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29 avril 2012

Ambroisie

 

Ambroisie
Album de musique électronique en collaboration avec The Ambient Society (2012)
Paroles de Joachim Zemmour      
Interprété par Clara Van Vliet     

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

Ambroisie image.jpgJoachim Zemmour vient de  créer son premier album de musique électronique Ambroisie, en collaboration avec The Ambient Society.  C’est l’aspect poétique des textes, mis en voix par Clara Van Vliet, une jeune lilloise,  que nous retenons après avoir lu et entendu  ces chansons hybrides, mélange de slam et d’électronica.      
C’est peut-être parce qu’il possède le prénom d’un des poètes de la Pléiade que Joachim Zemmour , jeune virtuose imprégné de culture classique, plonge avec autant de sublimité le lecteur auditeur  dans l’univers  onirique de la Mythologie et de la Beauté, avec ses références à la Diane chasseresse, à l’ « eau du Styx », à « l’ambroisie » . Jouant avec des mots rares, recherchés  et précieux : « Nitescence/ Dans la nuit naissante/Nitescence/ » ou « ô eau du Styx, nectar de Nyx/ Ô haute éther, empyrée d’air »,  jonglant avec les sons, les assonances qui scandent le texte, les hiatus qui créent des ruptures, il emporte  l’auditeur lecteur dans un climat de merveilleux et d’ailleurs, donnant toute une cohérence colorée à ses fantasmes. Dans des odes à une nature irréelle, évanescente,  la chrysalide devient fleur  dans une sorte de mystique de la sensation : « J’ouvre, j’entr’ouvre/Mes ailes bleues-pourprées. », une pécheresse  boit « le filtre d’ivresse/dans ce bois sacré de Grèce »... Par le biais d’un rythme tout en douceur, le narrateur entraîne le lecteur loin du réel qui ne peut être appréhendé  souvent que par le reflet, «  Choir/ Dans l’abîme d’un miroir »,  l’aidant à l’oublier : « Et boire à l’eau du Styx, ou du Léthé./ Mais oublier », malgré toute sa beauté « Mirage d’un miroir/ Mirages de Renoir » avec la référence à Renoir, peintre aux couleurs gourmandes et sensuelles.       
Il existe comme un besoin d’initiation dans la chair même de cette  écriture de la dérive des repères  du temps, de l’espace qui concrétise toute la beauté de l’âme de son créateur.

 

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26 avril 2012

Les Regardeurs de Lumière

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« LES REGARDEURS DE LUMIERE »

        du 9 au 21 juin 2012




Cathédrale de Saint-Omer ( Pas-de-Calais)

Festival d'Art Sacré Contemporain

 

 
Exposition ouverte chaque jour de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 19h00.  Entrée gratuite


Artistes exposants :

Guy LE PERSE, Freddy DUPAS, HUIJ, David PONS, Martine DENOYELLE,

Jacques-Paul GOSSELIN, Chouki DERROUICHE, Francis DENIS

Collectif « Au Fond de la Cour à Droite »

Manuelle WALLE, Walter POLAERT, Daniel CORBERAND, Charlotte THOREZ

Hommages : Pierre JONCRET – GABAR


Vendredi 8 juin à 19h00

Vernissage en musique et lumières

Benoît DEVOS aux Grandes Orgues


Samedi 9 juin à 20h00

Concert par « Lyre et Harmonie » de Lumbres

« Aux couleurs de l’harmonie… Du bleu ciel à l’azur »

Musique sacrée, traditionnelle et populaire


Dimanche 10 juin de 16h00 à 18h00

Audition des élèves des classes d'orgue de Calais, Hondschoote et Saint-Omer


Mardi 12 juin à 20h00

Conférence de Monsieur DEREMBLE Jean-Paul

Maître de conférences à Lille III en histoire de l’Art Médiéval


Mercredi 13 juin 10h00 - 12h00 / 15h00 - 18h00

Ateliers pour artistes en herbe


Samedi 16 juin 20h30

« Les Florilèges de Florimond »

