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19 mars 2011

Le joueur de théorbe, Patrice Salsa

 

Le Joueur de théorbe
Patrice Salsa
Editions URDLA, 2011

 

!cid_78D27D25-BFDC-443C-836F-4EBFAB355BA6@home.jpgLe Joueur de théorbe de Patrice Salsa est  placé sous le signe de l’esthétique et de la lumière. Petit bijou éclatant et lumineux de quarante pages enveloppé d’une exquise jaquette ambrée à rayures mordorées, l’objet livre laisse déjà présager un univers savoureux. De même, le titre entraîne, avant toute lecture, vers un univers onirique musical et pittoresque lointain.  Et d’emblée, ce bref récit  nourri d’Histoire et d’érudition (Maupassant, Gautier, Villiers de l’Isle –Adam,  il Bronzino…  surgissent au détour d’une phrase ou d’une idée), nous enchante et nous charme.  Dans ce  texte qui  concentre un moment intense de la vie de « l’amphitryon » du narrateur,  Patrice Salsa dépoussière et renouvelle  la littérature fantastique du XIXe siècle. Tous les ingrédients du fantastique sont regroupés : un cadre réel et familier, un  témoin lucide, « l’agnostique endurci », une  réunion conviviale autour d’un repas puis  quelques éléments qui fissurent le réel : « un soir de brouillard comme il n’y en a presque plus dans la belle ville de L. »,  l’introduction de l’inexplicable, du mystère.

Or, ici, contrairement aux histoires fantastiques auxquelles nous sommes habituées,   l’effigie   n’immortalise pas l’être aimé. Paradoxalement, l’être aimé semble naître de la peinture. Dans Le joueur de théorbe, on part de l’objet d’art pour arriver au réel. Et le héros n’est ni le narrateur ni le beau Flavio. Le héros, ou plus exactement l’héroïne, est la lumière. En effet, la lumière illumine le récit. Tout un halo de lumière surgit du tableau et de l’être aimé. Le portrait est une  source lumineuse, « Dans l’ombre qui avait progressivement envahi les lieux, le tableau acquérait une luminosité irréelle, qui semblait sourdre de la chair de la toile, irradiant la chaleur de la vie même ». De même, Flavio, inspiré d’une toile, portrait du Bronzino échappé de son cadre,  est  revêtu de la lumière froide  de la lune : «revêtu d’une chemise immaculée presque phosphorescente sous l’éclat de la pleine lune ». Puis, comme Mithra,  il s’évanouit dans la lumière : « Je pris le dernier cliché au moment où, surgissant de l’horizon comme une flèche d’or, les premiers pinceaux de l’astre du jour illuminèrent le pan du mur. Il y eut dans mon viseur comme un bref flamboiement, et, de façon réflexe, j’appuyai une nouvelle fois sur le déclencheur. Lorsque je reposai l’appareil contre ma poitrine, Flavio avait disparu ». Tout comme on ne peut s’emparer de la lumière, le narrateur ne peut posséder Flavio. Flavio se laisse contempler, mais ne se donne pas. Etre inaccessible, intemporel, hors de l’espace, il  hante l’esprit du narrateur. Il est  un souvenir dont  il ne reste que des mots  puisque la peinture du Bronzino entre en combustion, ne laissant subsister que le cadre.

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