’atteigne le sombre pouvoir du mystère.

Là j’ai entendu sans bruit.

Là j’ai vu, sans lumière… »

Lieu de fusion de la lumière, du mouvement, de l'espace, au milieu de la scène son corps vibrant révèle l’inconnu de nos perceptions. De la silhouette gracile de la danseuse s’expulse le déploiement d'un transport quasi amoureux qui saisit les spectateurs. Leurs énergies intérieures bouleversées par les infimes variations, les subtils tremblements, les reflets, les ombres projetées dans des rectangles de lumière convoquant Mandrian. Avec la danseuse ils rentrent dans la démesure onirique de son corps démultiplié sur les murs par les vagues d’une musique de transes.

Une toile prend vie sur scène sans pinceau, ni couleur, ni décor, en toute obscurité. Le noir parcouru, parfois de rares raies de lumières livre des passages vers l’ailleurs. Gouffres, sommets, nuages, cieux  derrières ces portes invisibles affleurent nos images intérieures. Des échancrures abstraites et pures font place aux liens de nos cœurs. Le corps de Rihoto Sako passe imperceptiblement des apaisements éclatants et suaves, qui signifient la lumière, aux secousses barbares, trépanantes, trépidantes des jours sans respiration, dans un dialogue ininterrompu avec l’espace rythmique du plateau nu.
Rencontre des beaux arts, de la musique et de la danse, instant  d'une fulgurance d'absolu.
L’être, par le corps androgyne de Rihoko Sato, s'y envole, s'y blesse, y demeure sans jamais s’épuiser. Récit de la quête de l'homme éclaté dans la multitude des fragments de lui-même.
L’incroyable est là, « elle » seule sur scène rend le vide charnel et chacun d'entre nous perçoit qu'il est plusieurs et le sait durablement.
A la sortie du spectacle le sentiment d’avoir été happée dans le lieu d’une offrande hors du commun, remplit de gratitude pour ces arts mêlés, pour l'engagement du chorégraphe et de la fragile et vigoureuse danseuse.

Si votre route croise ces artistes ne manquez pas d’aller les voir.

 

 

20:30 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0)

22 avril 2010

Une représentation originale et déjantée de Jacques Rosset.

 

LE BOURGEOIS GENTILHOMME  
Molière (1670)
mis en scène par Klaudia Lanka et joué par Le Lugdunum théâtre, compagnie de Jacques Rosset.

(Par Annie Forest-Abou mansour)

 

bourge.jpgLa mise en scène de Klaudia Lanka  jouée par la compagnie de Jacques Rosset est très originale, carrément hors norme. Il s’agit d’une  actualisation audacieuse du BOURGEOIS GENTILHOMME qui  situe  dans le contexte du XXe siècle une pièce du  XVIIe. Elle nous donne à voir, non plus un monsieur Jourdain du XVIIe siècle, riche bourgeois  voulant  se faire passer pour un noble,  s’efforçant  d’acquérir les manières et la culture des nobles, mais un parvenu de la fin du XXe siècle. Elle renouvelle la lecture de la pièce de Molière sans la trahir. En effet, le texte  est respecté. En outre, Molière était le peintre de la nature humaine et  c’est  un parvenu ridicule, image  de tous les parvenus, qui apparaît devant le spectateur.

Les costumes sont contemporains ou saugrenus et extravagants. Finis le haut de chausse et le pourpoint, monsieur Jourdain est  vêtu d’un  collant bleu (un adidas kickboxing),  de chaussons  jaunes à tête de canard,  d’un short bleu brillant et plus tard, il apparaît  en  costume à rayures multicolores. Ces vêtements  déclenchent  le rire du spectateur et créent d’emblée une ambiance qui surprend le public, le séduit et l’amuse.

L’espace scénique renonce à toute contextualisation  spatiale ou temporelle. Les murs sont nus. Seuls quatre chaises  et un banc servant de coffre constituent le décor.