1ère mondiale des œuvres religieuses de Florimond Roger dit « Hervé »

par l'association Lyric & Co et les Baladins


Dimanche 17 juin à partir de 17h00

Instants baroques par l’Ensemble Divertimenti

Chants sacrés par le quatuor "Harmony'hom


Mercredi 20 juin 10h00 - 12h00 / 15h00 - 18h00

Ateliers pour artistes en herbe


Jeudi 21 juin à partir de 18h00

Fête de la musique avec les Chorales Intervalle _ Titelouze _ Les Baladins

Ce festival est organisé par les Amis de la Cathédrale avec le soutien de la Ville de Saint-Omer, de la CASO ( Communauté d'Agglomération de Saint-Omer ), du Conseil Régional du Nord-Pas de Calais et du Conseil Général du Pas de Calais.

Http://www.regardeursdelumiere.com

24 avril 2012

Premilla and the vow

 

Premilla and the vow ,
Neela Govender 
Editions Gaspard Nocturne  (2011)

 

(Par Mireille Bourjas)

 

 

i image premela.gif Après avoir écrit Acacia thorn in my heart, un roman semi-autobiographique narrant l’enfance et l’adolescence d’une jeune sud-africaine Leila, Neela Govender se lance dans un nouveau roman, Premilla and the vow, dans lequel elle décrit  la vie d’ une jeune femme « mal mariée ». Cette expression neutre convient tout à fait car Premilla pourrait être la représentante de toutes les jeunes filles, obligées de se marier, pour des raisons familiales diverses…Et malheureusement,  en notre vingt et énième siècle, elles sont encore légion.

 

Premilla est une jeune indienne, descendante de ces indiens employés comme main d’œuvre sur les plantations des Blancs, en Afrique du Sud. Professeur dans une école indienne, surveillée étroitement par une mère qui s’accroche  aux traditions de sa caste et de sa famille, Premilla aspire à une vie plus libre, dégagée des contraintes qui pèsent sur elle, en tant que fille, indienne et sud-africaine. Elle est sans cesse révoltée, sans cesse à la recherche d’un ailleurs plus libre, jusqu’au jour où elle rencontre Aaron, jeune indien de confession musulmane. Le mariage est impossible, pour l’honneur de sa famille. Réduite à l’avortement et de surcroît à épouser un homme, de sa caste et de sa religion, qu’elle n’aime pas, Premilla fait, le jour même de son mariage, le vœu de quitter ce mari  alcoolique et brutal, pétri de mépris pour les femmes.  Elle va essayer d’accomplir ce vœu  pendant dix ans, dix longues années d’essais, de renoncement, d’essais encore…Grâce à une bourse qui lui permet de séjourner un an, en France, à Grenoble, elle expérimente la liberté, liberté de se mouvoir, liberté de disposer de son salaire, liberté de se déplacer, liberté de fréquenter des amis, liberté d’être elle-même… et de vivre tout simplement. Comme l’université de Grenoble lui propose un poste pour l’année suivante, elle va tout mettre en œuvre pour accomplir son vœu et commencer une nouvelle vie avec sa fille, Elisha.

 

L’action de Premilla and the vow se passe dans les années soixante-soixante dix, années de fortes grèves et de tensions entre la communauté noire et la blanche, au pays de l’apartheid. Cette situation est à peine évoquée : quelques lignes, vers le milieu du livre. « The sixties were interesting but frightening times. Mass arrests, trials, boycotts were common happenings. ». La première surprise passée, le lecteur constate qu’il s’agit de la volonté bien précise et bien marquée de l’auteur de ne pas se disperser. Nous sommes dans un milieu indien bien clos, bien fermé sur lui-même, le problème de l’apartheid serait une inclusion sans grand intérêt.

