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16 mai 2012

Spectacle des ateliers dire et danser : L'amour profane de Basilius Besler

un spectacle des ateliers dire et danser
L'amour profane de Basilius Besler
avec René Thibaud, danseur récitant
Philippe Weishaupt,
guitare

texte Isabelle Pouchin/chorégraphie René Thibaud et Isabelle Cros/création musicale Philippe Weishaupt
Le livre <  plus d'infos  > le spectacle

Dimanche 10 juin à 18h (début du spectacle à l'heure précise) dans le jardin de Catherine Menant à Glun
(à l'intérieur en cas de pluie – plan d'accès en pièce jointe – ou g.maps : Chemin de l'Île)

Participation libre : espèces ou grignotage ou boisson à partager ensemble.
Important : prévenez de votre venue : catherine.menant@voila.fr ou 04 75 08 17 94

09 mai 2012

Alger sans Mozart

 

Alger sans Mozart    
Michel Canesi et Jamil  Rahmani  
Naïve,  premier semestre 2012

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

 Alger.jpg   A l’heure où l’on commémore les cinquante ans de l’indépendance de l’Algérie, le duo Canesi et Rahmani vient de composer une sublime symphonie à quatre mains, dont le titre est déjà une promesse,  Alger sans Mozart, roman d’une femme libre, Louise, « survivante d’un monde disparu »,   symbole de la France des Lumières,  qui s’engage avec Kaled, son futur mari afin de « collect(er) des médicaments, des pansements pour le maquis »,  et d’une ville magique, lumineuse, aux couleurs et aux parfums subtiles,  Alger : « je descendais avec lui dans le jardin déjà brûlant, les herbes grillées par le soleil craquaient sous nos pieds, nous nous assîmes sous le citronnier chargé de fruits jaunes et verts, l’arbre dégageait un fort parfum d’agrumes ». Les synesthésies disent toute la sensualité de ce pays extraordinaire, le bonheur de la luxuriance végétale  où des générations entières ont peiné pour le  gagner « au prix de la sueur, du sang et des larmes ». En effet, Louise, « arrière-petite-fille de pionniers, de ces aventuriers qui drainèrent cloaques et marais, mirent en valeur friches et maquis, élevèrent villes et monuments ; fille d’universitaires qui bâtissaient des ponts entre Orient et Occident », effectue une nostalgique déambulation dans un temps et un espace abolis, refaisant exister par la mémoire son histoire personnelle et familiale commencée au XIXe siècle : « Certains jours, elle racontait la saga de sa famille, de ses ancêtres prussiens chassés de leur terre par la famine de 1846. »
    Alger sans Mozart est un roman polyphonique, subtile dégradé du documentaire historique, du journal intime, du flux de conscience. Il donne à entendre essentiellement trois voix : celles de Louise, qui n’a pas toujours eu conscience de la classe à laquelle elle appartenait, mais qui évolua à la faveur de sa rencontre avec Kaled,  de Marc, son neveu, metteur en scène célèbre,  opportuniste et arriviste  et de Sofiane, symbole de l’Algérie de demain, ouvert, curieux, acquis à l’amour de la musique grâce  à Louise. Les destins de ces trois personnages s’entrecroisent à travers la personne de Louise et de  la ville d’Alger. Le temps retrouvé se superpose au temps réel des narrateurs. Les époques, des fragments de vie se croisent et se conjuguent. Passé et présent s’imbriquent manifestant la puissance et l’acuité des souvenirs. Un morceau de musique, un parfum, une image, un mot ressuscitent la fraîcheur et l’intensité  des perceptions et des sensations.    
    Le nœud logique et conscient du texte est le changement d’Alger, douloureux pour Louise et ses semblables. Un hiatus discordant a brisé l’harmonie.  La date charnière de 1961, avec l’entrée « en guerre » de l’OAS,    scinde la société algérienne, brisant une vie autrefois lumineuse et heureuse : « Le FLN, l’OAS et les politiques ont tout gâché ».  Les espoirs d’une Algérie multiculturelle s’évanouissent. Certains s’exilent. Louise reste, habitée par les souvenirs du passé, nostalgique des grandeurs déchues. L’arrivée en 1981 de « l’islamisme rampant »  tue  la joie de  vivre, la liberté de la femme, le plaisir d’écouter de la musique : « Je haïssais l’islamisation rampante qui ritualisait la société et stérilisait tout » clame Louise. « Tu imagines Alger sans Mozart ».  L’irruption des islamistes allume un désaccord entre les pieds-noirs, les Algériens, les juifs.        
   Mais des jeunes comme Sofiane apportent l’espoir. L’unité entre l’Orient et l’Occident renaît grâce à la culture, à internet, au film de Marc, à son interview : « Je reçois plein de courrier… Des lettres de pieds-noirs, d’Algériens, de beurs. Ils me remercient tous. » 
   Alger sans Mozart,  livre inscrit dans une aventure historique,   montre dans un contexte parfois polémique que l’art est la plénitude de la vie. La musique qui résonne en filigrane à chaque page du roman  avec les nombreuses références à « Bach, Satie, Dutilleux, Beethoven et Mozart. Surtout Mozart »  ou des comparaisons musicales (« La vie en Suisse était douce, comme un nocturne de Chopin ») est  conçue comme  concrétion magique et irradiante, capable non seulement d’envouter mais aussi de libérer. Elle  habite les êtres et leur insuffle sa propre vie.

 

    A la faveur de la Beauté, de la musique et de la culture en général, les deux rives de la méditerranée  se rejoignent. Les valeurs de tolérance,  de respect, de cosmopolitisme qui constituent la substance de ces  écrivains éclairés que sont Michel Canesi et Jamil Rahmani vont se propager et unir les frères redevenus amis dans un monde où « le temps du sang et de la haine » jamais ne reviendra.

 

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01 mai 2012

Une Famille nucléaire

 

Une famille nucléaire
Vanessa Gault   
Gaspard Nocturne éditeur (2010)

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

   famille_nucleaire_image.jpg Le titre prometteur  de l’ouvrage de Vanessa Gault,  Une famille nucléaire,  aux  connotations plurielles, accroche et intrigue d’emblée le lecteur : s’agira-t-il de l’histoire d’une famille classique ou de celle d’une famille explosive ?   
    D’emblée le  début du roman prend l’histoire à rebours en renversant et en bouleversant la chronologie. Il donne  à imaginer un roman policier en installant un suspens angoissant avec les multiples précautions que prend Laura, la petite fille de la famille, pour entrer chez elle : « Laura referma la porte d’entrée avec précaution, faisant remonter la poignée le plus doucement possible ; mais le pêne émit tout de même un soupir métallique, et Laura resta un instant immobile, le dos raidi, serrant la clé dans son poing fermé ». Le silence prudent que l’enfant s’impose, les symptômes de sa peur « le dos raidi », « le poing fermé »  annoncent une réalité singulière. Le suspens devient vite terrifiant devant le corps « par terre, allongé dans une flaque de sang sur le sol carrelé, bras et jambes repliés contre sa poitrine ; quelqu’un qui avait été la mère, et qui était maintenant un chemisier sanguinolent, des cheveux englués dans la flaque rouge-brun,  un visage révulsés, tordu de haine et de peur ». Le pronom indéfini « quelqu’un », la synecdoque « qui était maintenant un chemisier sanguinolent » impliquent  davantage une personne indéterminée qu’une personne aimée.  La haine gravée  sur le visage du cadavre  introduit   une sensation déconcertante et troublante.      
    Très vite, les ressorts psychologiques de l’intrigue l’emportent. Vanessa Gault raconte une tragédie, des faits terribles, sans verser toutefois dans le pathos. Une famille nucléaire  présente une famille bourgeoise  apparemment conforme aux familles moyennes traditionnelles composées des parents et de deux enfants. Or,  la mère, Claude, femme intelligente, possède un double visage trompeur (« Il l’avait toujours vue revêtir un visage spécial à l’extérieur, avec un sourire collé dessus,   même sa voix n’était pas la même ».).  Il existe un décalage entre le personnage social et sa nature intime, entre l’apparence et l’essence.  Affable, agréable, aimable en société, dès qu’elle est chez elle, sous l’emprise de pulsions violentes, elle tyrannise son mari et surtout ses deux enfants : « ils virent qu’elle avait déjà son visage de colère ; il lui avait suffi de quelques secondes pour le remettre en place. L’autre, celui du bureau et de la rue, devait être rangé dans un compartiment secret de l’ascenseur ».  Le foyer, synecdoque pour désigner le cœur chaleureux et protecteur  de la maison, cache une réalité sordide  indicible,  inimaginable et soigneusement cachée : « Ce qui se passait derrière le mur de l’appartement ne devait pas se savoir », « Personne ne devait savoir ce qui se déroulait derrière les épais murs bourgeois. »    
    Dans ce roman  à la construction circulaire : le début rejoint la fin, bâti comme un puzzle avec un  traitement du temps très particulier : les paragraphes des années de petite enfance s’intercalent entre les  paragraphes du présent selon les moments de vie, les temps très forts donnés à voir à  travers le regard, les sentiments, les sensations,  les émotions de chacun.  Dans ce roman polyphonique,  les événements sont mis en lumière,  constituant par le simple fait de les donner à voir, une dénonciation implicite dépourvue cependant de tout jugement. Le lecteur est simplement dans l’ordre du constat.  Il s’agit bien d’une vision sans concession d’une femme insatisfaite, frustrée, d’une mère cruelle, maltraitante. Mais  l’intense souffrance de la marâtre aide à la comprendre. A la joie de la naissance,  « aujourd’hui son corps avait produit quelque chose de parfait »,  succède très vite la déception, la haine. La mère souffre de la naissance de ses enfants comme êtres individuels, différents de ses rêves : « Claude les trouvaient hideux. Comment avait-elle pu mettre au monde ces créatures visqueuses, suintantes de culpabilité ? ». Ce qui est vécu comme des tentatives d’émancipations pour la mère, le moindre petit dérapage de la part des enfants   est ressenti comme monstrueux. Et les enfants meurtris par la violence orale et physique que leur mère leur fait subir  intériorisent la vision négative que cette dernière à d’eux : « son voisin commençait déjà à noter des calculs, toute la classe paraissait avoir compris : lui seul restait démuni, paralysé devant l’énigme. Pauvre petit crétin. Inapte, impuissant, incapable ». Résignés, les enfants se replient sur eux-mêmes. Fabien a bien  tenté de s’échapper en rêvant aux super héros des bandes dessinées,  il a bien tenté d’accroître sa  chance de survie en feignant l’idiotie. Laura, quant à elle,  admire la beauté du réel : « la vision magnifique » d’une flaque d’essence  qui produit en elle un choc « qu’elle absorb(e) avidement par tous ses sens ». Mais toutes  ces tentatives de fuite sont vaines, inutiles.       
    Dans Une famille nucléaire, le  père est l’homme du non savoir.  Pour lui, le paraître est l’être. Aveugle, il ne voit pas la cruauté de son épouse. Il  refuse lâchement  de percevoir et de faire exister  ce qui est caché. Le père et les enfants s’adaptent tant bien que mal à la malice maternelle. Ils se coulent dans le moule imposé par Claude.     

