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26 février 2013

La part des anges

 

La part des anges.    
Patrice Salsa     
Auto publié, 2012

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

   image part des anges.jpg La part des anges de Patrice Salsa raconte une tranche de vie de quatre amis, élèves studieux, âgés de quinze ans, vivant dans « une cité HLM tranquille, à la très lointaine périphérie d’une grande ville qu’il est difficile de rejoindre ». Kevin et Jordan se connaissent depuis leur plus tendre enfance. Alison et Solveig  se sont rencontrées lors de la rentrée scolaire après un déménagement.    
    L’enthousiasme, la beauté et la pureté dominent ces jeunes êtres. La part des anges  propose leur  vision unique et magique et leur besoin de héros : pour Alison, Kévin  est un dieu : « Son dieu va s’élancer, et se mettre à plonger ». Les quatre adolescents  voient tout en nouveauté, à travers leurs jeux, leurs films, les bandes dessinées lues : « on dirait une de ces villes virtuelles du jeu SimCity, encore claires et lisibles, quand la partie vient de débuter… ».Ils échappent par moment à la logique du monde adulte, effaçant toute rupture entre le rêve et la réalité. Leur  regard n’est pas blasé. Cette acuité de la vision crée chez eux un état d’ivresse créatrice : Jordan et Kevin transforment leur corps en œuvre d’art  en le  peignant. Ils assouvissent un besoin de sensations fortes dans le sport qui sculpte et sublime leur silhouette aux lignes droites et brisées, aux couleurs franches  et vives : « Kevin s’envole, se casse en deux au niveau du bassin, puis s’ouvre comme un compas. C’est une flèche blanche avec un cercle bleu roi qui perce l’eau, sans la froisser, sans laisser de blessure, sans écume ».  Les corps sont beaux soulignés par la lumière : « Sous le soleil matinal, les torses luisent d’une sueur dessinant chaque muscle gainé  de peau claire ». Ces adolescents éprouvent du plaisir à se sentir exister et à faire exister l’Autre. L’échange de l’abricot entre Jordan et Solveig a non seulement une saveur irremplaçable, mais surtout,  il lui insuffle la vie. La beauté de la vie et la  fougue de la jeunesse  l’emportent alors.    
    De surcroît, Patrice Salsa reproduit fidèlement le discours de ces jeunes  avec des répliques juxtaposées, rapportées directement sans les tirets  ni  les verbes introducteurs habituels. La syntaxe incorrecte des adolescents due à l’omission du « ne » de négation, les apocopes, le lexique familier créent tout un effet de réel,  rendant les personnages vivants, le texte dynamique, enthousiaste, vrai : « J’y crois pas ! Mais comment t’as fait ? / Je leur ai juste demandé ; plutôt j’ai demandé à Solveig. / Solveig c’est la goth ? / Oui, elle est pas goth, plutôt dark je crois ». Le ton alerte, le présent restituent la vivacité de l’action. La part des anges se plie habilement aux canons de la société du XXIe siècle et à la réalité de sa jeunesse qui, après l’amitié,  découvre l’amour.       
    Le roman de Patrice Salsa plonge le lecteur dans l’univers de l’adolescence.   Sa pureté et sa beauté  l’emportent dans  sa découverte de l’amour plein de tendresse et de douceur, (« la femme est courbes, l’homme est angles (…) Une peur l’envahit. Ô, pourvu que jamais ces angles ne meurtrissent ces courbes ! »),  de ses sentiments, de ses émotions,  mais aussi de ses nombreuses interrogations et angoisses, de ses complexes, de son mal être devant la découverte de soi, de ses désirs, de ses troubles,  dans un monde adulte souvent corrompu et pervers. Apparemment insouciants, désinvoltes, ces adolescents se heurtent  fréquemment à de graves problèmes. Solveig, hantée par l’idée de la mort, révoltée par une société égoïste cachée sous un vernis policé  (« …l’Occident est un vampire  qui suce le sang des habitants des pays pauvres. (…) la planète n’est qu’un charnier pourrissant, fardée telle une prostituée au dernier stade de la syphilis… ») entretient un rapport pathologique avec  la nourriture. Jordan, dans une souffrance sourde, découvre avec angoisse son homosexualité comme le prouve le rythme verbal  ternaire lyrique : « ses désirs qu’il ne veut pas admettre, qui le taraudent, le fouaillent, le démembrent ».  Le sentiment irrépressible d’être à distance de soi déclenche un mal être chez Alison qui se scarifie, « elle se coupe lorsqu’elle doute de sa propre réalité. (…) Quand elle sent qu’elle n’habite plus vraiment ni son corps ni sa vie ». La part des anges est en vérité  une tragédie moderne annoncée subtilement et indirectement dès le début de l’ouvrage par de nombreux indices semés au fil de la plume par le  narrateur.      
    D’emblée apparaît  en effet une sorte de faille, de fêlure. L’incipit est comme un miroir annonciateur de la fin. Paradoxalement dans cet univers amical, un lexique violent, des images mortifères disent la douleur,  le sang qui coule, la mort imminente : « De gros éclats effilés de glace, transparente, pointue, tranchante.  (…) Qui transpercera, déchirera, déchiquettera les baigneurs bruyants. Le bleu insouciant de l’eau se teintera de rouge… ». Un vocabulaire concret, des métaphores  évoquant la souffrance, le supplice (« les paroles qui blessent, les mots qui râpent et brûlent, les insinuations barbelées …»,) des images suggérant des blessures (« Le bois collecté sur la grève dans l’or sanglant d’un coucher de soleil ») hantent le texte. Le transfert de verbes ou d’adjectifs concrets détournés de leur emploi habituel, la peur que Kevin  éprouve de  blesser Alison, préfigurent la chute finale.  
   La part des anges de Patrice Salsa,  ouvrage poétique, solidement construit et travaillé, mêlant les discours, le flux de conscience des personnages aux interventions du narrateur,  rythmé par des chansons anglo-saxonnes, témoignent de façon poignante du vécu et du ressenti d’adolescents avides de vivre, mais désaimés par la Vie. « La part des anges », ce n’est pas seulement « la partie du volume d’un alcool qui s’évapore quand celui-ci est mis à vieillir », c’est aussi ce que méritaient ces êtres purs et innocents qu’étaient Kévin, Jordan, Alison et Solveig : « Call my name and save me from the dark ».



