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24 avril 2012

Premilla and the vow

 

Premilla and the vow ,
Neela Govender 
Editions Gaspard Nocturne  (2011)

 

(Par Mireille Bourjas)

 

 

i image premela.gif Après avoir écrit Acacia thorn in my heart, un roman semi-autobiographique narrant l’enfance et l’adolescence d’une jeune sud-africaine Leila, Neela Govender se lance dans un nouveau roman, Premilla and the vow, dans lequel elle décrit  la vie d’ une jeune femme « mal mariée ». Cette expression neutre convient tout à fait car Premilla pourrait être la représentante de toutes les jeunes filles, obligées de se marier, pour des raisons familiales diverses…Et malheureusement,  en notre vingt et énième siècle, elles sont encore légion.

 

Premilla est une jeune indienne, descendante de ces indiens employés comme main d’œuvre sur les plantations des Blancs, en Afrique du Sud. Professeur dans une école indienne, surveillée étroitement par une mère qui s’accroche  aux traditions de sa caste et de sa famille, Premilla aspire à une vie plus libre, dégagée des contraintes qui pèsent sur elle, en tant que fille, indienne et sud-africaine. Elle est sans cesse révoltée, sans cesse à la recherche d’un ailleurs plus libre, jusqu’au jour où elle rencontre Aaron, jeune indien de confession musulmane. Le mariage est impossible, pour l’honneur de sa famille. Réduite à l’avortement et de surcroît à épouser un homme, de sa caste et de sa religion, qu’elle n’aime pas, Premilla fait, le jour même de son mariage, le vœu de quitter ce mari  alcoolique et brutal, pétri de mépris pour les femmes.  Elle va essayer d’accomplir ce vœu  pendant dix ans, dix longues années d’essais, de renoncement, d’essais encore…Grâce à une bourse qui lui permet de séjourner un an, en France, à Grenoble, elle expérimente la liberté, liberté de se mouvoir, liberté de disposer de son salaire, liberté de se déplacer, liberté de fréquenter des amis, liberté d’être elle-même… et de vivre tout simplement. Comme l’université de Grenoble lui propose un poste pour l’année suivante, elle va tout mettre en œuvre pour accomplir son vœu et commencer une nouvelle vie avec sa fille, Elisha.

 

L’action de Premilla and the vow se passe dans les années soixante-soixante dix, années de fortes grèves et de tensions entre la communauté noire et la blanche, au pays de l’apartheid. Cette situation est à peine évoquée : quelques lignes, vers le milieu du livre. « The sixties were interesting but frightening times. Mass arrests, trials, boycotts were common happenings. ». La première surprise passée, le lecteur constate qu’il s’agit de la volonté bien précise et bien marquée de l’auteur de ne pas se disperser. Nous sommes dans un milieu indien bien clos, bien fermé sur lui-même, le problème de l’apartheid serait une inclusion sans grand intérêt.

 

Immigrés depuis le XIX° siècle, les indiens sud-africains n’ont rien changé de leurs coutumes et de leur mode de vie. Les premières pages du roman « Everyone knows everyone else, noone is excluded exceptthose who don’t march to the tune. » décrivent très bien cette société où les filles sont écorchées vives par des langues de feu « Teenage girls are scorched alive with fiery tongues », où tout le monde se connait, où personne n’est exclu sauf ceux qui ne marchent pas au même pas que les autres. Les belles-mères cultivent la toute puissance de leurs enfants mâles et se vengent sur leurs belles filles de ce qu’elles ont dû subir et endurer. A l’heure actuelle, 160 000 jeunes indiennes meurent chaque année, en Inde, dans des accidents domestiques perpétrés contre elles par leur mari et leur belle famille, en toute impunité. Quand la police conclut au meurtre, la belle mère s’accuse pour épargner la prison à son cher fils. On sent très bien que tout cela pourrait arriver à Premilla. Société bloquée où le divorce est impossible, où la famille et le respect de lois millénaires priment sur toute autre considération. Seule la fuite est possible et encore ! Premilla réussira à partir, à quitter son mari, mais un esclave oublie-t-il les chaines qui l’on entravé depuis son enfance ?

 

Premilla and the vow est un roman attachant. Ses personnages sont bien campés et bien vivants : Premilla est  toute en révolte, en inconscience aussi, prête à tout pour vivre. Elisha, l’enfant déchirée entre une mère, qu’elle aime mais qui lui apporte une vie peu sûre, et un père brutal. Enfant désorientée loin de ses cousins, de ses chiens, de son Durban natal. Vijay, le mari soucieux de récupérer sa femme et sa fille non pour elles mêmes, mais pour son honneur à lui seul. Draupadi, la mère gardienne du temple des traditions, de l’honneur familial mais qui finit par regretter ce mariage devant la détresse de sa fille.

 

Autour d’eux, une fratrie, un monde de cousins, d’oncles et de tantes…tous très impliqués dans la continuation des traditions et à faire marcher tout le monde d’un même pas.

 

La France, pays de la liberté, pour Permilla, est décrite à plusieurs reprises comme un pays de communistes, « you’re endoctrinated with communist propaganda. » ou « He told auntie Vasantha that you have communist friends. Are they bad ? He said, they will take over power in the country. » Cette description amusante rejoint celle de nombreux éditorialistes étrangers, en particulier, américains.   

 

Ce livre est difficile  à lire  au début, car déroutant dans sa présentation à cause de ses  nombreux flash-back, de l’absence de certains articles et aussi  de guillemets, de tirets lors des dialogues. Mais  surtout,  l’emploi constant du  présent simple étonne. Certes, le présent simple donne beaucoup de vivacité à l’action,  mais aux dépens de la clarté.

 

 

 

Au nom de toutes les femmes du monde entier sous la coupe de maris machistes, brutaux, ce livre mérite d’être lu …et pas seulement par les femmes.

 

 

 

 

 

21:11 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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