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16 novembre 2004

Les gens simples

Sans domicile fixe
Guillaume Le Blanc


Editions du Passant, 2004

(par Annie Forest-Abou Mansour)

simple.JPGSans domicile fixe de Guillaume Le Blanc est un ouvrage sur les gens simples, à qui rien n’arrive, et sur les démunis, les miséreux. Les gens simples subissent leur vie : une vie médiocre, banale, ennuyeuse, terne. Ils rêvent de s’en extirper afin de voguer vers un ailleurs plein de promesses, de bonheur, de changement, pour transformer ce qui est en eux et hors d’eux. « Partir » est un leitmotiv lancinant, une obsession. Emile et Kashia fuient et se fuient. Mais où qu’ils aillent, ils seront toujours les mêmes. A moins qu’Emile rencontre l’amour dans les beaux yeux verts de Sveva ; l’amour qui est peut-être l’unique note d’espoir véritable.

D’autres comme Taddeus partent par obligation, pour abandonner une vie misérable, trop difficile, tentés par des vendeurs, des voleurs (?), de rêves qui s’enrichissent à leurs dépens en leur prenant le peu qu’ils possèdent.

La chute du mur de Berlin, la création de l’Europe ont pu sembler une ouverture vers la liberté, la paix entre les peuples, l’égalité de leurs droits. Pourtant pour Guillaume Le Blanc, c’est une vision bien utopique et angélique. L ‘expérience, les propos, les rêves des protagonistes de son ouvrage le prouvent.

 La France constitue le rêve des malheureux et des pauvres : « ils me disent qu’à Bordeau y a du travail sur les chantiers (…) on peut tout faire en France (…) l’école là-bas c’est beaucoup mieux, il y a des ordinateurs dans les écoles. Ils me disent, pense à tes enfants qui pourront étudier… ». Mais c’est un leurre tragique. Alors que Kashia « pense à la vraie vie, derrière la vie grise et sale », une vie lumineuse à Paris, avec les musées, les beaux quartiers, Paris se révèle aussi misérable, aussi terne que Varsovie.Le bonheur semble impossible à trouver hors de soi.

 

Une fois à Paris, Kashia comprend que « jamais (elle) ne fu(t) plus heureuse que dans [sa] cuisine… ». Une fois à Sangatte, dans la rue et le froid, «Emile et Nadia nettoy(ent) les pare-brises des voitures aux carrefours (…) Velickha fai(t) la manche ». Kashia et Katrin se prostituent. Et tous sont irrémédiablement seuls, insatisfaits, encore plus malheureux qu’auparavant.

Guillaume le Blanc peint des êtres qui espèrent sortir de la médiocrité, de la misère et qui aiment la vie. Mais malheureusement, la vie ne les aime pas et les maltraite, quand elle ne les rejette pas. Martin Podavski meurt au moment où son rêve se réalise enfin.

Sans domicile fixe est un très beau livre, émouvant et grave. Il stimule le lecteur à la tolérance envers l’Autre. Il incite à réfléchir tout comme le font aussi les photographies à l’ouverture de chacun des chapitres. Elles nous entraînent sur des routes et des lieux désertiques, vers l’infini, la liberté. Le lecteur est alors seul devant ces petites fenêtres ouvertes sur un ailleurs : d’espoir ou de désespoir ?

15:11 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

03 novembre 2004

Un voyage unique

Ayal, une année en mongolie
Lina Gardelle

Gaïa, 2004

(par Annie Forest-Abou Mansour)

ayal3.jpgLa lecture prodigue un plaisir fécond et subtil. Le livre objet – la beauté de sa couverture, la douceur de son papier, son odeur - participent à ce plaisir. La matérialité du livre Ayal, la couleur nacarat de ses pages, les photographies, constituent une composante importante de l’écriture fraîche et pure de Linda Gardelle. En effet, avant de pénétrer à l’intérieur de ce carnet de voyage, le lecteur s’envole déjà vers un ailleurs magique plein de fraîcheur et de charme, simplement en feuilletant l’ouvrage, en regardant les paysages oniriques de Mongolie, le sourire adorable et innocent de ses enfants.

Linda Gardelle, âgée de dix huit ans, est partie, seule, en Mongolie, pour y séjourner une année afin de vivre pleinement la culture de ce pays, d’en connaître et d’en comprendre les habitants avec lesquels elle s’est très vite liée d’amitié. La découverte de ce milieu naturel et humain l’a rapidement charmée : « Je suis éblouie par la paix et la poésie qui émane de l’atmosphère ». Elle apprécie la chaleur des êtres, leur hospitalité, leur solidarité, leur simplicité, leur véracité. Dans les steppes, sous leur yourte, ils ne portent pas de masque comme les habitants des pays aisés et soit disant modernes...

Ouverte, tolérante, véritable citoyenne du monde, Linda s’adapte aux coutumes ancestrales de la Mongolie. « Elle est vraiment devenue Mongole. Elle est capable de vivre en Mongolie » s’exclament souvent les autochtones. Elle s’intègre dans ce milieu rude, au climat hostile («Une épaisse croûte de neige m’enveloppait et mon écharpe gelée me brûlait le visage »). Elle accepte et respecte la différence, avalant sans un mot son premier petit déjeuner sous une yourte, « un œil froid, cuit depuis dix jours ». Objective, elle perçoit les qualités, mais aussi les défauts du peuple mongol, l’alcoolisme, l’oisiveté, le vol. Elle ne les occulte pas et dit sa déception.

Cette année vécue en Mongolie recèle une intensité ineffable pour elle : « Je restais persuadée que je ne pourrais raconter à personne les aventures, les joies, les moments de bonheur, les craintes, les peurs, les tristesses, les rêves qui m’avaient portée, abattue, relevée, écrasée, envolée. Je gardais ce monde à l’intérieur de moi, comme un secret, comme un trésor, comme un vieux parchemin impossible à décoder par des gens d’un autre univers. ». Pourtant, Linda Gardelle réussit à communiquer au lecteur toutes ses émotions, ses sensations uniques et extraordinaires éprouvées dans ce monde fascinant et féerique.

Une fois rentrée chez elle, elle ne peut que se sentir « agressée, attaquée » par la vie facile, active, superficielle de la France. Son livre est un véritable hymne à la vie simple et naturelle loin des artifices de la civilisation dite moderne.

14:04 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)