Patrice Salsa a aussi publié :

Un garçon naturel  (éditions Rouergue, 2005)

La Signora Wilson (Editions Acte Sud, 2008) : http://lecritoiredesmuses.hautetfort.com/archive/2008/06/19/reve-ou-realite.html

Le joueur de théorbe (éditions URDLA,  2011) :
http://lecritoiredesmuses.hautetfort.com/archive/2011/03/20/le-joueur-de-theorbe-patrice-salsa.html



 

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25 février 2013

Compagnie de danse Hallet Eghayan

 

Colloque du 28 et 29 mars 2013

2ème colloque "Arts / Sciences" organisé par la Compagnie de danse Hallet Eghayan et l'ENS de Lyon les 28 et 29 mars prochains à Lyon

 

image fête.jpgDanse et Science, entre formes et chaos

Programme :

jeudi 28 mars
- 9h 30 Accueil
- 10h Ouverture par M. Samarut, Président de l'ENS de Lyon et Michel Hallet Eghayan, chorégraphe, directeur de la Compagnie de danse Hallet Eghayan.
- 10h 15 : Conférence sur le thème : «Du chaos à l'ordre » par Jean-François Mattéi, philosophe, professeur émérite à l’Université de Nice.
- 11h 05 : Intervention sur le thème : « La pratique du hasard, comment le Hasard peut intégrer la composition ? » par Robert Swinston, Directeur Centre National de danse Contemporaine d’Angers, membre du CA de « Merce Cunningham »

12h-14h : Pause repas

- 14h Intervention sur le thème « Composition chorégraphique » par Myriam Gourfink, chorégraphe, responsable du programme de formation de l’Abbaye de Royaumont
- 15h 15 : Etienne Ghys de l’Académie des sciences, directeur de recherches en mathématiques (CNRS – ENS de Lyon), auteur du film Chaos

16h 30 Pause

- 17h à 18h Démonstration de danse par les danseurs de la Compagnie Hallet Eghayan au gymnase de l’ENS de Lyon, site Monod.

