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23 novembre 2011

Forum avec K. Berger et J.Kelen, écrivains

 

FORUM104
104 rue de  Vaugirard - 75006 Paris
M° St Placide ou Montparnasse

mercredi 30 novembre de 20h à 22h
Des femmes et de Dieu
Avec Jacqueline KELEN et Karima BERGER

 

 

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Jacqueline KELEN
auteure entre autres de 
Les femmes dans la Bible
et Lettre d’une amoureuse à l’adresse du pape

 

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Karima BERGER auteure entre autres de
Eclats d’islam, chroniques d’un itinéraire spirituel et  Rouge Sang Vierge


 

Cette soirée est organisée en partenariat avec l’ISTR (Institut des Sciences et Théologie des Religions). Deux femmes, l’une chrétienne, l’autre musulmane, partagent leur vision des femmes à partir de leur propre enracinement culturel et religieux. Elles témoignent de la place du divin dans leur existence et s’interrogent sur leur rôle et leur mission au sein des institutions religieuses. Cette soirée est aussi une invitation à poursuivre la réflexion par le cycle de six conférences qui se déroulera de janvier à avril 2012 à l’ISTR sur le thème « Les femmes au regard de six grandes traditions religieuses » (informations sur www.ipc.fr/istr ou par courriel : istr@icp.fr).

 

 

 

 Participation aux frais : 10€, adhérents : 5€

03 novembre 2011

Des nouvelles de la Mort et de ses petits.

 

Des nouvelles de la Mort et de ses petits.
Anne-Lise Grobéty
Bernard Campiche Editeur  (Août 2011)

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

Des_nouvelles…_vignette.jpgLe sous-titre du  roman Des nouvelles de la Mort et de ses petits d’Anne-Lise Grobéty, Mémoires intestines d’Islo Pers, fils du Grand humeur du Roi, qui succéda à son père de manière éphémère, semble annoncer, quand on ignore qu’il recèle un jeu de mots plein d’humour, une parodie d’ouvrage historique. Or ce n’est qu’apparence et illusion. Ce roman abrite une richesse insoupçonnée. Il  se déroule à une époque indéterminée,  ( la toile de fond politique pourrait synthétiser plusieurs périodes  historiques dans lesquelles le roi, « sa minjesté »,  tient une place très importante),    dans un pays imaginaire, « Le Pays Bougon » aux nombreuses ressemblances  cependant avec la France du XVIIIe siècle comme le laissent deviner les références au jeu du « toton »,  à la « Grandencyclopédie », aux ouvrages du « Penseur », à l’arrestation du Roi : « Le Roi avait été confisqué par des émeutiers dans son pavillon de Brentes, au cœur de la forêt de chasse de Chacogne » et à la Révolution : « la Bougonnerie le premier pays au monde où le Grand Renversement était établi ». Islo, le narrateur et personnage principal, est le fils du «Grand humeur » du roi, « né au Grand Palais de Saint Eulalère, au sein du logement adjugé à (s)on père dans l’aire royale, en vertu de sa charge ».  Le Grand humeur s’occupe des « affaires du fondement et de ses excrétations » « des royaux boyaux ». Avec un style raffiné, esthète, Anne-Lise Grobéty évoque dans tout le roman les fonctions corporelles, les exorcisant de leur côté répugnant, apportant de surcroît souvent charme et humour à l’horrible, exhibant ce qui est normalement caché et tu : « Et voilà qu’elle relève largement robe et jupons, qu’elle descend son petit pantalon pour offrir à ma vision  un doublé de fesses parfaitement roulées, je manque d’en perdre la raison ! Surtout m’apparaît clairement le trou d’où je vois poindre comme le jour, doucement, un merveilleux excrément, moulé à point, qui rompt son cours en un instant et chute sur le sol entre les brindilles tout délicatement… » Les innombrables références aux déchets corporels, métonymie d’un univers en délitescence présentent  quasiment  une approche nosologique de la société. Anne-Lise Grobéty  dénonce ainsi  la fin d’un pouvoir arbitraire qui ne peut produire qu’écoeurement, dégoût et révolte. Mais à la différence des écrivains décadents de la fin du XIXe siècle dont la narratrice est proche par certains de ses thèmes et par l’écriture, Anne-Lise Grobéty a foi dans le progrès. Le lecteur assiste à l’évolution d’Islo, esprit de plus en plus libre à la faveur de l’enseignement de son Maître dont l’ascension pleine de noblesse vers l’échafaud à la fin de l’ouvrage  favorise la souveraineté du peuple et « la culbute de l’ancien régime ». Mais ces éléments socio-historico-philosophiques  ne sont pas ce qui importe le plus dans l’ouvrage. Avant même de lire, le lecteur le devine à sa couverture soyeuse, brillante et esthétique. L’image d’une des salles du théâtre baroque de Cesky Krumlov, lui-même mis en abyme dans le texte (« Une sertissure de fleurs frêles qui se mêlent aux plis compliqués du rideau retenus par des grappes d’énormes pompons avec, des deux côtés de la scène, sur des colonnes tout en marbrures, une double rangée de chérubins portant (à deux, il est vrai) un immense chandelier à multiples bras, tous feux allumés ») place d’emblée le roman sous le signe de la beauté.