 

Immigrés depuis le XIX° siècle, les indiens sud-africains n’ont rien changé de leurs coutumes et de leur mode de vie. Les premières pages du roman « Everyone knows everyone else, noone is excluded exceptthose who don’t march to the tune. » décrivent très bien cette société où les filles sont écorchées vives par des langues de feu « Teenage girls are scorched alive with fiery tongues », où tout le monde se connait, où personne n’est exclu sauf ceux qui ne marchent pas au même pas que les autres. Les belles-mères cultivent la toute puissance de leurs enfants mâles et se vengent sur leurs belles filles de ce qu’elles ont dû subir et endurer. A l’heure actuelle, 160 000 jeunes indiennes meurent chaque année, en Inde, dans des accidents domestiques perpétrés contre elles par leur mari et leur belle famille, en toute impunité. Quand la police conclut au meurtre, la belle mère s’accuse pour épargner la prison à son cher fils. On sent très bien que tout cela pourrait arriver à Premilla. Société bloquée où le divorce est impossible, où la famille et le respect de lois millénaires priment sur toute autre considération. Seule la fuite est possible et encore ! Premilla réussira à partir, à quitter son mari, mais un esclave oublie-t-il les chaines qui l’on entravé depuis son enfance ?

 

Premilla and the vow est un roman attachant. Ses personnages sont bien campés et bien vivants : Premilla est  toute en révolte, en inconscience aussi, prête à tout pour vivre. Elisha, l’enfant déchirée entre une mère, qu’elle aime mais qui lui apporte une vie peu sûre, et un père brutal. Enfant désorientée loin de ses cousins, de ses chiens, de son Durban natal. Vijay, le mari soucieux de récupérer sa femme et sa fille non pour elles mêmes, mais pour son honneur à lui seul. Draupadi, la mère gardienne du temple des traditions, de l’honneur familial mais qui finit par regretter ce mariage devant la détresse de sa fille.

 

Autour d’eux, une fratrie, un monde de cousins, d’oncles et de tantes…tous très impliqués dans la continuation des traditions et à faire marcher tout le monde d’un même pas.

 

La France, pays de la liberté, pour Permilla, est décrite à plusieurs reprises comme un pays de communistes, « you’re endoctrinated with communist propaganda. » ou « He told auntie Vasantha that you have communist friends. Are they bad ? He said, they will take over power in the country. » Cette description amusante rejoint celle de nombreux éditorialistes étrangers, en particulier, américains.   

 

Ce livre est difficile  à lire  au début, car déroutant dans sa présentation à cause de ses  nombreux flash-back, de l’absence de certains articles et aussi  de guillemets, de tirets lors des dialogues. Mais  surtout,  l’emploi constant du  présent simple étonne. Certes, le présent simple donne beaucoup de vivacité à l’action,  mais aux dépens de la clarté.

 

 

 

Au nom de toutes les femmes du monde entier sous la coupe de maris machistes, brutaux, ce livre mérite d’être lu …et pas seulement par les femmes.

 

 

 

 

 

21:11 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

21 avril 2012

Exposition de Francis DENIS

Francis DENIS

Expose à la galerie THUILLIER

13, rue de Thorigny dans le 3ème

( Près du musée PICASSO )

PARIS

Du 27 avril au 10 mai 2012

 

 

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Jeune homme chauve   ( huile sur toile )   90 x 70 cm

 

 

Métro Saint Sébastien - Froissart

 

Vernissage en présence de l'artiste

Le mercredi 2 mai de 18 à 21h00

 

Exposition ouverte du mardi au samedi de 13h00 à 19h00

Entrée libre

19 avril 2012

L'Air de ton nom et autres poèmes

 

L’Air de ton nom et autres poèmes    
Jean-Dominique Humbert    
CamPoche (2011)      
Bernard Campiche éditeur   

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour) 