vendredi 29 mars

- 9h 30 Accueil
- 10h : Intervention sur le thème : « Comment la partition Benesh révèle la composition et témoigne de l'improvisation » par Eliane Mirzabekiantz, responsable de la formation à la notation du mouvement Benesh au Conservatoire National Supérieur de Musique et de danse de Paris.
- 10h 45 Pablo Jensen Directeur de Recherches CNRS au laboratoire de physique de l'ENS de Lyon

12h-14h : Pause repas

- 14h : Intervention sur le thème : « Bases neuronales de la communication non verbale » par Mathilde MENORET, doctorante en Neurosciences et Sciences Cognitives et Yves Paulignan, chercheur au L2C2. Université Lyon 1
- 15h Table ronde avec Pierre-Emmanuel Sorignet , Maître d'enseignement et de recherche à la Faculté des sciences sociales et politiques de Lausanne , Philippe Verrièle, Critique et Historien d’art, Michel Hallet Eghayan, chorégraphe, Jean-François Mattéi, philosophe.
- 16h 30 : Conclusions du colloque par un danseur et P.E Sorignet sur ses observations.

20h 30 - 2ème Correspondance « aux Echappées Belles » Compagnie de danse Hallet Eghayan


- gratuité pour tous les étudiants sur présentation de leur carte d’étudiant ou de leur avis de situation Pôle Emploi pour les danseurs et intermittents du spectacle.
- Participation aux frais : 10 €
- Repas pris sur place : 7 €
- Spectacle du 29 mars : 10 € pour les participants au Colloque – 15 € pour le public extérieur.

Les inscriptions sont possibles en ligne : http://www.ciehalleteghayan.org/passactuprog.html ou http://www.ciehalleteghayan.org/passactubill.html

LIEUX :

Les 28 et 29 mars à partir de 9h30
ENS de Lyon site Monod – Amphithéâtre Schrödinger
46 allée d’Italie
69007 LYON
M° Debourg ligne B

Le 29 mars à 20h30
2e Correspondance
Echappées Belles
65/73 rue du Bourbonnais
69009 LYON

 

 

17 février 2013

1er Championnat de France Amateurs de mots croisés


1er Championnat de France Amateurs de mots croisés


référence L'Alsace.JPG Ce championnat se déroulera  en 3 étapes :

1) Départemental : Résolution d’une grille de 15 X 15,  du 01/04 au 11/04/2013.


2) Régional : Résolution d’une grille de 20 X 20,  du 01/05/ au 15/05/2013.


3) Finale nationale :  Résolution d’une grille de 30 X 30, début juin


Règlement et modalités sur le site : crucialdéfi.com
Frais de participation  : 10€. Réglement  en chèque à l’ordre de Crucial Défi
8, rue de Neubourg,  67580 MERTZWILLER

04 février 2013

Nostalgies

 

Nostalgies
Eric Mériau
Editions Elzévir (2012)

