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29 septembre 2012

L'Enfant de L'Océan

 

L’Enfant de l’Océan   
Frédéric Adolph  
Editions de la Courrière (2012)

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

    L'Enfant image.gifJeune campagnarde de trente huit ans, isolée, à la vie terne et monotone, « Andrée s’ennuie profondément. Ses journées, les unes après les autres, s’écoulent, toutes identiques ». En effet, elle évolue  dans un milieu traditionnel et austère, avec pour unique  compagnie  sa mère et  ses frères. Pourtant, la rencontre lumineuse et solaire du bel Antoine, un séducteur « à la chevelure rousse », son premier et unique amour, l’éblouit et « lui permet d’oublier sa solitude ». Comme l’indique la métaphore qui concrétise l’aspect transcendant, presque irréel pour elle de cette merveilleuse rencontre, elle « fond entre ses bras ». Mais cet amour n’est qu’une obscure conspiration. Andrée n’est qu’un « bel objet » pour le méprisable Antoine. De cette brève union naît la vie, que l’amant refuse d’assumer : des jumeaux, Bernard, mort-né, et Jacques, le protagoniste de l’histoire, l’enfant de l’Océan, condamné par la famille d’Andrée à l’abandon. Heureusement pour lui, Jacques sera adopté par Anny Adolph, une maman de cœur qui le chérira et qu’il chérira, et il deviendra Frédéric : « Toi qui (…) a toujours pris soin du petit Jacques, puis de Frédéric. Tu es belle, tellement belle,  maman ». « Maman » point d’orgue qui retentit à la fin de l’ouvrage. Tous les schémas mentaux du petit garçon peuvent se structurer à la faveur de la protection d’une famille adoptive. 
    L’Enfant de l’Océan de Frédéric Adoph oscille entre la biographie et l’autobiographie romancées. Au récit se mêle le discours avec le passage sporadique  du « il » au « je ». Torturé par le besoin de retourner à l’enfance, de savoir qui il est vraiment, (« Mais qui est Jacques ? Qui est Frédéric ?  Singulier par sa personne et pluriel par son histoire (…) ») le narrateur fait revivre l’enfant qu’il a été, le revoyant, le reconsidérant à travers sa conscience d’adulte, actualisant le passé avec l’emploi constant du présent. L’ouvrage trouve son principe dans des faits passés, l’expérience marquante et traumatisante de l’abandon forcé de sa mère, image pathétique de la maternité souffrante et brisée,  et le désir de retrouver par delà l’enfance, le seul moment où il a vécu en symbiose avec cette mère absente : l’état prénatal (« Une mère porte son enfant durant neuf mois. Jacques a connu cette période. Ses relations avec sa mère ont commencé dès sa conception ») qui trouve son substitut dans l’Océan, élément liquide équivalent du liquide amniotique, image magnifiée de la mère  lacunaire. Le petit Auvergnat entre en osmose avec l’Océan personnifié, bienveillant, accueillant,  élément catalyseur salvateur qui lui ouvre le chemin de la Beauté de la Vie et l’accompagne dans sa quête du passé : « Frédéric, avance et prends ma main. Je te protégerai et je te conduirai un jour sur les pas de ton histoire ». Le narrateur propose la vision de l’enfant. Le lecteur pénètre l’imaginaire de Frédéric, sa perception de la vie, du monde,   tout à la fois aigüe,  lucide et merveilleuse, remplie de confiance, qui échappe parfois à la logique courante des adultes,  l’enfant  possédant une extraordinaire tendance à vivre en imagination l’Océan.    
    Le présent et le passé alternent au fil des pages.  La résurgence  fréquemment  douloureuse du passé de cet enfant abandonné à sa naissance,  puis par son père adoptif, rongé par l’angoisse d’un retour possible dans « La grande maison » (périphrase désignant l’orphelinat),  incompris de nombreux enseignants, rejeté par ses camarades de classe, est souvent provoquée par des sensations communes au  passé et au présent : « Une ‘ chose’ étrange surgissant de mon inconscient me pointe du doigt », « « des souvenirs de mon enfance ressurgissent ». Cette enfance et ce passé retrouvés sont le résultat d’une quête lucide et volontaire du narrateur qui analyse avec recul les états psychologiques d’un enfant blessé par la dureté de la vie. Frédéric Adolph se fait le porte parole des enfants malheureux et prouve que le passé n’est pas une fatalité bien que de nombreux « enfants transforment en maux les mots impossibles à dire, laissant au corps le soin d’exprimer l’interdit ». Ils intériorisent  la vision négative des adultes, des enseignants, se heurtent à des blocages scolaires (« Bien qu’ayant aujourd’hui d’excellents résultats, ses années de retard font qu’il se croit condamné » ).  Ou bien, ils  sombrent dans la violence et la rage comme le fera de rares fois frédéric. Mais  surtout l’auteur met l’accent sur le rôle unique de l’Amour, de rencontres  bienveillantes  et « exceptionnelles »  comme Anna, « sa mémé »,  monsieur Chauvat l’instituteur, le menuisier, des groupes bibliques, Isaac… L’amour apporte assurance et confiance à l’enfant, il fortifie sa personnalité en devenir.       
    La résilience a été possible grâce à la foi, dynamisme d’amour,  et  à l’Amour. Jacques/Frédéric  a pu  retrouver son unité perdue, la consolider: « Jacques et Frédéric ont appris à vivre ensemble ». Il a compris  le comportement de sa mère biologique sacrifiée par son entourage, l’attitude violente de son second beau-père sous l’emprise de l’alcool mais malgré tout aimant  et  il ne subit plus l’univers mortifère dans lequel il a évolué à l’état prénatal. Ce sont la Vie et l’Amour qui l’emportent enfin.

    L’écriture a été une façon pour  Frédéric Adolph de prendre du recul par rapport à son passé, d’objectiver ses états d’âme, de progresser dans sa connaissance de lui-même,  d’évoluer afin de prendre totalement et définitivement en main le cours de sa vie. La conception de ce  témoignage émouvant qu’est L’Enfant de l’Océan a permis à Frédéric Adolph de comprendre le sens de son existence et de se construire.

07:57 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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