 


image à l'heure de ton nom.jpgLe recueil poétique de Jean-Dominique Humbert, L’Air de ton nom et autres poèmes est loin de la poésie traditionnelle, au nombre obligé de syllabes, soumise à la servitude des homophonies  finales des vers,  d’avant le XXe siècle. Les poèmes de Jean-Dominique Humbert sont libérés des contraintes métriques, phoniques, strophiques… Avec ses poèmes, les oeuvres classiques aux règles et aux normes contraignantes s’écroulent laissant place à la liberté du vers, chassant les rimes et estompant la ponctuation : « Le froid est venu/ dans la mémoire des près/ Les pierres ont passé/ l’heure, la page/ où tu t’installes. ».  Chaque mot de ces petits bijoux scintillants, fragments précieux, nichés au cœur de l’écrin blanc de la page, libère tout son éclat. Le concentré de mots, isolés sur la page blanche, intensifie la présence d’un réel suggéré et rêvé dont les thèmes prédominants sont la nature et une femme tout à la fois proche et lointaine. L’acuité  légère  du  substantif et du verbe, la simplicité de l’adjectif,  leur luminosité (« On n’entre pas toujours/dans la clarté de mai »,  leur couleur indicible (« Son ciel demain si tu reviens/ quand il aura la couleur de l’air »),   leur silence («L’arbre dort solitaire/ avec le temps/ c’est un pré dans l’hiver/ Où demeure le silence »), (« on croirait le silence du sapin/ du pré dans sa journée blanche »), «(« La voix de la rivière/son chemin dans ses pas/ qui ne parlait ») volètent,  concrétisant avec subtilité la fragilité évanescente du réel, souvent davantage rêvé que vécu : « « qu’attends-tu d’un jour/si ce n’est le reflet, ombres/ portées sur la terre ? ». Les images déroutantes parfois au premier abord, comme en l’occurrence, « Le bonheur était vert »  finissent toujours par imposer leur légitimité. Cette métaphore dit la fraîcheur vivante de la nature et de l’espoir qu’elle contient.   
Chaque court poème est un instant d’intense émotion, de bonheur éphémère,  qui tente de saisir les mouvements fugitifs de la beauté de la nature, d’une saison : « La marche du ciel/ dans le long nuage, / l’eau, l’herbe, et la terre qu’on espère/ si ce n’est la promesse du pommier/ où grimpe la fleur de mai » ou « Un ciel sans nuage/dans l’eau claire de l’été », d’une femme, absente intensément présente,  que le narrateur ne donne jamais ni à voir ni à entendre et d’une personne à jamais disparue que l’on devine et  qu’il interpelle à la deuxième personne du singulier : « « L’eau dans le ciel est une ombre qui danse/ Tu la disais lente/ Elle va son lit de terre/ Elle garde les secrets qu’elle reçoit au passage ».   
 Comme le peintre à la plume légère  ou le sculpteur japonais qui cisèle un grain de riz, Jean-Dominique Humbert façonne  minutieusement la nature dans des haïkus sublimes et frais : « A l’instant te parle/ Ce goût de source/ La mémoire danse » fixant le caractère fugitif,  transitoire et vacillant de l’instant présent et du temps qui passe inexorablement.         
Il existe toute une esthétisation du réel dans le recueil de Jean-Dominique Humbert.  Ces légères, raffinées,  gracieuses et émouvantes  petites merveilles poétiques sont  à savourer avec délicatesse  … sans        modération !            

 

13:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4)

18 avril 2012

Représentation de L'Amour profane

Nous avons le plaisir de vous inviter
à la prochaine représentation de

L'amour profane de Basilius Besler

mardi  24 avril à 18h30

à la librairie Écriture à Chabeuil

pl. Général de Gaulle 26120 Chabeuil — > infos en pièce jointe et sur   gaspardnocturne

 

16 avril 2012

Un spectacle et un livre

Actuellement à l'affiche

au théâtre Antoine

14 boulevard de Strasbourg

75010 Paris

Inconnu à cette adresse
avec Nicolas Vaude et Thierry Fremont

de Kressmann Taylor, mis en scène par Michèle Lévy-Bram

 


 

Inconnu à cette adresse
Kressmann Taylor
Editions Autrement  (2012)

 

 (Par Joëlle Ramage)

 

 