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

   couverture nostalgie.jpg Le recueil poétique  d’Eric Mériau, Nostalgies, s’ouvre sur le très bel  hymne à la vie de Mère Térésa et sur un extrait du Horla de Maupassant, chant à la gloire de l’œil, organe capable d’embrasser l’univers entier, la beauté et la fragilité de la vie. Ces deux textes donnent d’emblée la clef et  le ton de l’ouvrage qui résonne de tout l’épicurisme  mystique de son auteur et de ses réflexions sur le du temps qui passe : « Demain, ô comme c’est loin ! / Non, mon petit, c’est déjà hier !!! », le charme intense, précieux et éphémère de l’existence.    
    Ses poèmes, pour la plupart  libérés de la métrique,  donnent  au vers une grande liberté.  Sa mise en page avec ses blancs, ses strophes d’un seul mot ou au contraire constituées de versets, les derniers vers mis en valeur en caractères gras,  accordent une grande importance à la matérialité du texte qui devient objet esthétique à admirer avant d’être lu, comme la dernière strophe du poème « Houcher » et son  calligramme suggérant un sapin.  D’autres poèmes se coulent dans le moule normé  du sonnet mais  s’écartent toutefois du strict respect des rimes du sonnet italien ou marotique. Les acrostiches « Lux », « Victorien », « Lucie » lancent deux messages lisibles horizontalement et verticalement  tout comme dans la célébration  de la « venue  dans des langes doux et soyeux »   d’une petite Lucie. Amoureux des mots, jouant avec eux et avec les figures de style, épris du rythme des phrases et de la musique, le poète emporte le lecteur vers des ailleurs exotiques, étranges et étrangers avec ses titres en arménien, « Doudouk » « Chenoragal yem » ou  en patois lozérien « Lamberkat ».     
    Observateur du quotidien, tricotant récits, descriptions et argumentation, Eric Mériau lie ses poèmes à sa vie privée (« Je ne sais qu’écrire ma vie ») et à l’Histoire passée (dans « Circonstance » : « J’en oublie entièrement l’image historique/ Des bus parisiens vert et crème d’hier, / Bondés de visages serrés, inquiets, las, éteints / Roulant vers l’ultime destination, silences funestes / Parquant ainsi les voyageurs d’un jour, du petit matin/ Sur le quai à bestiaux du  dernier départ/ Ou sur l’esplanade de l’incompréhensible attente !... ») ou contemporaine  comme dans « Trains bariolés »où  il évoque les tags. Situant de façon précise ses textes dans le temps et dans l’espace, il  les transforme par moment  en feuillets d’un journal intime poétique : « en cet automne deux mille dix », « en cette veille de Noël de l’an deux mille sept », « en ce vingt-quatre/ Janvier/  De l’an/ deux mille huit ». A la faveur de sa lecture, le liseur  visite Lyon, comme l’indique la périphrase « sous les teintes du couchant peignant la cité des Gaules »,  la Savoie, terre de « ses ancêtre », le Vercors, « O Vercors contrasté ! / Comme tes gris, blanc, vert foncé te vont bien ! », l’Ain, Langogne et  « l’immense lac de Naussac » en Lozère, l’Arménie, l’Afrique… Maints poèmes d’Eric Mériau ont en commun de présenter un certain nombre d’images empruntées à la nature qu’il fait exister en la nommant
et en retrouvant des émotions provoquées par une résurgence du passé (« Aujourd’hui, encore, je ne puis t’oublier ;/Chère ampoule jaune du passé/, Lampe accueillante, veillant/ Sur les arrivants d’un soir !/ »),  par des sensations communes au présent et au passé, éprouvant des sentiments de plénitudes de moments arrachés au temps à travers la marche : « Dès le premier jour, / Je sais que l’existence me réserve / Encore un beau voyage pédestre, / Composé des fleurs de la contemplation, / Du bouquet des silences essentiels, / Des racines de l’effort et des rameaux d’une pensée unifiée » ou le souvenir gardé d’une rencontre amoureuse marquée par une sorte d’idéalisation : « Te souviens-tu aussi, ma grâce, de la braise de nos cœurs, / Tiédie et attisée par l’impétueux ruisseau de ta fontaine/ En partance pour un voyage d’allégresse gémissante ? ». Un « Je » s’exprime et analyse le monde environnant, donnant à voir sa beauté mais aussi ses défauts, la ruine des valeurs : « Bonnes volontés de notre pauvre Occident, / bouffi de suffisance,/ Obèse de tant d’égarements égoïstes, infirme par trop / de paresse, Engourdi d‘une mollesse pernicieuse, fardé par les strates. Cumulés/ D’un fond de teint d’une grossièreté inédite ! ».  Du singulier débouche très souvent des généralités universelles sur la société, l’existence inexorable de la mort qui donne tout son sens et toute sa valeur à la vie, cette vie éphémère  pleine de saveurs dont il faut jouir pleinement  dans ses moindres éléments : que ce soit une pomme  séduisante par sa rondeur, son croquant, sa fermeté, sa sensualité : « Craquante, tu me montre ta rondeur, /Dès que je t’entame, je croque à pleines dents/Le monde, et ta chair, alors, me l’embellit ! » ou la fraîcheur délicieuse et désaltérante d’une goutte  d’eau perlant d’un « rameau enneigé ».
    Les poèmes d’Eric Mériau, pour la plupart heureux, disent la joie, l’amour de la vie, de la femme, de la liberté.  Véritable exaltation des pouvoirs du langage, expression lucide du caractère précaire de l’être humain,  ils constituent une revanche sur la mort.

 

 

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