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09 décembre 2019

Rage de mots

Rage de mots
Alain Flayac

Poésie

Editions les Plumes d’Ocris (2019)

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

Des mots à vif

 

Image alain.jpgRage de mots, un titre annonciateur d’une explosion d’émotion, laissant présager un poète, Alain Flayac, animé d’une frénésie de mots, d’une brûlure intense, d’un ressenti impétueux. Un titre où apparaît la révolte donnée à voir et à éprouver, lors de la lecture des textes, par des mots à vif dotés d’une grande densité et d’une force extrême : armes ou caresses synthétisées par ces vers « je suis une bombe d’amour/ Qui va vous péter à la gueule », révolte contre la pollution, la misère, la violence (« Survivants, misère, / mamans battues, viols, / guerre, / pétrole. // La haine sur le toit du monde / a imposé son drapeau »), contre un monde englué dans les dangers de toutes sortes et l’asservissement (« Au bord de la falaise / L’humanité a peur / De la nature qu’elle lèse / A grands coups de terreurs .(…) Du poison dans nos bouches / Qui nous rendra stérile / Comme les discours qui louchent / Sur des votants dociles. ») ». Mais aussi confiance dans l’enfance prophétesse et l’espoir d’un monde meilleur (« Pourtant vous la ferez / Mes enfants solidaires / Cette fraternité / Avec la si belle terre »). Engagé dans son époque, les circonstances poussent le poète à faire entendre sa voix, ses cris, ses émotions, son ressenti dans chacun de ses poèmes concrétion unique d’un vécu ou d’une sensation.

 

Un lyrisme d’un genre nouveau

 

Chaque poème d’Alain Flayac est un éclat lyrique où un « je » exprime son moi profond, son monde intérieur et le réel quotidien complexe et varié, fragments d’instants grisants, cependant pas toujours commodes. Il délivre une intense présence subjective attentive à l’univers environnant et à son moi le plus secret, naviguant entre les mots esthétiques, recherchés et un langage familier, des intrusions triviales faisant grincer le texte : « La poésie ce n’est pas remuer la merde, / c’est l’épandre pour une future fertilité ». Faire naître la beauté de la laideur. De la noirceur, des épreuves, faire jaillir l’esthétique et l’élévation. Petit clin d’oeil à Baudelaire !

 

Poèmes -chansons, poèmes-musique

 

Alain Flayac entraîne le lecteur dans le tempo entraînant des vers et des rimes. Ses poèmes sont chants et musique, chansons douces et chansons corrosives, écriture et oralité. Ce sont des poèmes-musique comme Kissssssssss : envolée d’allitérations en « s » dans des vers courts, à la scansion très rythmée du rap, à la cadence dansante et entraînante, sensuelle et joyeuse : « Si je siffle mon vers / en susurrant / un son / qui te serre, / si je suis le sens : de ton souffle / dans une dans / sur ton essaim, si le sensuel / de ce signe devient la condition / du sillon (….) ». La mise en page sautillante du poème « j’ » : « J’ai / vraiment / cru / qu’il / suffisait / de sauter / une / ligne / pour / qu’un / poème / émarge / émerge / / et germe » donne un tempo saccadé, moquerie ironique à l’égard du poète lui-même. Des jeux de mots facétieux résonnent, des clins d’oeil pleins d’humour émeuvent et font sourire.

 

Un artisan des mots

 

La plume trempée dans l’humour, Alain Flayac se divertit avec les sons, (« Oh mon phare, oh mon phare, Répare, repars, repère (...) ») tricotant l’homophonie, « A tout à l’heure chérie / Si je ne suis pas parti / en roulette à fleurs / porté par des choeurs », (« choeur » et « coeur », musique et amour), « Il suffit de sauter une ligne / pour faire boire un vers ! », créant des expressions («  mon après-mimi »), jouant avec les allitérations, les alliances de mots (« un collier de bisous »), les niveaux de langue. Bref, il joue avec les mots et les fait jouer : « Tu n’es que poésie, / Mélodie des mots dits », la poésie, la mal aimée (« elle vit le mépris, la poésie »), chant des mots donnés par des poètes insuffisamment reconnus, trop souvent méprisés, poètes maudits révoltés et provocateurs.

 

Un être total

 

Le poète ne se contente pas de jouer, il lance des messages, tisse des thèmes comme l’amour, la haine, l’exclusion, la pollution…, dénonçant tout en gardant l’espoir. C’est un citoyen à la conscience aiguë. C’est un père aimant, (« Ce que j’ai de plus cher, / Vit à Paris, mon frère. // un mètre cinquante-neuf / Pour quarante-cinq kilos, / Elle aime bien les teufs, / Les concerts, les expos. // Ce que j’ai de plus beau / Sourit dans le métro. //, Quand vous verrez ma fille (….) »). C’est un amant : « Sens-tu mes mains fébriles / s’ensorceler / sur la houle / de ta chair ? ». C’est aussi un poète qui ne se prend pas au sérieux : « Les autres poètes / du vingt-et-unième, / je peux pas / je peux pas, c’est tout ! // Je n’arriverai jamais, / à m’insérer, dans le cercle.// Je ne gagnerai jamais / de concours de prosodie / et ma vitrine / pour les prix / restera, vide ». Le poète n’est pas dans sa « tour d’ivoire ». Il se confronte au monde et embrasse la Vie.

 

L’écriture à fleur de mots, à fleur de peau d’Alain Flayac ne peut laisser indifférent. Lecteur, laisse toi emporter dans son univers !

 

 

 

19:12 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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