 

inconnu-a-cette-adresse-kathrine-kressmann-taylor-9782746702806.gifPublié en 1938 dans le journal américain Story Magazine, c'est-à-dire en pleine ascension d'Adolph Hitler, l'ouvrage de Kressman Taylor est un texte choc. De par sa densité et son efficacité, l'échange épistolaire entre Martin Schulse, galeriste américain retourné dans son Allemagne natale et Max Eisenstein, son associé et ami resté aux Etats-Unis, s'avère prodigieusement machiavélique au fil des correspondances. De lettre en lettre, on sent en effet que les événements politiques de la vieille Europe vont contribuer peu à peu à déchirer les protagonistes. La profonde amitié entre les deux hommes va souffrir de la situation politique de l'Allemagne et cette amitié fraternelle va se déliter et s'assécher au fil du temps. A l'aulne de la vingtaine de correspondances que les deux amis s'échangeront entre 1932 et 1934, on assiste à une lente mais inexorable rupture, servis par des pensées qui ne sont pas sans nous laisser des interrogations et un goût amer. Peut-être ce récit nous rappelle-t-il tout simplement que, quel que soit le siècle ou le lieu, l'intolérance et le fanatisme sont malheureusement des constantes bien humaines.

Eisenstein découvre, entre les lignes de la correspondance qu'il reçoit de son ami Schulse, que celui-ci est en train de devenir un adepte de l'hitlérisme triomphant : « Franchement, Max, je crois qu’à nombre d’égards Hitler est bon pour l’Allemagne (…). L’homme électrise littéralement les foules ; il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d’un fanatique. [...]Ici en Allemagne, un de ces hommes d'action énergiques, essentiels, est sorti du rang. Et je me rallie à lui. »

Puis la force de conviction nationale-socialiste de Schulse prend des allures beaucoup plus explicites et nettement plus incisives au fil des correspondances, qui pourrait aisément être assimilée aux premières grandes idées judéophobes du XVème siècle sous la plume de Martin Luther : « Tu dis que nous persécutons les libéraux, Max, que nous brûlons les livres. Tu devrais te réveiller : est-ce que le chirurgien qui enlève un cancer fait preuve de ce sentimentalisme niais ? Il taille dans le vif, sans états d âme. Oui, nous sommes cruels. La naissance est un acte brutal; notre re-naissance l'est aussi."

 Pourtant, au nom de l'amitié qui les a unis, il n'y a pas si longtemps encore, Max insiste. Il demande même à Martin d’aider sa petite soeur Griselle, qui est actrice dans un théâtre de Berlin... Quand les lettres qu'il adresse à Griselle lui reviennent, tout bascule irrémédiablement. Max répondra au Mal par la Vengeance...

 A travers cette correspondance fictive issue de faits réels, Kressmann Taylor, une américaine qui se dit être une simple « femme au foyer » nous révèle toutes les arcanes des êtres face à leur intériorité, dans ces contextes difficiles où l'Homme nous dit-on révèle sa véritable nature. De plus, l'Inconnu qui ne se révèle jamais, ajoute à la puissance de ce récit clair une force démoniaque.

 Joué très récemment au Théâtre Sainte Antoine à Paris, l'affiche de ce texte interroge le spectateur : en posant la question suivante : « Et quand l'horreur advient, le pardon est-il préférable à la vengeance ? »

 

 

14 avril 2012

Midi à l'ombre des rivières

 

Midi à l’ombre des rivières       
Eric Massserey  
CamPoche  (2011)     
Bernard Campiche éditeur