La comédie-ballet devient un spectacle musical délirant dans une ambiance disco, dans une ambiance de fête du samedi soir en discothèque. Les perruques, les couleurs flashy, la musique disco qui mêle funk, soul et pop, comporte de nombreuses chansons des années 70/80 auxquelles s’ajoutent  les danses qui  créent une ambiance dynamique, rythmée et  festive tout en conservant le ton de Molière.

19:49 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1)

25 octobre 2008

Une histoire à la Prévert

 

Le Ventre de la baleine.

Stanislas Cotton

Théâtre, Lansman éditeur, 2008

 

 (par Annie Forest-Abou Mansour)


1550553057.jpg

Le Ventre de la Baleine de Stanilas Cotton est un soliloque de trente neuf pages, privé de ponctuation, hésitant entre le théâtre et la poésie. Ce texte débordant  de modernité et de fantaisie linguistique donne à entendre une histoire à la Prévert, celle d’Aphrodite, une femme banale, malgré son prénom : « Oui je suis une idiote Une imbécile Une souillon Bonne à rien », une déesse de l’amour paradoxalement mal aimée : « Pourquoi un si gentil Un ami Un amant Pourquoi mutent ses mains douces en mains dures ».

Cette histoire ordinaire n’exclut cependant pas la poésie de l’écriture, la hardiesse des jeux de langage, les clins d’œil complices.  Le narrateur transforme le langage, opère des substitutions surprenantes en inversant les expressions : « Moi l’envolée au volant de ma vie l’embardement hors de l’alignement des jours ».

 

Stanislas Cotton utilise un langage simple, emprunte des images à des réalités familières et à partir de là,  élabore des images neuves, surprenantes. Les métaphores réifient Aphrodite et disent toute la douloureuse misère de sa condition de femme battue : « Pour la femme en jachère envahie par les broussailles ». Les nombreuses répétitions, les leitmotive trahissent la mécanisation de la jeune femme en proie à des idées fixes : son malheur, la violence de son compagnon, les plaintes déposées contre lui (« Pin-pon Police secours secourt les gens Pin-pon »), insistent sur l’enchevêtrement de la thématique amoureuse et de la culpabilisation face à l’être tout à la fois aimé, détesté et craint : « Un malentendu voilà Chacun s’enferme persuadé d’avoir raison On devient sourd et obtus Genre embouteillé de la cervelle Cerveau légume Paralysé (...) Pourquoi est-ce que je n’ai pas compris cela plus tôt Quelle idiote ». En introduisant dans le monologue d’Aphrodite des suites de noms issus de règles grammaticales : « Un jour bien sûr il est là Bijou Mon chou Joujou Et le temps passe Hibou Caillou Pou », des histoires puériles : « J’atterris Heu chez J’atterris chez les Papous Bonjour Papou Es-tu un Papou papa ou un Papou pas papa Un Papou pas papa je peux l’emmener faire un tour dans les bois », Stanislas Cotton  révèle la mentalité un peu enfantine de son héroïne avide de rêve et d’ailleurs,  vulnérable, surprise par les cruautés de la vie.

 

De cette rencontre souvent inattendue entre les mots se dégage la singularité du texte. Les jeux sur le langage créent une mise à distance comique qui dérange la composition lyrique et pathétique de l’ensemble comme lorsque l’auteur joue avec les sons, glisse des allitérations dans ses phrases : « Du khôl pour les quinquets coquets de la cocotte ». Son écriture dense renvoie à d’autres textes lorsqu’il reprend et remodèle  ça et là des lambeaux de vers de Verlaine (« D’une langueur monotone Envahie Sanglots longs bercent mon coeur ») ou de La Fontaine (« Veaux vaches cochons couvées Adieu »), rappelant la technique du collage des surréalistes. Les métaphores esthétiques et poétiques qui abondent : « Avant je m’applique à lisser le satin de mes songes » ou « Le temps attrape le bout du fil et défait le tissu Ligne après Ligne Inexorablement » modifient le réel et la banalité de la vie courante se charge ainsi de sens, se métamorphose. La poésie opère instantanément et pour ainsi dire magiquement la transfiguration du texte.