    Le lecteur suit  la révolte de la conscience d’enfants victimes de leur mère, puis très vite constate leur incompréhension, leur acceptation, leur soumission. Mais un jour, Fabien, brusquement,  poussé à l’extrême par sa mère, va se dépasser en sombrant à son tour dans la violence devenue exercice de sa liberté. Délivré de sa mère, il est cependant privé à tout jamais de cohésion intime.        
    Ce livre est une sorte de tragédie moderne  où,  comme dans les tragédies antiques,  après le drame des crises, arrive la retombée en apaisement : « elle  (Laura, la fillette) se sentait lasse, incapable d’aucune action maintenant qu’elle avait lâché d’un coup douze années de tension. Elle était dépassée, impuissante, et en même temps soulagée ; plus rien ne reposait sur elle, elle passait le relais. Pascal allait rentrer ; il s’occuperait de tout (…) elle s’(…) assit avec l’impression de se reposer pour la première fois de sa vie ». Fabien a libéré sa sœur, mais il ne s’est pas libéré lui-même. Sa velléité  d’émancipation l’a brisé complètement.
    Une famille nucléaire est un roman attachant. Vanessa Gault saisit avec une sensibilité subtile, une écriture sobre et claire, l’intimité en pleine évolution de personnages révélateurs de la complexité de l’être humain.    

 

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29 avril 2012

Ambroisie

 

Ambroisie
Album de musique électronique en collaboration avec The Ambient Society (2012)
Paroles de Joachim Zemmour      
Interprété par Clara Van Vliet     

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

Ambroisie image.jpgJoachim Zemmour vient de  créer son premier album de musique électronique Ambroisie, en collaboration avec The Ambient Society.  C’est l’aspect poétique des textes, mis en voix par Clara Van Vliet, une jeune lilloise,  que nous retenons après avoir lu et entendu  ces chansons hybrides, mélange de slam et d’électronica.      
C’est peut-être parce qu’il possède le prénom d’un des poètes de la Pléiade que Joachim Zemmour , jeune virtuose imprégné de culture classique, plonge avec autant de sublimité le lecteur auditeur  dans l’univers  onirique de la Mythologie et de la Beauté, avec ses références à la Diane chasseresse, à l’ « eau du Styx », à « l’ambroisie » . Jouant avec des mots rares, recherchés  et précieux : « Nitescence/ Dans la nuit naissante/Nitescence/ » ou « ô eau du Styx, nectar de Nyx/ Ô haute éther, empyrée d’air »,  jonglant avec les sons, les assonances qui scandent le texte, les hiatus qui créent des ruptures, il emporte  l’auditeur lecteur dans un climat de merveilleux et d’ailleurs, donnant toute une cohérence colorée à ses fantasmes. Dans des odes à une nature irréelle, évanescente,  la chrysalide devient fleur  dans une sorte de mystique de la sensation : « J’ouvre, j’entr’ouvre/Mes ailes bleues-pourprées. », une pécheresse  boit « le filtre d’ivresse/dans ce bois sacré de Grèce »... Par le biais d’un rythme tout en douceur, le narrateur entraîne le lecteur loin du réel qui ne peut être appréhendé  souvent que par le reflet, «  Choir/ Dans l’abîme d’un miroir »,  l’aidant à l’oublier : « Et boire à l’eau du Styx, ou du Léthé./ Mais oublier », malgré toute sa beauté « Mirage d’un miroir/ Mirages de Renoir » avec la référence à Renoir, peintre aux couleurs gourmandes et sensuelles.       
Il existe comme un besoin d’initiation dans la chair même de cette  écriture de la dérive des repères  du temps, de l’espace qui concrétise toute la beauté de l’âme de son créateur.

 

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26 avril 2012

Les Regardeurs de Lumière

francis-denis.jpg

 
« LES REGARDEURS DE LUMIERE »

        du 9 au 21 juin 2012




Cathédrale de Saint-Omer ( Pas-de-Calais)

Festival d'Art Sacré Contemporain

 

 
Exposition ouverte chaque jour de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 19h00.  Entrée gratuite


Artistes exposants :

Guy LE PERSE, Freddy DUPAS, HUIJ, David PONS, Martine DENOYELLE,

Jacques-Paul GOSSELIN, Chouki DERROUICHE, Francis DENIS

Collectif « Au Fond de la Cour à Droite »

Manuelle WALLE, Walter POLAERT, Daniel CORBERAND, Charlotte THOREZ

Hommages : Pierre JONCRET – GABAR


Vendredi 8 juin à 19h00

Vernissage en musique et lumières

Benoît DEVOS aux Grandes Orgues


Samedi 9 juin à 20h00

Concert par « Lyre et Harmonie » de Lumbres

« Aux couleurs de l’harmonie… Du bleu ciel à l’azur »

Musique sacrée, traditionnelle et populaire


Dimanche 10 juin de 16h00 à 18h00

Audition des élèves des classes d'orgue de Calais, Hondschoote et Saint-Omer


Mardi 12 juin à 20h00

Conférence de Monsieur DEREMBLE Jean-Paul

Maître de conférences à Lille III en histoire de l’Art Médiéval


Mercredi 13 juin 10h00 - 12h00 / 15h00 - 18h00

Ateliers pour artistes en herbe


Samedi 16 juin 20h30

« Les Florilèges de Florimond »

1ère mondiale des œuvres religieuses de Florimond Roger dit « Hervé »

par l'association Lyric & Co et les Baladins


Dimanche 17 juin à partir de 17h00

Instants baroques par l’Ensemble Divertimenti

Chants sacrés par le quatuor "Harmony'hom


Mercredi 20 juin 10h00 - 12h00 / 15h00 - 18h00

Ateliers pour artistes en herbe


Jeudi 21 juin à partir de 18h00

Fête de la musique avec les Chorales Intervalle _ Titelouze _ Les Baladins

Ce festival est organisé par les Amis de la Cathédrale avec le soutien de la Ville de Saint-Omer, de la CASO ( Communauté d'Agglomération de Saint-Omer ), du Conseil Régional du Nord-Pas de Calais et du Conseil Général du Pas de Calais.

Http://www.regardeursdelumiere.com

24 avril 2012

Premilla and the vow

 

Premilla and the vow ,
Neela Govender 
Editions Gaspard Nocturne  (2011)

 

(Par Mireille Bourjas)

 

 

i image premela.gif Après avoir écrit Acacia thorn in my heart, un roman semi-autobiographique narrant l’enfance et l’adolescence d’une jeune sud-africaine Leila, Neela Govender se lance dans un nouveau roman, Premilla and the vow, dans lequel elle décrit  la vie d’ une jeune femme « mal mariée ». Cette expression neutre convient tout à fait car Premilla pourrait être la représentante de toutes les jeunes filles, obligées de se marier, pour des raisons familiales diverses…Et malheureusement,  en notre vingt et énième siècle, elles sont encore légion.

 

Premilla est une jeune indienne, descendante de ces indiens employés comme main d’œuvre sur les plantations des Blancs, en Afrique du Sud. Professeur dans une école indienne, surveillée étroitement par une mère qui s’accroche  aux traditions de sa caste et de sa famille, Premilla aspire à une vie plus libre, dégagée des contraintes qui pèsent sur elle, en tant que fille, indienne et sud-africaine. Elle est sans cesse révoltée, sans cesse à la recherche d’un ailleurs plus libre, jusqu’au jour où elle rencontre Aaron, jeune indien de confession musulmane. Le mariage est impossible, pour l’honneur de sa famille. Réduite à l’avortement et de surcroît à épouser un homme, de sa caste et de sa religion, qu’elle n’aime pas, Premilla fait, le jour même de son mariage, le vœu de quitter ce mari  alcoolique et brutal, pétri de mépris pour les femmes.  Elle va essayer d’accomplir ce vœu  pendant dix ans, dix longues années d’essais, de renoncement, d’essais encore…Grâce à une bourse qui lui permet de séjourner un an, en France, à Grenoble, elle expérimente la liberté, liberté de se mouvoir, liberté de disposer de son salaire, liberté de se déplacer, liberté de fréquenter des amis, liberté d’être elle-même… et de vivre tout simplement. Comme l’université de Grenoble lui propose un poste pour l’année suivante, elle va tout mettre en œuvre pour accomplir son vœu et commencer une nouvelle vie avec sa fille, Elisha.

 

L’action de Premilla and the vow se passe dans les années soixante-soixante dix, années de fortes grèves et de tensions entre la communauté noire et la blanche, au pays de l’apartheid. Cette situation est à peine évoquée : quelques lignes, vers le milieu du livre. « The sixties were interesting but frightening times. Mass arrests, trials, boycotts were common happenings. ». La première surprise passée, le lecteur constate qu’il s’agit de la volonté bien précise et bien marquée de l’auteur de ne pas se disperser. Nous sommes dans un milieu indien bien clos, bien fermé sur lui-même, le problème de l’apartheid serait une inclusion sans grand intérêt.

 

Immigrés depuis le XIX° siècle, les indiens sud-africains n’ont rien changé de leurs coutumes et de leur mode de vie. Les premières pages du roman « Everyone knows everyone else, noone is excluded exceptthose who don’t march to the tune. » décrivent très bien cette société où les filles sont écorchées vives par des langues de feu « Teenage girls are scorched alive with fiery tongues », où tout le monde se connait, où personne n’est exclu sauf ceux qui ne marchent pas au même pas que les autres. Les belles-mères cultivent la toute puissance de leurs enfants mâles et se vengent sur leurs belles filles de ce qu’elles ont dû subir et endurer. A l’heure actuelle, 160 000 jeunes indiennes meurent chaque année, en Inde, dans des accidents domestiques perpétrés contre elles par leur mari et leur belle famille, en toute impunité. Quand la police conclut au meurtre, la belle mère s’accuse pour épargner la prison à son cher fils. On sent très bien que tout cela pourrait arriver à Premilla. Société bloquée où le divorce est impossible, où la famille et le respect de lois millénaires priment sur toute autre considération. Seule la fuite est possible et encore ! Premilla réussira à partir, à quitter son mari, mais un esclave oublie-t-il les chaines qui l’on entravé depuis son enfance ?

 

Premilla and the vow est un roman attachant. Ses personnages sont bien campés et bien vivants : Premilla est  toute en révolte, en inconscience aussi, prête à tout pour vivre. Elisha, l’enfant déchirée entre une mère, qu’elle aime mais qui lui apporte une vie peu sûre, et un père brutal. Enfant désorientée loin de ses cousins, de ses chiens, de son Durban natal. Vijay, le mari soucieux de récupérer sa femme et sa fille non pour elles mêmes, mais pour son honneur à lui seul. Draupadi, la mère gardienne du temple des traditions, de l’honneur familial mais qui finit par regretter ce mariage devant la détresse de sa fille.

 

Autour d’eux, une fratrie, un monde de cousins, d’oncles et de tantes…tous très impliqués dans la continuation des traditions et à faire marcher tout le monde d’un même pas.

 

La France, pays de la liberté, pour Permilla, est décrite à plusieurs reprises comme un pays de communistes, « you’re endoctrinated with communist propaganda. » ou « He told auntie Vasantha that you have communist friends. Are they bad ? He said, they will take over power in the country. » Cette description amusante rejoint celle de nombreux éditorialistes étrangers, en particulier, américains.   

 

Ce livre est difficile  à lire  au début, car déroutant dans sa présentation à cause de ses  nombreux flash-back, de l’absence de certains articles et aussi  de guillemets, de tirets lors des dialogues. Mais  surtout,  l’emploi constant du  présent simple étonne. Certes, le présent simple donne beaucoup de vivacité à l’action,  mais aux dépens de la clarté.

