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21 août 2011

Stabat mater furiosa ou le féminin premier.

 

Stabat mater furiosa.
Jean-Pierre SIMEON
Editions les solitaires intempestifs, 10 euros.

(Par Marie Malaspina)

Stabat image.gifDans le drame d’Osiris, Osiris le père et Horus le fils posthume sont coupés en morceaux par Seth, le frère et oncle jaloux. Pour les deux victimes, bien qu’une part manque, l’intégrité vitale des mutilés est restaurée par  un autre. Pour Osiris, par Isis l’épouse, pour Horus, par Thot le maître de la parole, de l’écriture et de la science. Dans ce mythe, l’intégrité vitale est retrouvée grâce au don d’un autre qui pour rassembler, s’y j’ose dire, les morceaux, allie raison et vulnérabilité.

C’est un mythe qui à partir de la violence et du déchirement initial finit par faire la part belle à l’autre, à l’amour, et à la connaissance. L’autre en face de soi, l’autre en soi trouve sa ligne de fuite et son apaisement.

Dans la pièce soliloque  Stabat mater furiosa  écrite par Jean-Pierre Siméon pour la comédienne Gisèle Tortero il n’y a pas de rédemption. Nulle consolation, nul retour à une intégrité initiale, un rivage, cependant se devine qui accoste à la perception absolue du féminin.

L’auteur convoque les forces d’ombres et celles de lumières dans un chant lyrique singulier et rauque. Aucune facilité, ni sensiblerie victimaire. Ici la femme est debout dans la fureur qui la dresse, trait d’union puissant, entre la boue et l’azur.

La pièce gronde de tempêtes, de ténèbres, de mâles roulements de tambours de guerre, quand le féminin arcbouté, dans un déluge de mots plein de chaos et de douleurs, tient le fil ténu de l’amour sans espoir.

Le texte marche sur les morts, le sang, et les blessures, roule dans les gouffres, éclate aux confins du cœur.

Pris par le rythme, le mouvement et le souffle, le lecteur sent sa respiration soumise aux harcèlements des phrases emplies de tonnerre, de trompettes de jugement dernier et de cris.

« Des enfants courant dans les herbes hautes » « la chaleur d’une main sur l’épaule au dévers du lit » « les trois oliviers, la peau des collines » et « l’étranger qui demande les lèvres de la femme aimée » avec toute l’écume des jours ne sauvent de rien. Dans le roulis des sens et des explosions, la guerre gagne éternellement.

A la fin, en filigrane, une image imprègne notre rétine et y demeure. « Des millions de choses humaines légères et nues debout sur tous les horizons du monde », des âmes peut être, nous saluent. La pièce se clôt sur un silence sans fond succédant aux vacarmes et à la tendresse abattue tous les jours.

Après une dernière prière et l’obstination d’un cerisier.

Jean-Pierre Siméon fait aux femmes le présent de son impétueux regard, prenant en quelque sorte la place d’Horus qui voit des deux côtés à la fois, celui du féminin et celui du masculin. Bien loin de la peur de la femme comme précipice il se jette avec elle dans la détestation de la haine.

Dans son long soliloque les femmes n’ont pas rang d’idoles, mais elles sont la chair de la chair du monde qui chaque matin, dans chaque lieu est tuée, sans paroles par les guerres de conquête que nul bras n’arrête.

Ce texte atteint dans sa force au féminin premier.

 

19:40 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0)

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