 

Aphrodite revit devant le lecteur des souvenirs pénibles, ressent avec acuité des douleurs physiques et morales, crie sa révolte, sa déréliction. Cette parole en crise, cet éclatement de la forme et les registres variés d’un texte qui ne se prend pas au sérieux font jaillir des émotions contrastées mêlant le sourire et les larmes au plaisir de la lecture.  Le Ventre de la baleine est une pièce de théâtre qui mérite d’être lue, mais aussi, pour ceux qui en ont la possibilité, d’être vue pour que la langue remarquable de Stanislas Cotton prenne corps dans l’espace scénique et dans la chair d’une comédienne.

21:20 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0)

03 avril 2006

Inversions

L'île des esclaves
Mise en scène Éric Massé - Compagnie des Lumas


Avec Angélique Clairand, Jézabel d’Alexis, Thomas Poulard, Jean-Philippe Salério, Dominique Unternehr et un chien
Décor - Anouk Dell’ Aiera / Costumes - Marie-Frédérique Fillion / Lumières - David Debrinay / Son - Manu Rutka

tournée 2006
Du 4 au 5 avril 2006 - Théâtre Scène Nationale de Mâcon
Du 10 au 14 avril 2006 - La comédie Scène Nationale de Clermont-Ferrand
Du 19 au 20 avril 2006 - La Maison des Arts de Thonon-les-Bains

Coproduction : compagnie des Lumas - Célestins, Théâtre de Lyon - Théâtre de Villefranche-sur-saône

 

(par Annie Forest-Abou Mansour)


La prodigieuse mise en scène d’Eric Massé plonge la pièce de Marivaux dans une modernité inattendue, cruelle et violente, sans jamais cependant en trahir l’essence. Plongé dans un brouillard estompant le réel, aveuglé par un projecteur devant lequel défilent les ombres massives de deux gardiens et de leur chien, le spectateur intègre magiquement et anxieusement l’espace scénique. Les bruitages grinçants et discordants, le rémugle de foin et de plâtre s’exhalant des cages vitrées et grillagées, le métamorphosent en naufragé, à l’instar des personnages de la pièce. Dans ce lieu clos, ressemblant davantage à un univers pénitentiaire qu’à une île, les valeurs sont inversées, les rôles et les noms échangés ( dans l’histoire mais aussi dans la pièce jouée devant nous, Arlequin devient Jean, Iphicrate, Dominique). Une fois leur identité et leurs titres perdus, les maîtres devenus valets, mis subitement en péril, perdent de leur superbe. La dénonciation de leurs défauts criée par l’esclave devant un micro (anachronisme qui actualise subtilement le texte) détruit leur fierté mais aussi leur inhumanité. Les masques se liquéfient alors au propre et au figuré. A la fin chacun s’amende, retrouvant sa place. Chacun, dans sa nudité, dépourvu de fards et d’artifices, rejoint l’Autre dans une égale humanité.
Un théâtre de la surprise qui rajeunit et magnifie un texte devenu parfois ennuyeux pour les lycéens. Du vrai théâtre, à montrer à une jeunesse que n’attirent souvent que le cinéma et la vidéo.

18:02 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0)

03 mai 2001

Brundibar

Brundibar

Du 18 avril au 2 mai 2001

au TJA, Lyon 9e

Pour tout public à partir de 8/9 ans

Production Ensemble Justiniana, compagnie nationale de théâtre lyrique et musical.
 Orchestre et Maîtrise de l'Opéra de Lyon.