 

 

 

Au nom de toutes les femmes du monde entier sous la coupe de maris machistes, brutaux, ce livre mérite d’être lu …et pas seulement par les femmes.

 

 

 

 

 

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21 avril 2012

Exposition de Francis DENIS

Francis DENIS

Expose à la galerie THUILLIER

13, rue de Thorigny dans le 3ème

( Près du musée PICASSO )

PARIS

Du 27 avril au 10 mai 2012

 

 

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Jeune homme chauve   ( huile sur toile )   90 x 70 cm

 

 

Métro Saint Sébastien - Froissart

 

Vernissage en présence de l'artiste

Le mercredi 2 mai de 18 à 21h00

 

Exposition ouverte du mardi au samedi de 13h00 à 19h00

Entrée libre

19 avril 2012

L'Air de ton nom et autres poèmes

 

L’Air de ton nom et autres poèmes    
Jean-Dominique Humbert    
CamPoche (2011)      
Bernard Campiche éditeur   

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour) 

 


image à l'heure de ton nom.jpgLe recueil poétique de Jean-Dominique Humbert, L’Air de ton nom et autres poèmes est loin de la poésie traditionnelle, au nombre obligé de syllabes, soumise à la servitude des homophonies  finales des vers,  d’avant le XXe siècle. Les poèmes de Jean-Dominique Humbert sont libérés des contraintes métriques, phoniques, strophiques… Avec ses poèmes, les oeuvres classiques aux règles et aux normes contraignantes s’écroulent laissant place à la liberté du vers, chassant les rimes et estompant la ponctuation : « Le froid est venu/ dans la mémoire des près/ Les pierres ont passé/ l’heure, la page/ où tu t’installes. ».  Chaque mot de ces petits bijoux scintillants, fragments précieux, nichés au cœur de l’écrin blanc de la page, libère tout son éclat. Le concentré de mots, isolés sur la page blanche, intensifie la présence d’un réel suggéré et rêvé dont les thèmes prédominants sont la nature et une femme tout à la fois proche et lointaine. L’acuité  légère  du  substantif et du verbe, la simplicité de l’adjectif,  leur luminosité (« On n’entre pas toujours/dans la clarté de mai »,  leur couleur indicible (« Son ciel demain si tu reviens/ quand il aura la couleur de l’air »),   leur silence («L’arbre dort solitaire/ avec le temps/ c’est un pré dans l’hiver/ Où demeure le silence »), (« on croirait le silence du sapin/ du pré dans sa journée blanche »), «(« La voix de la rivière/son chemin dans ses pas/ qui ne parlait ») volètent,  concrétisant avec subtilité la fragilité évanescente du réel, souvent davantage rêvé que vécu : « « qu’attends-tu d’un jour/si ce n’est le reflet, ombres/ portées sur la terre ? ». Les images déroutantes parfois au premier abord, comme en l’occurrence, « Le bonheur était vert »  finissent toujours par imposer leur légitimité. Cette métaphore dit la fraîcheur vivante de la nature et de l’espoir qu’elle contient.   
Chaque court poème est un instant d’intense émotion, de bonheur éphémère,  qui tente de saisir les mouvements fugitifs de la beauté de la nature, d’une saison : « La marche du ciel/ dans le long nuage, / l’eau, l’herbe, et la terre qu’on espère/ si ce n’est la promesse du pommier/ où grimpe la fleur de mai » ou « Un ciel sans nuage/dans l’eau claire de l’été », d’une femme, absente intensément présente,  que le narrateur ne donne jamais ni à voir ni à entendre et d’une personne à jamais disparue que l’on devine et  qu’il interpelle à la deuxième personne du singulier : « « L’eau dans le ciel est une ombre qui danse/ Tu la disais lente/ Elle va son lit de terre/ Elle garde les secrets qu’elle reçoit au passage ».   
 Comme le peintre à la plume légère  ou le sculpteur japonais qui cisèle un grain de riz, Jean-Dominique Humbert façonne  minutieusement la nature dans des haïkus sublimes et frais : « A l’instant te parle/ Ce goût de source/ La mémoire danse » fixant le caractère fugitif,  transitoire et vacillant de l’instant présent et du temps qui passe inexorablement.         
Il existe toute une esthétisation du réel dans le recueil de Jean-Dominique Humbert.  Ces légères, raffinées,  gracieuses et émouvantes  petites merveilles poétiques sont  à savourer avec délicatesse  … sans        modération !            

 

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18 avril 2012

Représentation de L'Amour profane

Nous avons le plaisir de vous inviter
à la prochaine représentation de

L'amour profane de Basilius Besler

mardi  24 avril à 18h30

à la librairie Écriture à Chabeuil

pl. Général de Gaulle 26120 Chabeuil — > infos en pièce jointe et sur   gaspardnocturne

 

16 avril 2012

Un spectacle et un livre

Actuellement à l'affiche

au théâtre Antoine

14 boulevard de Strasbourg

75010 Paris

Inconnu à cette adresse
avec Nicolas Vaude et Thierry Fremont

de Kressmann Taylor, mis en scène par Michèle Lévy-Bram

 


 

Inconnu à cette adresse
Kressmann Taylor
Editions Autrement  (2012)

 

 (Par Joëlle Ramage)

 

 

 

inconnu-a-cette-adresse-kathrine-kressmann-taylor-9782746702806.gifPublié en 1938 dans le journal américain Story Magazine, c'est-à-dire en pleine ascension d'Adolph Hitler, l'ouvrage de Kressman Taylor est un texte choc. De par sa densité et son efficacité, l'échange épistolaire entre Martin Schulse, galeriste américain retourné dans son Allemagne natale et Max Eisenstein, son associé et ami resté aux Etats-Unis, s'avère prodigieusement machiavélique au fil des correspondances. De lettre en lettre, on sent en effet que les événements politiques de la vieille Europe vont contribuer peu à peu à déchirer les protagonistes. La profonde amitié entre les deux hommes va souffrir de la situation politique de l'Allemagne et cette amitié fraternelle va se déliter et s'assécher au fil du temps. A l'aulne de la vingtaine de correspondances que les deux amis s'échangeront entre 1932 et 1934, on assiste à une lente mais inexorable rupture, servis par des pensées qui ne sont pas sans nous laisser des interrogations et un goût amer. Peut-être ce récit nous rappelle-t-il tout simplement que, quel que soit le siècle ou le lieu, l'intolérance et le fanatisme sont malheureusement des constantes bien humaines.

Eisenstein découvre, entre les lignes de la correspondance qu'il reçoit de son ami Schulse, que celui-ci est en train de devenir un adepte de l'hitlérisme triomphant : « Franchement, Max, je crois qu’à nombre d’égards Hitler est bon pour l’Allemagne (…). L’homme électrise littéralement les foules ; il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d’un fanatique. [...]Ici en Allemagne, un de ces hommes d'action énergiques, essentiels, est sorti du rang. Et je me rallie à lui. »

Puis la force de conviction nationale-socialiste de Schulse prend des allures beaucoup plus explicites et nettement plus incisives au fil des correspondances, qui pourrait aisément être assimilée aux premières grandes idées judéophobes du XVème siècle sous la plume de Martin Luther : « Tu dis que nous persécutons les libéraux, Max, que nous brûlons les livres. Tu devrais te réveiller : est-ce que le chirurgien qui enlève un cancer fait preuve de ce sentimentalisme niais ? Il taille dans le vif, sans états d âme. Oui, nous sommes cruels. La naissance est un acte brutal; notre re-naissance l'est aussi."

 Pourtant, au nom de l'amitié qui les a unis, il n'y a pas si longtemps encore, Max insiste. Il demande même à Martin d’aider sa petite soeur Griselle, qui est actrice dans un théâtre de Berlin... Quand les lettres qu'il adresse à Griselle lui reviennent, tout bascule irrémédiablement. Max répondra au Mal par la Vengeance...

 A travers cette correspondance fictive issue de faits réels, Kressmann Taylor, une américaine qui se dit être une simple « femme au foyer » nous révèle toutes les arcanes des êtres face à leur intériorité, dans ces contextes difficiles où l'Homme nous dit-on révèle sa véritable nature. De plus, l'Inconnu qui ne se révèle jamais, ajoute à la puissance de ce récit clair une force démoniaque.

 Joué très récemment au Théâtre Sainte Antoine à Paris, l'affiche de ce texte interroge le spectateur : en posant la question suivante : « Et quand l'horreur advient, le pardon est-il préférable à la vengeance ? »

 

 

14 avril 2012

Midi à l'ombre des rivières

 

Midi à l’ombre des rivières       
Eric Massserey  
CamPoche  (2011)     
Bernard Campiche éditeur

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

image midi à l'ombre.jpgLe lecteur-spectateur de Midi à l’ombre des rivières  d’Eric Masserey assiste à un spectacle théâtral pur et plein. Dans  cinq petits  monologues  L’Oubli, Les Noyés, La Promesse, Maison à vendre, Main gauche et un dialogue à deux voix Mon amour et moi, tout est à la fois banal et paradoxalement étrange, inhabituel, original. Ce qui importe, au premier abord,  est ce qui se passe, ce qui se dit, non pas dans un lieu théâtral traditionnel, mais dans des espaces de jeu que traversent  des petits groupes de spectateurs au fur et à mesure que les pièces se terminent. Apparemment seul compte   ce qui se passe dans ce lieu où EST le spectateur qui cohabite avec le personnage, vivant le temps d’un instant ses longs monologues lyriques, portions de sa vie, de ses pensées, révélateurs de ses émotions, comme il pourrait le faire fortuitement dans sa vie quotidienne au hasard d’une rencontre. On est dans le prolongement du quotidien, dans la théâtralité  pure : la parole de l’un, l’écoute silencieuse de l’autre. Dans L’Oubli, une femme souffrant  de prosopagnosie, explique qu’elle « ne reconnaî(t) personne » : « je vis dans l’ignorance et dans cette ignorance, il n’y a personne ». Dans Les Noyés, un coupable raconte qu’il a laissé  condamner un innocent à sa place. Chaque fois, le narrateur met l’accent  sur l’absurdité de la vie et des faits qui la constituent : « Je ne suis pas plus coupable que d’autres, que tous les autres, ou que vous. Nous sommes tout simplement,  traversés par les faits » (…) « toute la société humaine est un regrettable malentendu ». Très vite, le lecteur-spectateur se rend compte que le spectacle est total.  A l’objet théâtral pur, à ce qui se passe, s’ajoute un théâtre texte, un théâtre de réflexion sur le sens ou plus exactement le non sens de l’existence. Ce ne sont plus de simples états d’âme qui sont donnés à entendre mais des réflexions sur le théâtre avec la mise en abyme de la pièce dans  Mon amour et moi  : « MADAME. Mais on sait comment…/ MONSIEUR. Jouer à Mon amour et moi ! », sur la vie en général.

 

Dans un premier temps, le lecteur-spectateur est une peu dans un univers philosophico-existentiel, dans l’expression « naturelle » du réel d’un monde petit bourgeois qui s’auto analyse. Mais très vite, il constate qu’il n’y a pas que cela,  qu’en plus  le narrateur  jongle avec les sons, les mots : « Mon nom est Claire. C’est drôle, non ? On me disait : « Ton nom éclaire », en crée de nouveaux (« On se câlinoute, mamouroute »). Il joue avec l’écriture, avec  le rythme des phrases souvent proches du vers ou du verset, avec le texte,  plongeant le lecteur-spectateur dans un univers poétique et onirique.