 

 

 

 Des nouvelles de la Mort et de ses petits d’Anne-Lise Grobéty est en effet avant tout l’aventure d’une écriture.  C’est une véritable œuvre d’art littéraire aux antipodes de la littérature de consommation. Cette prose poétique ennoblit le vulgaire,  mêlant  le réalisme le plus sordide au sublime le plus esthétique, le grotesque et la magnificence, le tout pointillé d’humour, malgré la présence constante de la mort qui coule inexorablement dans la vie.  Dès les premières pages,  la personnification de la nature introduit subtilement l’excrémentiel : « …le jour ne saurait tarder  à purger sa pénombre  de toute équivoque et à redonner contours de platane et d’érable à cette double croupe d’ombre frôlant la demeure », (c’est nous qui soulignons) annonçant en même temps une espèce de  fascination  pour la décomposition, métonymie de la mort.  Un langage recherché, précieux, (le mot rare est toujours privilégié dans tous les domaines, dans le lexique de la botanique par exemple, avec « déhiscence », de la zoologie, avec « la chouette chevêche »…) serti d’archaïsmes (« Mon maître, avons-nous réellement quelque chose à faire céans ? »), de néologismes (« la saison Morne », « la saison Morve ») plonge le lecteur dans un univers dépaysant.  Des chaînes phoniques se construisent à la faveur d’assonances, de rimes intérieures (« Le pire était l’évidence d’aimer quelqu’une qui n’était même pas au courant de mon existence…Le première urgence serait donc …. », « …tantôt une sittelle qui se posait à deux pas de moi et m’offrait la gracieuseté de ses petits pas de demoiselle ! », « Blandine, tonne la matrone, restez tranquille, vous allez prendre un coup de chaud avec votre tourbillonne ! ») donnant rythme et cadence au texte.

 

Les descriptions constituent  de véritables natures mortes de l’écriture  comme le portrait de la « cousinette », « mignonne comme une fleur de pivoine, rose de teint, les cheveux de la couleur de l’avoine mûre et toute cousue de dentelles les jours de dimanche » qui suggère la gracieuse silhouette de la fillette, unissant la grâce féminine et celle de la fleur.  Les personnifications  recomposent la nature, la transfigurent,  « le jour faisait à peine ses ablutions dans la rosée »,  « Parfois, j’étais gratifié de pirouettes de rires qui faisaient brutalement un accroc dans le jupon moiré de l’air nocturne…. », ouvrant le lecteur au rêve en faisant vibrer les couleurs, les sons, les parfums. Alors que les substantifs donnent le retentissement des sensations, les adjectifs les prolongent.