(par Annie Forest-Abou Mansour)


 L'orchestre de l'opéra de Lyon, huit comédiens, une trentaine d'enfants du CE2 à la 3eme, interprètent avec brio Brundibar de Hans Krasa, compositeur allemand né en 1899 à Prague et décédé en 1944 à Auschwitz. Cet opéra pour enfants présente une intrigue simple et concentrée. Un garçonnet et une fillette, Pepicek et Aninka tentent, en chantant, de se procurer de l'argent pour acheter du lait destiné
à leur mère malade. Pour ce faire, ils prennent modèle sur Brundibar, un géant chevelu, hirsute, peu sympathique, qui gagne sa vie en jouant de l'accordéon. Après de nombreuses difficultés, dues entre autres au méchant Brundibar, le succès gratifiera enfin les deux enfants, aidés d'un groupe d'écoliers qui chantera et dansera en leur compagnie.

Au début du spectacle, sur une scène plongée dans l'obscurité et le silence, les jeux de lumière dessinent des rayures sur les costumes blancs des petits comédiens. Créateurs de toute une ambiance angoissante, ils replacent le spectateur dans le contexte initial de cet opéra. En effet, BRUNDIBAR a « été travaillé par des enfants juifs à l'orphelinat de Prague, puis s'est poursuivi pendant leur déportation au camp de concentration de Terezia ».. Ensuite, les couleurs harmonieuses des vêtements des différents groupes, les mouvements et les danses, les enchaînements vifs et rapides, les chants alternés des chœurs et des solistes, les parties parlées, I'éclat de la trompette, la douceur tour à tour allègre ou triste des violons, l'égrènement des notes du piano entraînent le spectateur dans un maelstrom enivrant et émouvant.

Les acteurs, les musiciens, c'est évident, mals aussi tous ces enfants jouent et chantent merveilleusement bien. Le garçonnet qui interprète Pepicek, outre une belle voix aux modulations variées, révèle déjà une présence intense sur scène, un jeu expressif et talentueux. La langue tchèque dans les parties chantées crée un léger barrage à la compréhension de l'intrigue. Mais dans cet univers musical, la sonorité des mots importe, à la limite, davantage que leur signification. Cette langue étrangère au spectateur ne nuit en aucune façon aux indéniables qualités des jeux et de la musique. Une fois de plus, le TJA offre au public, un spectacle savoureux et foisonnant.

 

 

Deux enfants tentent de gagner en chantant de quoi acheter du lait pour leur mère malade. Dérangés, les habitués du lieu chassent les enfants. Aidés par un oiseau, un chat et un chien qui se chargent de trouver des renforts, ils reviendront à la tête d’une bande d’écoliers, et occuperont à leur tour le terrain.
Le Livret de Brundibar adopte le schéma de maint conte consolateur, où le faible finit par triompher. Un opéra joué et rejoué par des enfants internés au camp de Terezin, une façon de résister et de conserver quelque espoir.

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10 janvier 2001

À la gare du coucou suisse

À la gare du coucou suisse
Du 1 au 23 janvier 2000
au théâtre des Jeunes Années (TJA), Lyon 9e

Wladyslaw Znorko -création, mise en scène, scénographie.

(par Annie Forest-Abou Mansour)

La pièce créée et mise en scène par Wladyslaw Znorko plonge le spectateur dans un univers onirique, ludique, étrange, où alternent les rires et les larmes, le rap, le rock et la musique religieuse. Les bruitages, par moment, véritables déflagrations, les vibrations de la musique, créent un rythme qui emporte paradoxalement ce wagon immobile depuis vingt ans. Et les deux protagonistes Bricole et Lotzouav suivent ce rythme qui s'empare d'eux, les obligeant à résister pour ne pas tomber, emportés par une folle vitesse. A la gare du coucou suisse est un spectacle de musique, de mime, de mouvement, de danse. Les morceaux de bravoure du théâtre traditionnel n'existent plus. Les mots, objets ludiques, sont essentiellement des substantifs isolés les uns des autres donnant à voir, à rêver des lieux, des paysages, suggérant des émotions, des sensations, des sentiments. Les personnages se servent d'objets relais - de vieux vêtements suspendus aux cloisons du wagon - pour communiquer. Revêtir un manteau, une veste, une robe a pour but de susciter une réaction chez l'autre, d'appeler son attention. Bricole et Lotzouav, deux êtres pleins de jeunesse, à peine sortis de l'enfance s'aiment, mais n'arrivent pas à se le dire. Pourtant leur amour existe, vit. Il est quasiment palpable. Et c'est pourquoi la pièce se clôt dans un tourbillon de joie, de rire, de jeux qui semblent amuser les acteurs eux-mêmes.