 

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01 avril 2012

L'Amour profane de Basilius Besler

 

L’Amour profane de Basilius Besler    
Isabelle Pouchin      
(Gaspard Nocturne,  2011)

 

 (par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

image amour.jpgLa réalité offerte par Isabelle Pouchin dans le sublime poème-récit L’Amour profane de Basilius Besler s’élabore à travers le circuit de la mémoire, de l’imagination et des images extraites de l’herbier de Basilius Besler,  véritable  « fête pour les yeux ». La narratrice part des verbes « voir » puis « imaginer » (« Je vous vois penché sur le dessin de cette fleur/dite ‘le désespoir du peintre’/ je vous imagine ainsi/ penché sur votre table (…) ») pour plonger le lecteur dans le passé. A partir de ces verbes, le texte fabrique le souvenir et l’émerveillement. Les mots installent la présence du passé, du vécu, de l’Histoire.

 

A la société cahotique des Etats germaniques du XVIe siècle  gouvernés par le « prince-évêque »,  bouleversée par les guerres : « parce qu’il faut bien dire que depuis toutes ces/ guerres intestines, qui déchirent votre pays,/ voire l’Europe entière, depuis que la mesure de/ tout, c’est la grande triperie générale/ l’énorme ferraillement/ le sang » s’oppose la vie paisible, harmonieuse de Basilius Besler, humaniste (« vous êtes de ces humanistes qui ont foi en/l’homme, en ses progrès »), médecin, éditeur (« parce que vous êtes également éditeur à Nuremberg ») et surtout botaniste passionné qui dessine avec amour et précision un grand herbier dont « Jungermann » rédige  « la partie scientifique ».

 

La narratrice s’adresse directement à la deuxième personne du pluriel au botaniste rendant cet absent fictivement présent. Tout un glissement s’opère entre le vécu et l’onirique. La narratrice joue de façon magique avec les mots. Le texte constitue une véritable plongée dans le lyrique. Le portrait du protagoniste, ses actions, les plantes qu’il soigne et dessine sont liés à un présent total qui permet de vivre la vie de cet homme du  XVIe siècle en temps réel : « vous descendez maladroitement les terrassements vous n’êtes plus très jeune, vous êtes même perclus de rhumatismes ». Et de temps à autre, les souvenirs d’enfance  affleurent à l’esprit de Basilius Besler, glissant l’imparfait  dans les présents : votre frère aîné, c’était le plus rapide à la course/ il avalait les venelles les près/ et de ces bonds plus sûrement qu’un lièvre le frère aîné, de toute façon, toute sa vie fut un coup de sang/ (…) ».    
En admirant son jardin, en le cultivant, en dessinant chaque fleur, Basilius Besler matérialise la beauté des lieux, mais aussi le déroulement du temps, faisant voyager le lecteur  du présent au passé. Concomitamment, le récit-poème dissémine dans l’histoire romanesque des fragments d’Histoire. L’univers sublime des fleurs se brise alors contre   la violence des guerres de  religion : « quand les Eglises et les princes sont les grands responsables de ces étripailles ». Mais pour Basilius Besler, la fleur n’est plus seulement le fruit du Créateur, elle est un pur objet esthétique, véritable memento mori,  (« les peintres glissent souvent une fleur dans leurs Vanités/ à côté du crâne ») symbole  de la fragilité de la vie.

 

La musicalité des mots, les rimes intérieures, les assonances, (en « b » et en « p » par exemple dans « vous regardez la fleur longtemps/ son balancement à peine/cette bleue flottaison, bellement bale bulle/ vous ne touchez pas/ vous ne respirez plus/ vous cédez là ici maintenant, ce bleu pinacle/ »,  les onomatopées,  les synesthésies (« vous mâchez ce pot-pourri qu’est le jour – galette citron vase menthe (…) », le rythme des versets libérés à la faveur d’une ponctuation rare, leur fluidité et leur effet de rupture,  la puissance évocatrice des images, des figures de style comme les métaphores, les anaphores se mettent au service de ce « débordement de la beauté ». Dans la coulée des images, dans le jeu des mots, des archaïsmes  introduisent toute une noblesse que vient parfois faire grincer un mot familier tout comme la beauté luxuriante des fleurs sera profanée au XIXe siècle  par la violence humaine : « Serait-il cruel de vous apprendre que votre/jardin d’Eichstätt, monté au fil des saisons/ comme un véritable Eden/ cet hortus conclusus émaillé de lis, de roses, de mandragores qu’on voit en de certaines tapisseries du Moyen Age/ ce jardin bourré d’œillets, de voilettes de Parme, de barbes-de-bouc, de réséda bâtard/ débordant d’herbe-aux-sorcières, d’aconit-tue-loup, d’iris, de bleuets, de tanaisie/ de tomates, de groseilliers, de pivoines, ce jardin a été complètement rasé en 1802, lors de la sécularisation des biens du clergé/ saccagé retourné ravagé  par des bouffeurs de curés, armés de piques de pioches de haches de faux (…) »

 

Le chant des mots, des touches de couleurs vives, des camaïeux  faisant  jouer le mouvement, le flamboiement ardent du soleil, les parfums naturels de ce jardin porteur de vie, de cette nature sublime immortalisée dans l’herbier, tout ce cocktail de sensations,  engendrent la rêverie et construisent un univers onirique permettant d’oublier la laideur de ce   XVIe siècle qui s’écrit sur un fond de guerres de religion  où dominent les forces de la mort. La Beauté fragile de la nature apporte non seulement la joie et l’espoir, mais elle  permet aussi de lutter contre la peur et l’intolérance.

 

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31 mars 2012

Le poids du papillon

 

Le poids du papillon  
Erri de Luca       
Gallimard (2O11)

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

image le poids.jpgLe récit poétique d’Erri de Luca, Le poids du papillon,  est un hymne à la beauté des Alpes italiennes, un  hommage à la nature. Ce petit ouvrage de  soixante neuf pages aussi léger que le papillon blanc, « pétale battant au vent sur la tête du roi des chamois »,  raconte la relation mortifère entre deux « rois de la montagne » : un vieux braconnier et un   chamois dont le chasseur a tué la mère une vingtaine d’années plus tôt : « Sa mère avait été abattue par un chasseur. Dans ses narines de petit animal se grava l’odeur de l’homme et de la poudre à fusil ». Ces deux seigneurs des sommets rivalisent de hardiesse et d’agilité : « Il avait suivi des cerfs, des chevreuils, des bouquetins, mais plus de chamois, ces bêtes qui courent à la perfection au-dessus des précipices. Il reconnaissait une pointe d’envie dans cette préférence. Il avançait sur les parois à quatre pattes sans une once de leur grâce, sans l’insouciance du chamois qui laisse aller ses pieds, la tête haute. L’homme pouvait aussi faire des ascensions bien plus difficiles, monter tout droit là où eux devaient faire le tour, mais il était incapable de leur complicité  avec la hauteur. Eux vivaient dans son intimité, lui n’était qu’un voleur de passage ». Un  parallélisme constant se poursuit dans tout le texte entre ces deux êtres solitaires. L’homme évolue exilé dans la montagne afin d’échapper à la conversation de l’Autre, vivant une espèce d’expérience des confins, triomphant des éléments comme les chamois agiles. Le chamois, quant à lui,  subsiste, loin des siens : « Il gardait ses expériences pour lui. Ayant grandi sans troupeau ( …) ». Tous deux font face aux infinies splendeurs de l’espace, satisfaisant leurs désirs de beauté, de liberté, d’absolu.  Mais l’un donne la vie à des fils « poussés de ses flancs »,  l’autre sème la mort : « L’homme en avait tué plus de trois cents (…) vendait la peau aux tanneurs, la viande aux restaurants (…) ». Et tous deux s’observent, se narguent, animés par la volonté de l’emporter sur l’autre : « Dans l’ombre, le roi des chamois se moquait de lui depuis des années ». Cependant  l’animal, plein de sagesse,  donne des leçons  à l’homme : « Les animaux vivent dans le présent comme du vin en bouteille, prêts à sortir. Les animaux savent le temps à temps, quand il est utile de le savoir. Y penser avant est la ruine de l’homme et ne prépare pas à être prêt. ». Il lui apprend, bien que trop tard,  le respect de la vie : « La bête l’avait épargné, lui non. Il n’avait rien compris de ce présent qui était déjà perdu. C’est à ce moment-là que la chasse prit fin pour lui aussi, il ne tirerait plus jamais sur d’autres animaux ». Une grandeur exceptionnelle se dégage du  chamois  par la confrontation avec la mort dans ces montagnes majestueuses et gigantesques.  Malheureusement,   dans cette espèce d’irréductibilité de l’existence, la nature deviendra tombeau pour l’un et pour l’autre.
La traduction  poétique de Danièle Valin, empreinte d’une puissante émotion, n’enlève rien à l’âme du texte original.

 

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25 mars 2012

Conférence de Karima Berger

L'association des AMIS D’ETTY HILLESUM

www.amisdettyhillesum.fr

vous invite à une conférence de

KARIMA BERGER

 

ETTY ET LA PETITE MAROCAINE

ou l'apprentissage de l'altérité

 

le samedi 31 Mars à 15 h

Au Forum 104

104,  rue de Vaugirard, Paris 6ème

(métro Saint Placide – ligne 4)

ENTREE LIBRE (participation souhaitée)

amisdettyhillesum@gmail.com

06 70 88 07 87

24 mars 2012

L'autre enquête sur l'enlèvement et la mort des moines de Tibhirine -

 

Après le film « Des hommes et des dieux » - l'autre enquête sur l'enlèvement et la mort des moines de Tibhirine -  
Jean-François SOFFRAY

(Editions GOLIAS, mai 2009)

 

(Par Joëlle Ramage)

 

 

 

 

image moines.jpgEn ces temps troublés où le fanatisme religieux semble prendre une part léonine dans la vie des peuples, il est bon de se souvenir des moines de Tibhirine, à la foi vivifiante et à l'action vraie.

Dans ce mince ouvrage d'investigation, l'auteur, Jean-François Soffray, rédacteur à la revue Golias, nous dit que « les moines de Tibhirine ont retrouvé leur actualité bienfaisante ». Nous aimerions en effet croire qu'il existe de par le monde de tels ancrages de foi où la bonté et la générosité contenues dans les paroles du Livre trouvent leur application dans des gestes simples : une main tendue à l'Autre, une écoute attentive, un geste d'amour...et ce, quel que soit cet Autre, ami ou étranger ou même ennemi. Car, par-delà leur tombe terrestre, ces moines nous offrent le plus merveilleux exemple qui soit de la profondeur du dialogue interreligieux.

 

Avec le film exigeant« Des hommes et des dieux » la plupart d'entre nous connaissent la vocation de ces sept moines disparus tragiquement, qui avaient fondu la diversité de leur vie dans une spiritualité commune et authentique, au service du peuple algérien.

L'universalité de la foi devrait appeler à une tolérance active ; il n'en fut rien à Tibhrine, ou plutôt cette tolérance fut massacrée avec le massacre des moines.

L'ouvrage de Jean-François Soffray relate l'enquête ouverte après l'enlèvement des religieux et leur disparition, une enquête minutieuse et complexe qui lève quelques pans sur la « raison d'Etat ». Quelques seize années après cette tragédie insondable, les moines de Tibhirine n'en finissent pas de nous rappeler que la classe politique en France est toujours fractionnée sur la question de l'intégrisme islamique.