 

L’écriture  baroque, raffinée et  élégante de l’écrivain sublime le réel tout en titillant l’esprit du lecteur avec de nombreuses références culturelles explicites ou implicites ( Prospero Alpini, Ronsard, La Fontaine…), provoquant aussi maintes fois  son sourire par des jeux de mots et des quiproquos savoureux.

 

 

 

 

 

19:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

01 novembre 2011

Et maintenant on va où ?

 

Et maintenant on va où ?
Film réalisé par Nadine Labaki. (2011)
Avec Nadine labaki, Claude msawbaa, Leyla Fouad.


 

(Par Elias Abou-Mansour)

 

 

 

iimage film.jpgLe scénario du film de Nadine Labaki,  Et maintenant on va où ?  a été conçu comme une fable, un conte universel doté d’une morale. Nadine Labaki, la réalisatrice, scrute la société libanaise, ses maux, ses ridicules et ses tares en esthète, mêlant poésie et naïveté. Cette  comédie-dramatique transfigure le réel en conjuguant folklore provincial, humour, émotion et chants. L’intrigue prend racine dans un village où l’église jouxte la mosquée. (Au Liban, la maison de Dieu est construite avant celle des hommes). Cette coexistence islamo-chrétienne a toujours été la fierté des Libanais. Elle est même l’essence et l’identité du pays bien que des tensions aient parfois taché cette harmonie interconfessionnelle.

 

Le village où se déroule l’histoire est, d’après la sémiologie, situé dans le Sud du Liban. Il est cerné par les mines, les bombes à sous-munitions et les barbelés. Ces bombes sèment le handicap et la mort dans les champs avoisinants comme en témoignent l’enfant estropié et la mort de la chévre, Brigitte. En outre, ce village est délaissé par l’Etat. L’absence d’infrastructures comme l’adduction d’eau, les routes asphaltées, l’électricité, l’école… le prouve.

 

L’intrigue est simple. Elle oppose avec humour et émotion la paix des femmes contre la violence débridée des hommes.  Ainsi, les femmes sont lasses de pleurer leurs morts. Brisées par le chagrin, ce sont elles qui subissent le plus les conséquences de la guerre en tant que mères, sœurs et épouses. Elles, qui portent le deuil, déchirent leurs vêtements et se lamentent à l’instar des pleureuses siciliennes. C’est pourquoi, chrétiennes et musulmanes essaient d’endiguer la violence des hommes et d’étouffer la haine.  Elles sont sublimes par rapport au donquichottisme masculin. Nadine Labaki débute son film par une magnifique chorégraphie : un groupe de femmes endeuillées, toute de noir vêtu,  visages pâles cadencent   leurs  pas et frappent leur poitrine, gestes symbolisant la douleur, la plainte, la lamentation. La réalisatrice présente des femmes lucides, déterminées et réfléchies malgré leur détresse. L’exemple de Taqla, la chrétienne, émeut le spectateur, lorsqu’elle proteste contre la Vierge, lui crie sa douleur et sa révolte. Déterminée à sauvegarder la fraternité entre chrétiens et musulmans, elle  n’hésite pas à tirer sur son fils afin de l’empêcher de  porter les armes.

 

Le film Et maintenant on va où ? est un hymne aux femmes, un hommage  à leur courage et à leur intelligence. En effet, il montre des femmes ingénieuses, gardiennes de valeurs comme la paix, la fraternité, la tolérance. Ces femmes symbolisent l’énergie, le discernement et la lucidité face aux hommes, incarnation de l’instinct, de la vengeance et de la violence. La vision de la femme libanaise sur la société est plus constructive que celle des seigneurs de la guerre.

 

 Nadine Lakaki tourne en dérision l’intolérance religieuse. Cette présentation théâtrale est-elle une catharsis ? La réalisatrice essaie de résoudre ainsi la gangrène du fanatisme religieux. Mais elle ne propose pas vraiment de solutions précises. Incite-t-elle à une société laïque ? Ou bien évoque-t-elle un déisme à la Voltaire ? Elle laisse le spectateur indécis.

 

10:32 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)