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17 août 2014

Les Travesties de l’Histoire

Les Travesties de l’Histoire        
Hélène Soumet  
Editions First (2014)

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

   Les Travesties image.jpg  Dans Les Travesties de l’Histoire, Hélène Soumet, en véritable historienne et philosophe, montre des faits et abat des préjugés. Elle prouve en prenant l’exemple de nombreuses femmes libres,  qui ne sont pas forcément féministes, qu’il n’existe pas de comportements innés propres à chaque sexe. Ce sont les lois, le code civil, l’imaginaire masculin qui ont longtemps assimilé le statut de la femme à celui d’être inférieur, fragile, séducteur, mis à la disposition de l’homme. Beaucoup de femmes ont intériorisé cette conception  imposée par la société qui codifie les rôles respectifs des hommes et des femmes. Ces dernières  se soumettent donc à ces normes sans se poser de questions.

    Or, à toutes les époques et dans toutes les contrées, des femmes ont fait preuve d’audace et de courage.  Mystiques, guerrières, artistes, intellectuelles, révoltées, révolutionnaires, du Ier au XXe siècle, se sont opposées aux stéréotypes et ont choisi de prendre une identité masculine afin de vivre selon  leurs désirs,  de demeurer libres, tout en restant des femmes : « D’innombrables femmes de tous pays, de toutes époques et pour de multiples raisons ont tenu à se faire passer pour des hommes ». Pour ce faire, elles ont masqué  leurs attributs féminins et  se sont travesties : « poitrine bandée, cheveux coupés »,  port du pantalon alors qu’en France, par exemple, « en 18OO, une loi interdit le travestissement aux femmes et il faut demander une autorisation préfectorale tous les six mois pour avoir le droit de porter un pantalon. Cette loi n’a été abrogée qu’en janvier 2013 ! ». Alors  que le prénom possède une plénitude essentielle, qu’il est la concrétion de l’essence, ces femmes ont dû changer de nom  s’imposant ainsi totalement  en adoptant un prénom masculin :  Pélagie est devenue « frère Pélage », Aurore Dupin, baronne Dudevant, « George Sand », Marie-Amélie de Montifaud, « Marc de Montifaud ».

    A la faveur de leur travestissement,  les plus pauvres au XIXe siècle obtiennent un salaire égal au salaire masculin : « les ouvrières (…) déguisées en homme, gagnaient 4 francs au lieu de 2,50 francs pour le même travail ». Par la ruse, elles échappent à une inégalité inadmissible existant encore actuellement.  Ces femmes travesties libèrent leur corps emprisonnés dans des corsets, des chaussures étroites. Elles acquièrent une « liberté inaccessible aux petite filles et aux femmes »,   pouvant agir à leur guise, poursuivre des études, devenir médecins, parcourir le monde, visiter, comme Isabelle Eberhardt, des lieux inaccessibles aux femmes européennes.  Thècle, convertie au christianisme par l’apôtre Paul, au Ier siècle, peut voyager et même « prêch( er ), converti ( r ), baptise ( r ), pouvoirs que ne possèdent pas les femmes catholiques actuelles. Elles peuvent, comme Jeanne d’Arc, « Mulan la guerrière » devenir des soldats etfaire la guerre, ou comme Anne Bonny et Marie Read devenir des femmes pirates, capables de manier les armes, de  se battre comme les hommes et même   faire preuve d’une violence féroce. « Elles cassent les codes sociaux et démontent les idées reçues sur les femmes ». Elles brisent les préjugés : « une femme vivant au grand air et bien entraînée, s’avère égale et parfois même supérieure à certains hommes. » Elles prouvent « que le sexe faible est capable de courage et de supporter de grandes épreuves avec la même fermeté d’âme que les hommes les plus vaillants ».

    Mais ces femmes audacieuses ne furent pas vraiment récompensées, bien au contraire. Elles heurtaient les idées reçues. Jeanne d’Arc est « brûlée pour avoir revêtu l’habit masculin ».  La courageuse et la dévouée Louise Michel, qui agit en faveur de la Révolution, se bat pour la liberté de Paris et de la France, est considérée comme une « hideuse pétroleuse » par ses adversaires, mais surtout parce que ses compagnes de lutte et elle « évoquent la peur archaïque de l’indifférenciation : si les hommes et les femmes ne sont plus distincts, alors la menace du retour au chaos primitif sera de plus en plus présente. »

    C’est avec Marie-Amélie de Montifaud et Colette que les mentalités commencent à vraiment changer. Une femme nouvelle naît. De femme objet, Colette devient sujet. Après son divorce d’avec Willy, elle écrit sous son propre nom et « entre dans la lumière ». Ces femmes, véritables  « épiphénomènes »  à leur époque, ont favorisé l’émancipation féminine. Elles ont prouvé que rien n’est vrai ni naturel, que les comportements masculins et féminins ne sont pas innés. Les façons d’agir, de ressentir ne dépendent pas du genre comme certains, malheureusement, le croient encore. Les Travesties de l’Histoire  d’Hélène Soumet, ouvrage bien documenté, structuré, écrit avec clarté, est à lire absolument parce qu’il est culturellement enrichissant et fait exploser l’image stéréotypée de la femme.

08:53 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Sujet admirable, et toujours nécessaire... (et combien d'autres "déguisées" anonymes, l'Histoire n'a-t-elle pas englouties dans l'oubli...?)

Écrit par : Dany | 15 décembre 2014

Chère Dany
je suis toujours plongée dans mes recherches des travesties femmes qui combattent pour leur émancipation. Dans l'histoire j'en ai répertorié plus de 120 sur lesquelles on dispose d'un peu de documentation. Actuellement il y en a encore en Arabie Saoudite (pour conduire ou assister à un match de football) en Afghanistan, en Albanie aussi et d'autres sans doute inconnues.
Dans quelques temps je mettrai une documentation sur mon site qui témoignera de ces combats. bien cordialement Hélène soumet

Écrit par : soumet | 03 février 2015

Merci à vous. Bravo encore pour votre engagement admirable. Je ne manquerai pas de suivre l'état de vos recherches et combats. Bien à vous. D. Séraphin

Écrit par : Dany | 03 février 2015

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