 

Agnostique ou croyant, il n'est pas inutile de lire ou de relire la prière à l'accent universel du Père Christian de Chergé, composée avec un hôte musulman de la Communauté :

 

Seigneur unique et tout‑puissant,

Seigneur qui nous vois,

toi qui unis tout sous ton regard

Seigneur de tendresse et de miséricorde,

Dîeu qui es nôtre, pleinement,

apprends‑nous à prier ensemble,

toi, le seul maître de la prière,

toi qui attires le premier ceux qui se tournent vers toi.



Les vagues m’assaillent,

ordonne la paix!

Seigneur, sauve‑nous, nous périssons

Mets ta lumière en mon coeur, illumine ma route.

Mets une lumière dans mes yeux,

une lumière sur mes lèvres,

une lumière dans mes oreilles,

une lumière dans mon coeur...

 

Je ne te demande pas la richesse;

je ne te demande pas la puissance ni les honneurs...

Je ne te demande que l’Amour qui vient de toi,

car rien n’est aimable en dehors de toi,

et nul ne peut aimer sans toi.

Je veux t'aimer en tout.

L’amour est la source, l'oeil de la religion,

l'amour est la joyeuse consolation de la foi.

Tout est simple quand Dieu conduit.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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11 mars 2012

Le Patient du docteur Hirschfeld

 

Le Patient du docteur Hirschfeld      
Nicolas Verdan  
Bernard Campiche éditeur (2011)

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

image patient.gifLe Patient du docteur Hirschfeld  de Nicolas Verdan, ouvrage peu conventionnel, évoque le sort des Juifs homosexuels sous le régime nazi : judaïsme  et homosexualité, deux tares à éradiquer sous le troisième Reich. Dans ce roman, la fiction se fonde sur le réel.  Chaque chapitre s’ouvre sur une indication locale et temporelle précise, quasi journalistique, « Berlin, 28 février 1933 », « Zurich, 2 octobre 1958 », « Tel Aviv, 12 octobre 1958 », « San Carlos de Bariloche, 15 octobre 1958 », projetant le lecteur dans l’action et le vécu passé et présent de personnes ne correspondant pas toujours aux normes imposées par le paragraphe cent soixante quinze du code pénal allemand. Le  lecteur revit l’intolérable et ignoble violence nazie non seulement contre les Juifs, les homosexuels, les êtres n’ayant pas le profil conforme aux critères nazis,  mais aussi contre les anciens amis du régime, les SA lors de la nuit des longs couteaux, pas encore nommée ainsi  par les témoins de la narration : « Pour ces miliciens qui se croyaient invincibles, l’humiliation était consommée. Attachés, jetés en cage, pour ainsi dire, dans ce donjon qu’ils avaient cru imprenable, au sommet du Reich, ils se retrouvaient livrés pieds et poings liés aux SS leurs compagnons de jeu qui allaient décharger sur eux des années de violence contenue ». Après avoir été choyés par le régime, « ces hors-la-loi, patentés par le régime (…), aventuriers, garnements, fêtards, chômeurs, assistés » deviennent sa cible. 

 

Cependant, Le Patient du docteur Hirschfeld   n’évoque pas seulement les groupes politiques, il traite  aussi des individus. Il s’agit  essentiellement dans  cet ouvrage de l’histoire d’un membre de la Waffen SS,  Karl Fein,  qui, en 1933, doit  retrouver « une liste comportant près de quinze mille noms ».  En effet, le  docteur Hirschfeld, l’un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle, faisait remplir à chacun de ses patients un questionnaire. Karl Fein doit absolument dénicher  ce document compromettant  pour lui avant « les enquêteurs de la police secrète », car « les services de renseignements n’allaient pas tarder à visiter l’Institut de sexologie (…) »  et  « la saisie des listes de patients de Hirschfeld pouvait signifier la fin de sa carrière, voire pire ». Mais ce document a disparu et une vingtaine d’années plus tard, en 1958,  il intéresse encore  certains membres du  Mossad qui ont des comptes à régler avec d’anciens nazis : « jusqu’ici, la chasse aux nazis s’est faite dans l’ombre. Israël, officiellement, ne s’intéresse pas à la poursuite des criminels de guerre, n’ayant pas encore les moyens d’organiser un tribunal pour juger les bourreaux ».Sous le troisième Reich, à proximité des casernes se trouvaient des « clubs pour travestis » et homosexuels où les sous officiers et les soldats de la Weirmarch  allaient  chercher des compagnons de plaisir. « Rudoph Hess »,  par exemple, « se faisait appeler Schwarze Maria lorsqu’il sortait dans (ces) clubs ».  Et c’est ainsi que « Toute la faune la plus bizarre de Berlin avait passé dans (le) bureau »  du docteur Hirschefeld.  
Les SS, « les nouveaux gardiens de la morale » procèdent alors à leur « noble tâche de purification »,( non sans avoir essayé de violer pendant leur nettoyage un travesti ! ) et procèdent à des bastonnades, des meurtres, des autodafés : « Richard von Krafft-Ebing, Henry Havelock Ellis, Magnus Hirschfeld, Sigmund Freud, Albert Moll, Helene Stöcker, Wilhem Reich, des auteurs illustres, mais inconnus de cet escadron de purificateurs en culottes courtes, des centaines d’autres noms, inscrits sur la jaquette d’une immense bibliothèque, près de vingt mille ouvrages, tout un savoir raflé, traîné dans la rue, dans la puanteur des gaz d’échappement et les cris. ». Les êtres humains, la culture sont sauvagement détruits.
Le Patient du docteur Hirschfeld    est non seulement un témoignage historique, une dénonciation ironique et réaliste de l’absurdité de la guerre  et de la religion qui la légitime : « ah ! qu’elle était belle la famille allemande ! ses enfants blonds couverts de sang, airs beaux, purs, de noble extraction, même dans la boue, la bouche ouverte, cadavres frigorifiés, écrasés, aplatis par les chenilles de char, plus de tête, plus qu’un bras, deux jambes en moins, encore deux jours à vivre, trois heures, extrême onction, le corps du Christ, son sang, Sainte Vierge, tous les saints pour les damnés.»  L’antiphrase confère au texte un registre ironique insistant sur le caractère meurtrier, macabre, stupide de cette idéologie. Mais c’est aussi un ouvrage multiple où règne un suspens suscitant l’intérêt et la curiosité du lecteur. En même temps, il   milite  pour le respect de la différence  religieuse, sexuelle, pour le respect de l’être humain, pour la liberté de penser prouvant que les « dignitaires du Reich craignait(…) (l)es  livres (…) parce qu’ils étaient porteurs d’une affirmation individuelle, parce qu’ils mettaient en avant la singularité de l’être, l’indépendance de l’âme et de l’esprit, parce qu’ils isolaient le lecteur du groupe, parce qu’ils éveillaient sa résistance à toute forme d’endoctrinement de masse. » Il dénonce le sionisme : « (…) je ne crois pas que le sionisme délivre un jour notre peuple de ses souffrances. (..) Parce qu’en Palestine les Juifs font une erreur magistrale en menaçant le territoire des Arabes. »,  il prône la paix entre les peuples : « les Juifs n’auront pas la paix tant qu’ils ne feront pas la paix avec les Arabes  Nous n’arriverons à rien par la force. Au fond (…), je ne crois qu’à la cohabitation entre les peuples. ».

 

Le Patient du docteur Hirschfeld de Nicolas Verdan révèle au lecteur une vérité historique encore peu connue du grand public,  lui permettant ainsi  de s’ouvrir à l’Autre, au différent. Ce livre qui capte parfois l’indicible est avant tout un message d’amour à l’égard de  l’humaine condition.



Le site de Nicolas Verdan: www.nicolasverdan.ch

 

 

 

 

 

 

 

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26 février 2012

Les Yeux safran

 

Les Yeux safran        
Antonin Moeri    
Bernard Campiche éditeur (2011) 
CamPoche

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

Ile_vignette.jpgLes éditions Campiche se déclinent désormais aussi en éditions CamPoche afin de redonner vie à des ouvrages parus quelques décennies précédentes. En effet,  Les Yeux safran d’Antonin Moeri  ont déjà été publiés une première fois en 1991. Dans ce micro roman, un anti-héros, un être médiocre, « je suis un raté qui songe au suicide, qui ne peut trouver un sens à sa vie, puisque j’incarne le véritable raté, celui qui est incapable d’avoir une maison, de l’argent, une épouse, des rejetons (….) je végète comme une larve gluante (….) » qui évolue dans un monde où les objets eux-mêmes sont agressifs à son égard : « Je ressentis un désir violent : celui de mourir à l’instant, de quitter un monde cruel et irrespirable dans lequel hurlent sans cesse les haut-parleurs qui me fendent la peau comme des martinets habilement maniés, un monde où règne sans discontinuer la cacophonie la plus révoltante, la plus infernale et la plus meurtrière. » évoque la lente dégradation de sa mère menant à une mort inexorable. Le narrateur donne à voir mémoriellement le douloureux itinéraire du corps souffrant de sa mère, autrefois une femme belle et cultivée : « Cette femme que j’avais connue si belle, parlant jusque tard dans la nuit des derniers quatuors de Beethoven, de la sonate en mi mineur de Fauré, du divertimento en mi bémol majeur de Mozart, fallait-il que j’entende ses rots, ses vents et ses interminables borborygmes ? » L’accumulation de termes négatifs  décrivant le lent dépérissement maternel traduit le refus d’une réalité inéluctable et insoutenable, la mort qui réifie ce qui a été un être pensant, aimant, sensible, « … celle qui avait cessé de respirer, qui n’était plus, comme on dit ; qui n’était plus un être, mais alors était-ce une chose ? ». Mort encore plus inacceptable quand il s’agit de  celle d’une mère, dans un univers sans Dieu : « l’idée de salut ne m’a jamais effleuré ». Dieu, appelé « l’omnipotent »,  n’existe pas pour le narrateur ou alors il est présenté  dans des périphrases remplies de dérision : « Je voudrais que la mort soit un cadeau, la dernière surprise que me réserve le créateur des plantes et des cloportes, des vers et des arbres, des chiens et des rats ».Non seulement vivre n’a plus de sens, mais  donner la vie à un enfant n’a rien de sublime, c’est au contraire  un acte « effrayant » pour le narrateur.       
Le lecteur plonge dans les arcanes d’un moi souffrant qui expose ses pensées, ses questions, ses émotions, ses sentiments dans un flot ininterrompu de paroles, mêlant présent, passé récent et passé lointain. La chronologie se disloque. Les digressions abondent, déroutantes. Le temps dérive, aboli par rapport à un moment charnière, la mort d’une mère. Cette autofiction est l’histoire de la vie plus que celle d’un personnage. Le lecteur est confronté aux questions, aux angoisses de tout être  humain dans un univers privé de transcendance.   Comme il est très  loin du héros romanesque dynamique et ambitieux du XIXe siècle, ce narrateur anonyme et ordinaire à la psychologie complexe !          
L’écriture elle-même est complexe. Les styles direct, indirect, indirect libre se mêlent sans transition, tricotant présent et passé dans des chapitres denses dépourvus des paragraphes et des dialogues propres au roman traditionnel. Dans cet univers mortifère et compliqué, l’humour est cependant loin d’être absent.    De nombreux clins d’œil au lecteur traversent le récit, comme lorsque le narrateur évoque la comédienne dont la « voix (est) travaillée à la cigarette », le fiancé de sa sœur dont les « idées ne sont jamais très claires, comme celles de tous les génies méconnus » ou lorsqu’il critique le théâtre de l’absurde dépourvu d’histoire, de décor, réduit à émettre des sons rythmés mais incohérents : « Elle entendit l’actrice psalmodier flux, reflux, flot reflot flot. Elle la vit imiter les battements d’ailes d’un oiseau de proie, elle constata l’absence de mise en scène et l’extrême laideur du décor. Elle s’endormit quelques fois, même  très profondément (…) ». Son goût de la caricature apparaît dans la constante animalisation des humains à travers une multitude de métaphores et de comparaisons : « quelle surprenante arrogance de roquet chez cet âne accoutumé au silence », « le fiancé (…) ressemble à une souris égarée sur le carrelage froid d’une salle de bain »,       une femme possède  « une taille fine d’insecte »… L’animalisation se poursuit dans le dernier chapitre avec  un songe qui, brouillant la limite entre le réel et l’imaginaire,  introduit une note fantastique et kafkaïenne  quand le narrateur devient un fragile oiseau observant « un immense pré de la couleur qui, désormais, symboliserait pour (lui) la mort : jaune safran ».

