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14 décembre 2019

A l'assaut du bonheur

A l’assaut du bonheur
Annette Lellouche
A5éditions (2019)

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

Des problèmes existentiels

 

Image à l'assaut.jpgDans son ouvrage, A l’assaut du bonheur, Annette Lellouche s’intéresse avec empathie et délicatesse à des vies individuelles, à des histoires de familles soulevant des problèmes existentiels : l’amour, le couple, le bonheur, l’homosexualité, le regard de l’Autre …, plongeant le lecteur dans le quotidien et la réalité. Annette Lellouche : une écrivaine, loin des clichés et des préjugés hantant certains esprits, essaie de comprendre des situations pas toujours évidentes à vivre à travers l’histoire de ses différents personnages.

 

Matéo, Julien et les autres

 

Matéo et Julien embarquent pour la Sardaigne où ils se sont rencontrés il y a cinq ans dans une boîte de nuit. Matéo, accoudé au bar, s’ennuyait quand il vit sur « la piste de danse un jeune homme gracile se déhanch(er). Tout son corps désinhibé, sous les feux des lumières qui balayaient le plancher rouge et l’auréolait d’une beauté irrésistible, ( qui) lançait une invite à danser ». Une attirance irrésistible ! Le coup de foudre qui frappe à la porte du coeur de deux hommes mariés trop tôt, très vite divorcés. Julien, père d’une fillette Elisa, entretient des relations conflictuelles avec la mère de son enfant dont « la haine (…) et plus exactement (l)’ homophobie n’(ont) pas de limites ». En ce qui concerne Matéo, sa génitrice, Véronique, était « une amie commune d’enfance » de son père Serge et du père de Julien dont elle était la maîtresse. Il a été « difficile pour Julien d’accepter de ne voir en son géniteur qu’un traître, celui qui rencontrait dans un parc sa maîtresse et le fils de celle-ci, Matéo ». Des relations entre les deux familles sont tissées depuis longtemps sur des bases chancelantes et pas toujours très saines.

Autour de Matéo et de Julien gravitent leurs mères et leurs ami (e) s : Elsa, la mère de Julien, divorcée de Serge, et toujours amoureuse de François, un coup de coeur de jeunesse. Elle rêve de raviver les flammes de leur amour, d’être enfin heureuse.

 

La vie et ses aléas

 

Les histoires de chacun des protagonistes s’entrecroisent. Des histoires simples de l’existence de tout être humain. La quotidienneté, la banalité de la vie avec son ennui et ses agréments, ses larmes (« Elle renifle et déglutit comme pour résorber sa déception. Elle sent monter ses larmes ») et ses rires (« Ils rient comme deux enfants »), ses peines et ses joies, ses haines (« Elle n’en rate pas une pour cracher son venin ») et ses amours, et l’explosion de moments intenses à savourer,   (« Il est gourmand de la vie et ne se refuse rien »), comme une discussion avec son enfant autour d’un délicieux repas (« Mère et fils, dans une parfaite harmonie, vivent l’instant magique qui les réunit autour d’un bon dîner »), un apéritif partagé avec une amie (« Les flûtes sont claquées sous des sourires complices et vidées d’un trait ») brisant la routine et permettant de vivre des instants de bonheur. Le bonheur n’arrive pas fortuitement, il faut le chercher, être capable de le voir, de le saisir : « La raison lui chuchote que le bonheur ne s’impose pas de lui-même, il se conquiert ». Le bonheur est avant tout un état d’esprit. Il faut comme l’écrit Elsa, partir « à l’assaut du bonheur », point d’orgue du titre annonciateur d’un ouvrage aux personnages pugnaces, combatifs, prêts à affronter et à vaincre les désagréments de l’existence.

 

Des focalisations internes donnent à voir les pensées, les ressentis, les interrogations des personnages. Elsa, avec Julien et Matéo, tient une place importante dans le roman et sert souvent de point focal. Femme « conventionnelle », nourrie de préjugés à l’égard de l’homosexualité, elle refuse de comprendre la relation qu’entretient son fils avec un homme. Elle ne l’admet pas. Elle culpabilise, s’interroge sur les défauts de son éducation, sur ce qui « mène à l’homosexualité ». Puis progressivement, elle évolue. Julien, quant à lui, a peur du regard des autres dans une société où « la liberté des mœurs n’est pas encore à l’ordre du jour ». Mais graduellement, ils vont dédaigner les « qu’en dira-ton », s’autoriser à être eux-mêmes, imposer leur façon d’être, bousculant les préjuger. Ils vont « prendre (leur) vie en main », « repartir à zéro ».

 

Dans un roman polyphonique et réaliste, rythmé par les paroles des chansons d’Aznavour et d’Edith Piaf, Annette Lellouche pose des questions ontologiques sur l’Homme, sur sa liberté de vivre comme il l’entend, sur l’aspiration au bonheur. Sa fiction ancrée dans le monde réel, dans la France de 2019 avec ses gilets jaunes sur les ronds points, dans les pays comme Israël qui « ont aboli la loi contre les gays », révèle une sociologue et une psychologue. Annette Lellouche soulève le problème de l’homosexualité donnant à voir avec naturel, sensibilité, pudeur l’amour entre Julien et Matéo, montrant que la société s’ouvre difficilement mais progressivement à l’altérité. Etre soi-même, se « débarrasse( r ) de ses démons » est la clef du bonheur. Sans prétention, avec générosité, l’écrivaine donne une leçon de vie au lecteur dans un ouvrage à la lecture plaisante.

 

 

D’autres livres d’Annette Lellouche :

La clef de l’embrouille

http://lecritoiredesmuses.hautetfort.com/apps/search/?s=a...

 

Charles et Aurélien

http://lecritoiredesmuses.hautetfort.com/archive/2014/01/...

 

Gustave

http://lecritoiredesmuses.hautetfort.com/archive/2013/04/...

 

Lettre à pépé Charles

http://lecritoiredesmuses.hautetfort.com/archive/2013/06/...

 

La Miraculée

http://lecritoiredesmuses.hautetfort.com/archive/2018/01/...

11:46 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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