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04 novembre 2000

L'Ecole des maris

L'école des maris,

de Molière

mise en scène et costumes de Thierry Hancisse

 

Par la troupe de la Comédie-Française

 

durée : 1 h20

au Théâtre des Célestins, Lyon,

 

du 26 septembre au 14 octobre 2000

 

(par Annie Forest-Abou Mansour)

 

"Pour saluer l'an 2000, la Comédie-Française a rendu hommage à son patron, Molière, en présentant six de ses œuvres (. . .) Parmi elles, L'Ecole des Maris est sans doute la plus rare, et la plus charmante, avec sa fin naturellement astucieuse, sans les fréquents artifices de conclusion."

Comme l'écrit Voltaire, "L'école des maris affermit pour jamais la réputation de Molière. C'est une pièce de caractères et d'intrigues". En effet, cette comédie en trois actes, à l'aspect souvent farcesque, est non seulement comique. mais elle est aussi dotée d'une grande richesse psychologique et dramatique. Dans ce classique, toujours d’actualité puisqu'il exprime en fait le drame de l'humaine condition avec, entre autres, le thème de l'absence de réciprocité dans l'amour, les objectifs moliéresques sont atteints: divertir, plaire, faire réfléchir.

Mais surtout, dans la pièce mise en scène par Thierry Hancisse, ces objectifs sont valorises par l'expressivité du jeu et des mimiques des acteurs, par leur diction et leur ton qui font oublier les contraintes de la versification. Le décor sobre et suggestif où volettent de légers papillons blancs, transfiguré par des jeux d'ombre et de lumière crée toute une poésie de pure théâtralité et de magie. A la fin de la pièce, l'arrivée dans la nuit du commissaire et du notaire maquillés et vêtus de noir plonge même le spectateur en plein fantastique. Avec Thierry Hancisse, on passe du théâtre texte à la théâtralité.

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03 mars 2000

Un voyage initiatique

En route

 

Du 8 au 13 février 2000

au Théâtre des Jeunes Années ~ (TJ A,) Lyon 9e

renseignements et location : 04 72 53 15 15

 

Laurent Gutmann - écriture, mise en scène

Création Théâtre Suranne

avec

Vincent De Bouard

Laurence Kelepikis

Catherine Vinatier

 

Un voyage initiatique.

 

(par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

Dans les sociétés primitives, l'initiation est un rituel permettant le passage à l'âge adulte. En Occident, le même schéma initiatique se retrouve symboliquement et affectivement. Lorsqu'il quitte le foyer familial, l'adolescent livré à lui-même découvre la vie. C'est ce qui arrive à Gutz, dans la pièce En route de Laurent Gutmann. Le jeune néophyte, poussé par sa mère, quitte sa chambre protectrice et découvre avec étonnement le monde, s'intéressant à tout ce qui signifie la vie : les fleurs, des grenouilles, un oiseau, une abeille ... Curieux, il voit son horizon s'élargir, appréhende la beauté du monde, connaît l'amour en la personne de Tarama. Le spectateur assiste à la naissance d'un nouvel ordre plus riche que l'ancien. L'enfance était un univers sombre et pauvre d'attente.

Mais un passeur, qui rappelle étrangement, par son domino et son allure, Charon, la divinité de l'Enfer, l'emporte dans sa barque et lui donne à voir au cours d'un voyage, la laideur, la mort. Deux réalités effrayantes qui accordent en fait, comme l'explique le mystérieux personnage, tout leur prix a la vie. Une vie bien courte car lorsque l'enfant, revêtu de la tunique du passeur, mire le reflet de son visage dans l’eau, il est devenu un vieillard.