 

 

 

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12 février 2012

L'île intérieure

 

L’île intérieure. 
Antonin Moeri    
Bernard Campiche éditeur, 2011  
CamPoche 

 

 

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

Ile_vignette.jpg L’île intérieure d’Antonin Moeri donne à entendre le flot  ininterrompu de la conscience d’un narrateur anonyme sous l’emprise d’une sorte de nouveau « mal du siècle », révélateur de profondes insatisfactions physiques, mentales, sociales. Ses portraits constamment négatifs peignent son enveloppe corporelle malingre et peu avenante : « ma poitrine creuse de phtisique, mes longues jambes blanches et lisses, mes cheveux hérissés comme les crins d’une brosse à habit. » Son mal être transparaît tout au long des pages : « Partout je promène avec nervosité ma présence ahurie, celle d’un homme qu’on peut  très justement qualifier de trop ». « J’ai  toujours été l’être veule, sournois et cruel ».Les états successifs de ce personnage complexe, ambivalent, en proie au dégoût : dégoût de la vie (« Mon dégoût inné de l’existence… »), dégoût  devant une société hostile et opaque, gangrénée par l’absurde, (Aurai-je la force, la patience et le courage d’affronter la bêtise, la méchanceté et la cruauté des fonctionnaires sadiques, pervers et ignobles ? Aurai-je l’audace d’affronter leur haleine fétide, leur regard torve, leur grossier langage, la vulgarité de leurs manières », se succèdent divers et variés. L’Autre  provoque en lui répulsion et nausée : « Mon dégoût des hommes étant chez moi plus violent qu’aucun autre sentiment ». Les pensées, les perceptions, les souvenirs de cet anti-héros  constituent la matière essentielle de ce roman dense dépourvu  de paragraphes et de dialogues. Mais cet être qui n’est médiocre que dans sa conscience d’être médiocre et dans l’image négative que lui renvoie sa mère,   ne délivre pas qu’un seul regard sur la réalité. Il rapporte aussi les propos négatifs au style indirect libre  d’autres personnages. Ces insertions  à vocation essentiellement psychologiques et sociologiques rendent parfois difficile l’identification du locuteur.

 

Ce narrateur est irrémédiablement seul malgré les êtres qui évoluent autour de lui. Uniquement, sa sœur, absente intensément présente, partie lumineuse de lui-même, son double positif, (« pensant à ma sœur, à l’élégance de ses toilettes, à son visage grave, ardent et noble… ») rompt  sa solitude (« sa présence imaginée à mes côté ») et illumine sa vie. Une espèce de jeu de miroir s’instaure alors : la sœur absente étant vue et entendue à travers le regard et les paroles du frère qui l’admire et l’aime intensément révélant  une relation inconsciemment incestueuse puisqu’il souhaite que la fille avec laquelle il « voudrait vivre » « ait (s)es yeux ».

 

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18 janvier 2012

Une leçon de flûte avant de mourir

 

Une Leçon de flûte avant de mourir.

 

Jacques-Etienne Bovard      
Bernard Campiche éditeur, 2011
(CamPoche)

 

 (Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

 

 

Une_lecon_camPoche_vignette .jpgJacques-Etienne Bouvard  dans Une leçon de flûte avant de mourir sonde les âmes et propose une subtile analyse psychologique d’humbles  locataires d’un petit immeuble vétuste de Lausanne sous la férule d’une gardienne, « vieille concierge acariâtre », «caricature de concierge »,  « autoritaire et revêche pipelette ». Le narrateur  observe les  scènes, souvent médiocres et mesquines de la vie quotidienne de ces  modestes personnes, révélatrices d’une souffrance intérieure cachée sous des dehors agressifs et sournois.  Mais emporté par le maelstrom de la vie, il ne sait voir cette intériorité brisée, ce qu’il regrette  maintes fois  lorsqu’il écrit ses souvenirs : « mais si j’avais daigné la regarder mieux, si j’avais vu sous la caricature le personnage… ».    « Oui, j’aurais dû mieux regarder ce visage creusé, blêmi de colère, mais plus encore d’angoisse… ».   Ces multiples interventions du narrateur sont autant d’indices annonciateurs de la fin, laissant pressentir la tragédie finale.       
Jacques-Etienne Bouvard se sert de toutes les couleurs de la palette du peintre, de toutes les gammes du musicien, de  tous les relents  de la misère (« « L’odeur, dès l’entrée, m’a pris à la gorge, assaut de remugles plutôt, mazout, sueur, huile à frire, tabac froid, vieux pipi mêlés. L’odeur de la saleté, puis  leur aura de miséreuse solitude… »)  pour  donner à voir, à entendre et à sentir la  vie de ce petit monde, rassemblé dans l’univers clos de ce vieil immeuble. Mais il raconte avant tout l’amitié entre deux êtres, l’un au début de sa vie, un jeune étudiant de vingt trois ans, Gilles Vanneau  (« moi j’avais la vie devant moi »),  l’autre à la fin de la sienne :  un vieillard de quatre-vingts ans, Edouard Laroche,  tous deux unis par la même passion,  la musique, esquive mélodieuse et onirique  à la petitesse  du quotidien. Echappatoire sublime,  « sempiternel combat de l’art contre les contingences quotidiennes, de la grandeur contre la mesquinerie »,   lutte « entre un Guadagnini et  un balai de cuisine » qui donnent un sens à la vie du jeune homme: «.. . le violon ne quitterait plus ma vie, il en serait même un des piliers… » et à celle du vieillard : « cette espèce de marotte n’est rien d’autre pour moi qu’une question de vie ou de mort ».

 

En effet, dans Une leçon de flûte avant de mourir,  la solitude des personnes âgées (« le vieil homme si seul. »), le sentiment de  leur inutilité, (« … l’insurmontable, le dernier cercle du désespoir, c’est le sentiment de n’être plus d’aucune utilité, pire encore de n’avoir plus aucun sens pour personne… »), l’angoisse de se retrouver dans un « home », antichambre de la mort, montrent de façon émouvante la vieillesse vouée à une inéluctable et intolérable finitude imminente, à un  temps inexorablement compté opposé à la jeunesse et à tous ses possibles. Une jeunesse capable cependant  d’apporter de la joie, du bonheur, de l’espoir à un être en fin de vie : « Tu me métamorphoses, Gilles ! »

 

L’écriture vivante, rythmée,  musicale  de Jacques-Etienne Bouvard mêle tendresse, pathétique et humour.  Le vocabulaire esthétique de la musique créateur d’un univers harmonieux et intemporel, de « jubilation d’aisance, de plénitude retrouvée »,  se conjugue  à la langue familière et humoristique de la gardienne : « …elle avait bien vu de l’air dans la vie, ses enfants partis au diable vert, sans compter que la santé allait plus trop fort, des trucs au cœur, des extrabristols, il avait dit le docteur… ».  Sous la plume du narrateur les sensations auditives deviennent tactiles  (« sa voix de clarinette glacée »), les couleurs vibrent et les émotions emportent le lecteur.       

 

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29 décembre 2011

Une bouteille à la mer

 

Une bouteille à la mer        
Un film de Thierry Binisti (2012)  
avec Agathe Bonizer, Mahmoud Shalaby, Hiam Abbass.

 

(par Elias Abou-Mansour)

 

 

 

Une-bouteille-a-la-mer_image.jpgLe film Une bouteille à la mer de Thierry Binisti présente le tableau synoptique des deux sociétés belligérantes israélienne et palestinienne. Tal, une jeune israélienne, d’origine française, bouleversée  et perturbée après un attentat meurtrier dans son quartier, mais récalcitrante à la haine,  veut comprendre. Elle écrit alors une lettre, destinée à un éventuel palestinien,  qu’elle glisse dans une bouteille et que son frère, un soldat, jette à la mer. Naïm, un jeune palestinien va répondre. Commence alors un échange épistolaire entre les deux adolescents. Ainsi le film dévoile la vie de Tal et de Naïm et à travers ces deux prismes fait connaître les jeunesses israélienne et palestinienne. Les jeunes israéliens profitent des loisirs procurés par la société tandis que les Palestiniens trainent dans l’oisiveté et   le désoeuvrement. L’humiliation, la coercition, les contrôles et l’insécurité sont leur lot quotidien. S’évader de cette médiocrité taraude de ce fait l’esprit des Palestiniens. Naïm rêve de partir en France. Le Centre Culturel français de Gaza est son échappatoire. De même, la langue française véhicule, pour lui, la liberté, l’évasion et un avenir meilleur. Cet échange épistolaire dévoile donc aux spectateurs deux mondes diamétralement opposés. La société israélienne opulente et occidentalisée tandis que Gaza est écrasée sous le joug de la misère, de la privation et de l’humiliation. Gaza constitue une vaste prison. Dans cette bande de terre exiguë, la population palestinienne comptant un million six cent mille habitants vit dans la promiscuité et la pauvreté.
Thierry Binisti, le réalisateur décrit un amour impossible entre Tal et Naïm. Ils ne pourront jamais se rencontrer, les deux sociétés étant en guerre.  Et une atmosphère de haine obscure sépare les deux camps. Tal et Naïm vivent un dilemme où s’opposent sentiments et fidélité au groupe auquel ils appartiennent, le Hamas pour Naïm. Durant la guerre, la société peut-elle être tolérante ? L’amour ne devrait avoir ni loi ni frontières. Or les parents de Tal s’opposent à cette politique d’ouverture, au rapprochement des deux sociétés. De même à Gaza, la communauté s’immisce dans la vie de l’individu qui doit se fondre dans le creuset national. La société dicte alors à Naïm son comportement. Elle lui impose ses interdits. Si Naïm brave les tabous, il sera suspecté par le Hamas de trahison. Son cousin  le blâme. Au café, on l’accuse, on le suspecte. Dans la société arabe, l’individu peut-il garder toute sa liberté, son autonomie devant la communauté, la Oumma ?  
La communication grâce à internet de Tal et de Naïm  fait penser au rôle joué par le courrier électronique dans les révolutions arabes. Ces révolutions, qui  ont secoué la léthargie des masses arabes et lézardé les tyrannies,  doivent leur succès aux réseaux sociaux. Ces derniers permettent d’élaborer des mesures et des méthodes de résistance civile comme en Syrie par exemple, de diffuser l’information à l’extérieur.
Thierry Binisti, le réalisateur d’Une bouteille à la mer, donne la parole aux modérés au détriment des radicaux. Il veut insinuer que la paix est toujours possible. Son regard est objectif, loin de tout dogmatisme et de toute haine. Il filme les deux sociétés avec réalisme et laisse le spectateur se forger son propre jugement. Ce film prouve que l’avenir d’Israël est dans la paix et non pas dans les guerres préventives.