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

image midi à l'ombre.jpgLe lecteur-spectateur de Midi à l’ombre des rivières  d’Eric Masserey assiste à un spectacle théâtral pur et plein. Dans  cinq petits  monologues  L’Oubli, Les Noyés, La Promesse, Maison à vendre, Main gauche et un dialogue à deux voix Mon amour et moi, tout est à la fois banal et paradoxalement étrange, inhabituel, original. Ce qui importe, au premier abord,  est ce qui se passe, ce qui se dit, non pas dans un lieu théâtral traditionnel, mais dans des espaces de jeu que traversent  des petits groupes de spectateurs au fur et à mesure que les pièces se terminent. Apparemment seul compte   ce qui se passe dans ce lieu où EST le spectateur qui cohabite avec le personnage, vivant le temps d’un instant ses longs monologues lyriques, portions de sa vie, de ses pensées, révélateurs de ses émotions, comme il pourrait le faire fortuitement dans sa vie quotidienne au hasard d’une rencontre. On est dans le prolongement du quotidien, dans la théâtralité  pure : la parole de l’un, l’écoute silencieuse de l’autre. Dans L’Oubli, une femme souffrant  de prosopagnosie, explique qu’elle « ne reconnaî(t) personne » : « je vis dans l’ignorance et dans cette ignorance, il n’y a personne ». Dans Les Noyés, un coupable raconte qu’il a laissé  condamner un innocent à sa place. Chaque fois, le narrateur met l’accent  sur l’absurdité de la vie et des faits qui la constituent : « Je ne suis pas plus coupable que d’autres, que tous les autres, ou que vous. Nous sommes tout simplement,  traversés par les faits » (…) « toute la société humaine est un regrettable malentendu ». Très vite, le lecteur-spectateur se rend compte que le spectacle est total.  A l’objet théâtral pur, à ce qui se passe, s’ajoute un théâtre texte, un théâtre de réflexion sur le sens ou plus exactement le non sens de l’existence. Ce ne sont plus de simples états d’âme qui sont donnés à entendre mais des réflexions sur le théâtre avec la mise en abyme de la pièce dans  Mon amour et moi  : « MADAME. Mais on sait comment…/ MONSIEUR. Jouer à Mon amour et moi ! », sur la vie en général.

 

Dans un premier temps, le lecteur-spectateur est une peu dans un univers philosophico-existentiel, dans l’expression « naturelle » du réel d’un monde petit bourgeois qui s’auto analyse. Mais très vite, il constate qu’il n’y a pas que cela,  qu’en plus  le narrateur  jongle avec les sons, les mots : « Mon nom est Claire. C’est drôle, non ? On me disait : « Ton nom éclaire », en crée de nouveaux (« On se câlinoute, mamouroute »). Il joue avec l’écriture, avec  le rythme des phrases souvent proches du vers ou du verset, avec le texte,  plongeant le lecteur-spectateur dans un univers poétique et onirique.

 

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01 avril 2012

L'Amour profane de Basilius Besler

 

L’Amour profane de Basilius Besler    
Isabelle Pouchin      
(Gaspard Nocturne,  2011)

 

 (par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

image amour.jpgLa réalité offerte par Isabelle Pouchin dans le sublime poème-récit L’Amour profane de Basilius Besler s’élabore à travers le circuit de la mémoire, de l’imagination et des images extraites de l’herbier de Basilius Besler,  véritable  « fête pour les yeux ». La narratrice part des verbes « voir » puis « imaginer » (« Je vous vois penché sur le dessin de cette fleur/dite ‘le désespoir du peintre’/ je vous imagine ainsi/ penché sur votre table (…) ») pour plonger le lecteur dans le passé. A partir de ces verbes, le texte fabrique le souvenir et l’émerveillement. Les mots installent la présence du passé, du vécu, de l’Histoire.

 

A la société cahotique des Etats germaniques du XVIe siècle  gouvernés par le « prince-évêque »,  bouleversée par les guerres : « parce qu’il faut bien dire que depuis toutes ces/ guerres intestines, qui déchirent votre pays,/ voire l’Europe entière, depuis que la mesure de/ tout, c’est la grande triperie générale/ l’énorme ferraillement/ le sang » s’oppose la vie paisible, harmonieuse de Basilius Besler, humaniste (« vous êtes de ces humanistes qui ont foi en/l’homme, en ses progrès »), médecin, éditeur (« parce que vous êtes également éditeur à Nuremberg ») et surtout botaniste passionné qui dessine avec amour et précision un grand herbier dont « Jungermann » rédige  « la partie scientifique ».