Progressivement, le spectateur se laisse emporter par le merveilleux de cette histoire où la philosophie et la poésie se conjuguent en toute simplicité. La découverte de la vie prend l'aspect d'un dialogue coupé de thèmes musicaux. Elle s'effectue par le biais d'une promenade à travers un champ parsemé de fleurs. Un décor simple mais suggestif est mis en valeur par les jeux de lumière dont les changements et les dégradés permettent de préciser les émotions des personnages. En route de Laurent Gutmann donne à penser et à rêver aux plus petits comme aux plus grands. Mais cette pièce est courte, trop courte. Cependant cette concision symbolise la brièveté du beau voyage qu'est la vie.

 

« En Route est l’histoire d’un jeune saltimbanque, magicien autant que comédien, qui fait surgir les éléments du décor et par qui advient le théâtre. C’est l’amour qu’il rencontre… mais il doit continuer sa route. Il arrive à un fleuve, sur lequel l’attend un mystérieux passeur. … Laurent Gutmann nous raconte le récit d’une initiation dans laquelle il n’y a ni rupture ni frontière entre le connu et l’inconnu… »

Pour tout public à partir de 6/8 ans

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15 janvier 2000

L'Ogre de barbarie ou l'art d'André Loncin

Du 11 au 15 janvier 2000
au Théâtre des Jeunes Années (TJA)
Lyon 9°
renseignements et location
04 72 53 15 15

Textes Anne-Marie Collin
mise en scène André Loncin
avec André Loncin
Pout tout public à partir de 9/11 ans

(par Annie Forest-Abou Mansour)

"C'est un marchand d'histoires qui nous entraîne dans un terrain vague où il a installé un cabaret de fortune, juste à l'arrière de la fête foraine ... Nous écoutons le singulier personnage nous raconter une terrible histoire de chair et de sang, une histoire d'ogre dévoreur d'enfants.

L'Ogre de barbarie, écrit par Anne-Marie Collin, mis en scène et joué par André Loncin est un théâtre de la surprise. En effet, avec cette pièce le théâtre traditionnel est aboli. Quelques instants après leur arrivée, les spectateurs qui attendaient devant une porte aux lumières clignotantes multicolores sont détournés par une espèce de Gavroche claudicant au ton gouailleur vers un terrain vague entouré de palissades. L'espace théâtral du TJA : les gradins, les fauteuils de velours rouge et la scène ont disparu. L'opposition scène-salle n'existe plus. Les spectateurs étonnés gagnent alors des bancs de bois inconfortables placés en demi cercle. Face à eux, des objets de bois poussiéreux gisent sur le sol. Un orgue de barbarie déposé sur un antique landau les domine. Le tout est vaguement éclairé par quelques lampes rudimentaires. Derrière la palissade, des voix off, de la musique révèlent la présence d'une fête foraine.

C'est une scène d'extérieur et les spectateurs font partie intégrante de cette scène. Le ton est donné d'emblée. Il s'agit d'un spectacle populaire animé par un saltimbanque pauvre, aux vêtements usés, au langage familier. Abel Portegnard, troubadour du XXIe siècle circule au milieu des spectateurs, les interpelle, dialogue avec eux. La déclamation ressemble à de l'improvisation. Musique égrenée par le vieil orgue fatigué, danses, chants se succèdent. Le metteur en scène a fait de ce théâtre une réalité à laquelle le spectateur adhère pleinement. Ce dernier vit la fiction. Il assiste, de nuit, à la campagne, à un spectacle ambulant.

Par son intense présence, le comédien devient Abel Portegnard. Il interprète de telle sorte son personnage qu'on peut croire que la claudication d'Abel est la sienne. Le jeu, l'image deviennent réalité. L'ogre dévoreur d'enfants va surgir parmi nous.

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