 

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23 décembre 2011

Evasion à perpétuité. Thierry Luterbacher

 

Evasion à perpétuité
Thierry Luterbacher
Bernard Campiche Editeur (Août 2011)

 

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

Evasion_a_perpetuite–vignette.jpgLa jaquette du roman Evasion à perpétuité de Thierry Luterbacher offre au lecteur une peinture à l’acrylique de l’écrivain. Cette toile concrétise les concepts d’évasion et de manumission avec lesquels le romancier joue dans tout l’ouvrage qui constitue un véritable hymne à la liberté, à l’amitié, à la vie.  Deux  poissons, un  rouge et un  bleu, symboles d’une liberté totale, nagent en plein air.  Cernés par la luminosité du jour, ils se détachent, lignes courbes et souples,   à l’extérieur de l’obscurité, hors d’un intérieur fermé par les lignes droites et rigides d’une fenêtre et d’une porte sombres. Ce petit fretin ne représente-t-il pas Emile Thyphon, le héros absent intensément présent du roman  en perpétuelle quête de liberté ?

 

Evasion à perpétuité évoque la « la bande du Foyard…Odile, Angèle, Louis, Arthur, Théodore, Philippe, Thomas, Paul, Lison, Joseph, Margaux et Emile. », un groupe d’amis fidèles et dévoués qui  « s’était constitué() naturellement autour d’Emile dès la petite enfance». Le lecteur voit, entend Emile à travers la voix et les yeux présents et passés de  ses amis, à travers leurs bribes de vie simple,  laborieuse et surtout  monotone sans lui.  Emile est un hors la loi.  Cependant, il «n’(a) jamais tiré sur personne ». Il agit pour « la beauté du geste », pour se prouver qu’il est libre et pour le rester. « Voler (…) Un beau mot, pensait-il, un sens complète l’autre. Voler en volant… ». Assailli de défis, Emile refuse d’être sous l’emprise des carcans de la société, de ses contraintes arbitraires : « il est moins dur à payer que de passer sa vie sur du vide derrière un bureau ou une chaîne de montage… c’est ça la prison à vie. Moi, si je suis condamné à perpétuité, c’est à l’évasion ».  Mais surtout Emile, pour les habitants de son village, pour ses amis, est un « mythe ». Un simple de ses regards apporte réconfort, bonheur. Emile transfigure le réel et les êtres : « Les yeux d’Emile disaient qu’il suffisait de croire que la vie pouvait être extraordinaire pour qu’elle le devienne ». Il existe tout un pouvoir rédempteur, salvateur chez ce hors la loi  doté d’ «une aura mystérieuse ». « Sa  présence dissolvait l’ennui, anoblissait l’existence de celui qui se pensait moins que rien, persuadait de sa beauté celle qui se trouvait laide. Il suffisait de rencontrer Emile et un quelque chose d’indéfinissable enchantait la journée la plus morose.  (…) « Emile sacralisait les anonymes, les forçats de la routine… ». « Le miracle d’Emile, c’est qu’il rendait les gens extraordinaires ».  Paradoxalement, tout un aspect christique règne en  lui. Comme le Christ, Emile apporte la joie, l’espoir, le réconfort, le soutien. Il aide les plus démunis. Les nombreuses connotations religieuses le concernant (« Emile était le paradis et auprès de lui, on devenait le paradis. Les limites du bien et du mal disparaissaient » insistent sur cette personnalité généreuse, altruiste opposée à la morale traditionnelle de la société : « il affranchissait chacun des lois  immuables de la contrainte, de la morale, de ce qui se faisait et de ce qui ne se faisait pas ». Les derniers mots d’Emile sont  même ceux de Jésus : «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. ». Le narrateur insiste maintes fois sur cet aspect rédempteur : « La rédemption n’était pas pour Emile de porter l’iniquité de nous tous mais de nous délivrer en se chargeant des rêves du monde »

 

Dans cet ouvrage où les valeurs sont inversées,  une écriture poétique (« … la broderie du  gel (…) enrobait les arbres dénudés avec, au- dessus, l’espace immense aux fondus gris et bleus vibrant de cristaux ») et une écriture blanche s’imbriquent, rythmée par des lambeaux de chansons (« tout doucement sans faire de bruit »),  parsemées de  quelques mots familiers qui font dérailler le texte en introduisant une note réaliste. Evasion à perpétuité de Thierry Luterbacher est un livre plein d’espoir et de beauté car il parle de l’amitié lointaine d’un groupe de jeunes épris de liberté.

 

 

 

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10 décembre 2011

Connaissance de soi grâce à la symbolique des contes

 

«  Connaissance de soi grâce à la symbolique des contes »

 

Que faire de la complexité qui nous habite ?

Comment faire des choix et les assumer ?

Comment accorder le féminin et le masculin en nous et les apprécier dans les personnes avec lesquelles nous sommes en relation ?

Comment assumer les talents légués par nos anciens tout en se libérant de leurs limitations ?

Quels sens donner aux épreuves de la vie ?

Comment les traverser pour atteindre l'objet de notre quête ?

 Les contes ne donnent ni réponse ni solution à ces questions. Mais de manière à la fois profonde et légère  parce qu'imagée, ils nous proposent de les aborder en étant attentif au merveilleux de la vie qui peut se révéler malgré les difficultés que nous avons à traverser et bien souvent à l'occasion de celles-ci. Si les contes n'ont pas de pouvoir en eux-mêmes, leur langage symbolique offre de multiples tremplins à notre imagination tandis que les échanges en petit groupe ouvrent des perspectives de réflexions et de transformations  que chacun peut expérimenter à son gré. Je propose

 

trois week-end de connaissance de soi grâce à la symbolique des contes : 

 

                           HARMONISER  LE FÉMININ  ET LE MASCULIN
                                 À  LA  CROISÉE DES  CHEMINS

                      TRANSFORMER   SON HÉRITAGE   FAMILIAL

 

Les échanges au sein du groupe et les travaux personnels qui sont proposés aident  à comprendre ce qui favorise ou freine la réalisation des participants et les invitent à préciser et à nommer leur quête.

Le climat favorable à une écoute bienveillante et à des échanges respectueux permet de progresser dans la compréhension des autres et de soi-même à partir de l’écoute d’un conte initiatique. Les résonances personnelles et le partage des impressions laissées par le récit libèrent  les ressources de l'imaginaire, soutiennent et inspirent les participants dans leur appréhension du thème qu'ils ont choisi.

Si l’expérience artistique et parfois sollicitée et que les apports sur le langage symbolique des contes sont précieux, il n’est pas nécessaire  d’être initié dans l’un ou l’autre domaine mais plutôt de se laisser guider par l'enfant créatif en soi tandis que l'adulte qu'il est devenu lui offre un cadre et un temps privilégiés.  Vous pouvez le faire dès à présent en vous inscrivant à un week-end de printemps

                     « Connaissance de soi grâce à la symbolique des contes » !

 Le passé est fabuleux,

 

                          le présent s’y accroche comme un cheveu d’or et le temps,

 

                                                                                                quel que soit notre âge, s’y arrête...

                                                                                      

conte.jpg Emmanuelle Bornibus a expérimenté sa pratique en animant des groupes de paroles et des stages résidentiels sur la symbolique des contes depuis plus de vingt ans. Ses connaissances sont validées par un diplôme des hautes études des pratiques sociales. Elle a bénéficié de plusieurs formations dispensées par des psychologues et des psychanalystes.Elle est signataire de la charte : "Art Développement".www.chartreartdev.eu

 

                                          

 


« A la croisée des chemins » du samedi 7/04 à 11h au lundi 9/04 à 12 h.   Coût : 150 euros 

 

Le conte comme aide à la réflexion et à la prise de décision lors des périodes de changements.                                                                                                                                                       « Harmoniser le masculin et le féminin » du jeudi 17/05 à 11h au dimanche 20/05 à12h.  Au delà de la question des genres, il s’agit de percevoir les énergies agissant en soi et autour de soi afin d’éprouver leurs dynamiques complémentaires.                              Coût : 230 euros

 

« Transformer son héritage familial » du samedi 26/05 à 11h au lundi 28/05 à 12 h

 

Chacun hérite de ses ascendants, sur le plan matériel ou/et immatériel. Il s’agit  d’assumer au mieux cet héritage, de l’alléger et de l’enrichir selon les cas.                            Coût : 150 euros 

 

 
Tarif pour deux modules : "Harmoniser le masculin et le féminin "+ un autre : 350 euros
Il est possible de payer en trois versements. Le nombre des participants est limité à sept.
Lieu : dans une maison de famille à Saint Jean - Saint Maurice, près de Roanne (42).

 

Des précisions vous seront envoyées sur votre demande à cette adresse email :           

site : www.emmaconte.com/

                                                              emmabornibus@gmail.com

                                                                                                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                     

 

 

 

 

 

 

 

 

                               

 
 

 

 

 

 

 

 

23 novembre 2011

Forum avec K. Berger et J.Kelen, écrivains

 

FORUM104
104 rue de  Vaugirard - 75006 Paris
M° St Placide ou Montparnasse

mercredi 30 novembre de 20h à 22h
Des femmes et de Dieu
Avec Jacqueline KELEN et Karima BERGER

 

 

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Jacqueline KELEN
auteure entre autres de 
Les femmes dans la Bible
et Lettre d’une amoureuse à l’adresse du pape

 

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Karima BERGER auteure entre autres de
Eclats d’islam, chroniques d’un itinéraire spirituel et  Rouge Sang Vierge


 

Cette soirée est organisée en partenariat avec l’ISTR (Institut des Sciences et Théologie des Religions). Deux femmes, l’une chrétienne, l’autre musulmane, partagent leur vision des femmes à partir de leur propre enracinement culturel et religieux. Elles témoignent de la place du divin dans leur existence et s’interrogent sur leur rôle et leur mission au sein des institutions religieuses. Cette soirée est aussi une invitation à poursuivre la réflexion par le cycle de six conférences qui se déroulera de janvier à avril 2012 à l’ISTR sur le thème « Les femmes au regard de six grandes traditions religieuses » (informations sur www.ipc.fr/istr ou par courriel : istr@icp.fr).

 

 

 

 Participation aux frais : 10€, adhérents : 5€

03 novembre 2011

Des nouvelles de la Mort et de ses petits.

