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22 août 2013

Un pas à la fois.

 

Nicole Blanche Mezzadonna
Joanna Concejo (illustratrice)      
Editions notari (2013)

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 Image un pas.jpg   Dans le somptueux album relié  destiné à la jeunesse  de Nicole Blanche Mezzadonna  intitulé Un pas à la fois, Julot est un personnage attachant et surtout déconcertant. Discipliné, obsédé par la rigueur, hanté par l’irrégularité, il a intériorisé les leçons et les schémas transmis par sa tante Agathe. Son existence  intouchable, inchangeable ne vaut que par la transmission. Elle est codifiée (« Après la salle de bain, il va préparer son petit déjeuner. Il exécute 10 pas jusqu’à la cuisine en faisant attention de ne pas marcher sur les oiseaux du tapis du hall »).Julot vit dans l’ordre du symbolique.   Voulant garder le contrôle de tout, maîtriser chaque situation (« Il attend deux fois que le feu passe au vert avant de traverser la route afin de se rassurer sur sa maîtrise de la situation »), il planifie, organise, ordonne sa vie dans les moindres détails : « Le soir (…) il plie méthodiquement chacun de ses vêtements sur la chaise près du lit. Il vérifie que ses pantoufles sont bien écartées l’une par rapport à l’autre, de la largeur d’une main aux doigts rapprochés. » Perfectionniste, dénué de souplesse, Julot veut rester dans le rationnel : « Il faut toujours commencer par le côté droit car c’est le côté de la raison ». Ce qui est irrationnel ou émotionnel est redoutable pour lui.  Il agit avec rigidité  parce qu’il  aspire au bien être. Le plus petit dysfonctionnement  dans ses habitudes l’angoisse : « Sa mémoire lui joue un tour. Il s’arrête, paniqué (…) ». Il se protège en évitant les  surprises et  les émotions : « C’est fatigant pour le cœur, les émotions ».       
    Pourtant ce conformiste recèle au fond de lui  un brin de fantaisie : il promène son vélo, attend l’approbation du chien de sa sœur pour choisir un vêtement : « Il entre dans la cabine d’essayage et en sort peu de temps après. Kartoffel, qui l’a attendu sagement, assis dans le couloir, bat de la queue. C’est bon. Le chien approuve, il est bien habillé. Kartoffel ne s’est jamais trompé. » C’est peut-être pour cette raison qu’un jour il va se rendre compte que « la vie n’est peut-être pas aussi rigide qu’il l’a vécue et souhaitée ».

    Le style limpide de Nicole Blanche Mezzadonna  permet d’accéder à des concepts psychologiques et philosophiques en toute simplicité de façon humoristique et également poétique comme le suggère la métaphore filée de la mer évocatrice d’une réunion familiale tumultueuse : « Une discussion houleuse déferle pendant la réunion de famille, soulevant des embruns qui éclaboussent tout le monde ». Les illustrations soignées, pleines de légèreté comme une chemise volant au vent  et remplies d’humour de Joanna Concejo glissent une touche fantasque et surréaliste dans l’univers rigide de Julot tout en approfondissant la lecture du texte et en en proposant une interprétation. L’image de Julot, homme animal, doté d’un visage aux longues oreilles de chien rappelle qu’il « avait sorti de la boîte à jouets une figurine en plastique des animaux de la ferme pour symboliser sa personne ».  Le fond monochrome beige de la tapisserie du début de l’ouvrage accueille avec délicatesse des oiseaux perchés sur des branches d’arbres. La présence d’oiseaux et d’éléments appartenant au monde végétal symbolise la vie, la liberté. Le texte et les images, tout en s’opposant apparemment, se complètent. Les dessins de Joanna Concejo permettent au personnage d’échapper à sa rigidité.
    Comme toujours, les éditions Notari proposent aux jeunes lecteurs mais aussi à leurs parents des ouvrages esthétiques et  originaux, donnant tout à la fois à réfléchir et à rêver.

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