 

La narratrice s’adresse directement à la deuxième personne du pluriel au botaniste rendant cet absent fictivement présent. Tout un glissement s’opère entre le vécu et l’onirique. La narratrice joue de façon magique avec les mots. Le texte constitue une véritable plongée dans le lyrique. Le portrait du protagoniste, ses actions, les plantes qu’il soigne et dessine sont liés à un présent total qui permet de vivre la vie de cet homme du  XVIe siècle en temps réel : « vous descendez maladroitement les terrassements vous n’êtes plus très jeune, vous êtes même perclus de rhumatismes ». Et de temps à autre, les souvenirs d’enfance  affleurent à l’esprit de Basilius Besler, glissant l’imparfait  dans les présents : votre frère aîné, c’était le plus rapide à la course/ il avalait les venelles les près/ et de ces bonds plus sûrement qu’un lièvre le frère aîné, de toute façon, toute sa vie fut un coup de sang/ (…) ».    
En admirant son jardin, en le cultivant, en dessinant chaque fleur, Basilius Besler matérialise la beauté des lieux, mais aussi le déroulement du temps, faisant voyager le lecteur  du présent au passé. Concomitamment, le récit-poème dissémine dans l’histoire romanesque des fragments d’Histoire. L’univers sublime des fleurs se brise alors contre   la violence des guerres de  religion : « quand les Eglises et les princes sont les grands responsables de ces étripailles ». Mais pour Basilius Besler, la fleur n’est plus seulement le fruit du Créateur, elle est un pur objet esthétique, véritable memento mori,  (« les peintres glissent souvent une fleur dans leurs Vanités/ à côté du crâne ») symbole  de la fragilité de la vie.

 

La musicalité des mots, les rimes intérieures, les assonances, (en « b » et en « p » par exemple dans « vous regardez la fleur longtemps/ son balancement à peine/cette bleue flottaison, bellement bale bulle/ vous ne touchez pas/ vous ne respirez plus/ vous cédez là ici maintenant, ce bleu pinacle/ »,  les onomatopées,  les synesthésies (« vous mâchez ce pot-pourri qu’est le jour – galette citron vase menthe (…) », le rythme des versets libérés à la faveur d’une ponctuation rare, leur fluidité et leur effet de rupture,  la puissance évocatrice des images, des figures de style comme les métaphores, les anaphores se mettent au service de ce « débordement de la beauté ». Dans la coulée des images, dans le jeu des mots, des archaïsmes  introduisent toute une noblesse que vient parfois faire grincer un mot familier tout comme la beauté luxuriante des fleurs sera profanée au XIXe siècle  par la violence humaine : « Serait-il cruel de vous apprendre que votre/jardin d’Eichstätt, monté au fil des saisons/ comme un véritable Eden/ cet hortus conclusus émaillé de lis, de roses, de mandragores qu’on voit en de certaines tapisseries du Moyen Age/ ce jardin bourré d’œillets, de voilettes de Parme, de barbes-de-bouc, de réséda bâtard/ débordant d’herbe-aux-sorcières, d’aconit-tue-loup, d’iris, de bleuets, de tanaisie/ de tomates, de groseilliers, de pivoines, ce jardin a été complètement rasé en 1802, lors de la sécularisation des biens du clergé/ saccagé retourné ravagé  par des bouffeurs de curés, armés de piques de pioches de haches de faux (…) »

 

Le chant des mots, des touches de couleurs vives, des camaïeux  faisant  jouer le mouvement, le flamboiement ardent du soleil, les parfums naturels de ce jardin porteur de vie, de cette nature sublime immortalisée dans l’herbier, tout ce cocktail de sensations,  engendrent la rêverie et construisent un univers onirique permettant d’oublier la laideur de ce   XVIe siècle qui s’écrit sur un fond de guerres de religion  où dominent les forces de la mort. La Beauté fragile de la nature apporte non seulement la joie et l’espoir, mais elle  permet aussi de lutter contre la peur et l’intolérance.

 

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