 

Des nouvelles de la Mort et de ses petits.
Anne-Lise Grobéty
Bernard Campiche Editeur  (Août 2011)

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

 

 

Des_nouvelles…_vignette.jpgLe sous-titre du  roman Des nouvelles de la Mort et de ses petits d’Anne-Lise Grobéty, Mémoires intestines d’Islo Pers, fils du Grand humeur du Roi, qui succéda à son père de manière éphémère, semble annoncer, quand on ignore qu’il recèle un jeu de mots plein d’humour, une parodie d’ouvrage historique. Or ce n’est qu’apparence et illusion. Ce roman abrite une richesse insoupçonnée. Il  se déroule à une époque indéterminée,  ( la toile de fond politique pourrait synthétiser plusieurs périodes  historiques dans lesquelles le roi, « sa minjesté »,  tient une place très importante),    dans un pays imaginaire, « Le Pays Bougon » aux nombreuses ressemblances  cependant avec la France du XVIIIe siècle comme le laissent deviner les références au jeu du « toton »,  à la « Grandencyclopédie », aux ouvrages du « Penseur », à l’arrestation du Roi : « Le Roi avait été confisqué par des émeutiers dans son pavillon de Brentes, au cœur de la forêt de chasse de Chacogne » et à la Révolution : « la Bougonnerie le premier pays au monde où le Grand Renversement était établi ». Islo, le narrateur et personnage principal, est le fils du «Grand humeur » du roi, « né au Grand Palais de Saint Eulalère, au sein du logement adjugé à (s)on père dans l’aire royale, en vertu de sa charge ».  Le Grand humeur s’occupe des « affaires du fondement et de ses excrétations » « des royaux boyaux ». Avec un style raffiné, esthète, Anne-Lise Grobéty évoque dans tout le roman les fonctions corporelles, les exorcisant de leur côté répugnant, apportant de surcroît souvent charme et humour à l’horrible, exhibant ce qui est normalement caché et tu : « Et voilà qu’elle relève largement robe et jupons, qu’elle descend son petit pantalon pour offrir à ma vision  un doublé de fesses parfaitement roulées, je manque d’en perdre la raison ! Surtout m’apparaît clairement le trou d’où je vois poindre comme le jour, doucement, un merveilleux excrément, moulé à point, qui rompt son cours en un instant et chute sur le sol entre les brindilles tout délicatement… » Les innombrables références aux déchets corporels, métonymie d’un univers en délitescence présentent  quasiment  une approche nosologique de la société. Anne-Lise Grobéty  dénonce ainsi  la fin d’un pouvoir arbitraire qui ne peut produire qu’écoeurement, dégoût et révolte. Mais à la différence des écrivains décadents de la fin du XIXe siècle dont la narratrice est proche par certains de ses thèmes et par l’écriture, Anne-Lise Grobéty a foi dans le progrès. Le lecteur assiste à l’évolution d’Islo, esprit de plus en plus libre à la faveur de l’enseignement de son Maître dont l’ascension pleine de noblesse vers l’échafaud à la fin de l’ouvrage  favorise la souveraineté du peuple et « la culbute de l’ancien régime ». Mais ces éléments socio-historico-philosophiques  ne sont pas ce qui importe le plus dans l’ouvrage. Avant même de lire, le lecteur le devine à sa couverture soyeuse, brillante et esthétique. L’image d’une des salles du théâtre baroque de Cesky Krumlov, lui-même mis en abyme dans le texte (« Une sertissure de fleurs frêles qui se mêlent aux plis compliqués du rideau retenus par des grappes d’énormes pompons avec, des deux côtés de la scène, sur des colonnes tout en marbrures, une double rangée de chérubins portant (à deux, il est vrai) un immense chandelier à multiples bras, tous feux allumés ») place d’emblée le roman sous le signe de la beauté.

 

 

 

 Des nouvelles de la Mort et de ses petits d’Anne-Lise Grobéty est en effet avant tout l’aventure d’une écriture.  C’est une véritable œuvre d’art littéraire aux antipodes de la littérature de consommation. Cette prose poétique ennoblit le vulgaire,  mêlant  le réalisme le plus sordide au sublime le plus esthétique, le grotesque et la magnificence, le tout pointillé d’humour, malgré la présence constante de la mort qui coule inexorablement dans la vie.  Dès les premières pages,  la personnification de la nature introduit subtilement l’excrémentiel : « …le jour ne saurait tarder  à purger sa pénombre  de toute équivoque et à redonner contours de platane et d’érable à cette double croupe d’ombre frôlant la demeure », (c’est nous qui soulignons) annonçant en même temps une espèce de  fascination  pour la décomposition, métonymie de la mort.  Un langage recherché, précieux, (le mot rare est toujours privilégié dans tous les domaines, dans le lexique de la botanique par exemple, avec « déhiscence », de la zoologie, avec « la chouette chevêche »…) serti d’archaïsmes (« Mon maître, avons-nous réellement quelque chose à faire céans ? »), de néologismes (« la saison Morne », « la saison Morve ») plonge le lecteur dans un univers dépaysant.  Des chaînes phoniques se construisent à la faveur d’assonances, de rimes intérieures (« Le pire était l’évidence d’aimer quelqu’une qui n’était même pas au courant de mon existence…Le première urgence serait donc …. », « …tantôt une sittelle qui se posait à deux pas de moi et m’offrait la gracieuseté de ses petits pas de demoiselle ! », « Blandine, tonne la matrone, restez tranquille, vous allez prendre un coup de chaud avec votre tourbillonne ! ») donnant rythme et cadence au texte.

 

Les descriptions constituent  de véritables natures mortes de l’écriture  comme le portrait de la « cousinette », « mignonne comme une fleur de pivoine, rose de teint, les cheveux de la couleur de l’avoine mûre et toute cousue de dentelles les jours de dimanche » qui suggère la gracieuse silhouette de la fillette, unissant la grâce féminine et celle de la fleur.  Les personnifications  recomposent la nature, la transfigurent,  « le jour faisait à peine ses ablutions dans la rosée »,  « Parfois, j’étais gratifié de pirouettes de rires qui faisaient brutalement un accroc dans le jupon moiré de l’air nocturne…. », ouvrant le lecteur au rêve en faisant vibrer les couleurs, les sons, les parfums. Alors que les substantifs donnent le retentissement des sensations, les adjectifs les prolongent.

 

L’écriture  baroque, raffinée et  élégante de l’écrivain sublime le réel tout en titillant l’esprit du lecteur avec de nombreuses références culturelles explicites ou implicites ( Prospero Alpini, Ronsard, La Fontaine…), provoquant aussi maintes fois  son sourire par des jeux de mots et des quiproquos savoureux.

 

 

 

 

 

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01 novembre 2011

Et maintenant on va où ?

 

Et maintenant on va où ?
Film réalisé par Nadine Labaki. (2011)
Avec Nadine labaki, Claude msawbaa, Leyla Fouad.


 

(Par Elias Abou-Mansour)

 

 

 

iimage film.jpgLe scénario du film de Nadine Labaki,  Et maintenant on va où ?  a été conçu comme une fable, un conte universel doté d’une morale. Nadine Labaki, la réalisatrice, scrute la société libanaise, ses maux, ses ridicules et ses tares en esthète, mêlant poésie et naïveté. Cette  comédie-dramatique transfigure le réel en conjuguant folklore provincial, humour, émotion et chants. L’intrigue prend racine dans un village où l’église jouxte la mosquée. (Au Liban, la maison de Dieu est construite avant celle des hommes). Cette coexistence islamo-chrétienne a toujours été la fierté des Libanais. Elle est même l’essence et l’identité du pays bien que des tensions aient parfois taché cette harmonie interconfessionnelle.

 

Le village où se déroule l’histoire est, d’après la sémiologie, situé dans le Sud du Liban. Il est cerné par les mines, les bombes à sous-munitions et les barbelés. Ces bombes sèment le handicap et la mort dans les champs avoisinants comme en témoignent l’enfant estropié et la mort de la chévre, Brigitte. En outre, ce village est délaissé par l’Etat. L’absence d’infrastructures comme l’adduction d’eau, les routes asphaltées, l’électricité, l’école… le prouve.

 

L’intrigue est simple. Elle oppose avec humour et émotion la paix des femmes contre la violence débridée des hommes.  Ainsi, les femmes sont lasses de pleurer leurs morts. Brisées par le chagrin, ce sont elles qui subissent le plus les conséquences de la guerre en tant que mères, sœurs et épouses. Elles, qui portent le deuil, déchirent leurs vêtements et se lamentent à l’instar des pleureuses siciliennes. C’est pourquoi, chrétiennes et musulmanes essaient d’endiguer la violence des hommes et d’étouffer la haine.  Elles sont sublimes par rapport au donquichottisme masculin. Nadine Labaki débute son film par une magnifique chorégraphie : un groupe de femmes endeuillées, toute de noir vêtu,  visages pâles cadencent   leurs  pas et frappent leur poitrine, gestes symbolisant la douleur, la plainte, la lamentation. La réalisatrice présente des femmes lucides, déterminées et réfléchies malgré leur détresse. L’exemple de Taqla, la chrétienne, émeut le spectateur, lorsqu’elle proteste contre la Vierge, lui crie sa douleur et sa révolte. Déterminée à sauvegarder la fraternité entre chrétiens et musulmans, elle  n’hésite pas à tirer sur son fils afin de l’empêcher de  porter les armes.

 

Le film Et maintenant on va où ? est un hymne aux femmes, un hommage  à leur courage et à leur intelligence. En effet, il montre des femmes ingénieuses, gardiennes de valeurs comme la paix, la fraternité, la tolérance. Ces femmes symbolisent l’énergie, le discernement et la lucidité face aux hommes, incarnation de l’instinct, de la vengeance et de la violence. La vision de la femme libanaise sur la société est plus constructive que celle des seigneurs de la guerre.

 

 Nadine Lakaki tourne en dérision l’intolérance religieuse. Cette présentation théâtrale est-elle une catharsis ? La réalisatrice essaie de résoudre ainsi la gangrène du fanatisme religieux. Mais elle ne propose pas vraiment de solutions précises. Incite-t-elle à une société laïque ? Ou bien évoque-t-elle un déisme à la Voltaire ? Elle laisse le spectateur indécis.

 

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31 octobre 2011

L'art à la rencontre de la mémoire

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30 octobre 2011

Soirée poétique et oeuvre picturale de Valentine Brun

Le jeudi 1er décembre, à 19 h 30

venez découvrir une artiste peintre et peut-être gagner un de ses tableaux lors d'une soirée poétique à partir de son œuvre picturale animée par

Emma Bornibus et Malène Daquin.

Seules 20 places sont disponibles au vu de l’espace disponible dans l’appartement-atelier de l’artiste, 30 rue du Bon Pasteur, 69004 Lyon.

Il est donc nécessaire de réserver avant, au plus tard le lundi 28 novembreauprès de Valentine Brun.

             09 50 57 31 12 – 06 60 92 79 90Email  brun.vale@free.fr 

Cette soirée poétique vous offre la possibilité d’acquérir à un prix promotionnel un tableau que vous pourrez choisir tranquillement sur la page :http://www.valentine-brun.weonea.com/page/40291

Les tableaux de cette page sont vendus avec facilités de paiement. 

Le prix de la soirée est de 12 euros. Le billet acheté sur place portera votre nom et vous pourrez repartir lors du tirage au sort à la fin de la soirée avec une œuvre que vous choisirez parmi les tableaux restant disponibles sur la vingtaine proposée.

 

 


 

29 octobre 2011

Tunsie, une révolution arabe

 

Tunisie, une révolution arabe.
Pierre Puchot
Edition Galaade (2011)

 

 

 

(Par Elias Abou-Mansour)

 

 

 

Puchot-TUNISIE-72dpi.jpgPierre Puchot, journaliste à Médiapart, a suivi de près les événements tunisiens. Dans Tunisie, une révolution arabe,  il relate l’histoire de la révolution pacifique tunisienne à travers une série d’articles, de reportages et d’enquêtes. En effet,   Tunisie, une révolution arabe est un recueil d’articles, classés chronologiquement,  sur la Tunisie en effervescence.  Pierre Puchot scrute en profondeur la mutation de cette société. Et, en fin connaisseur du monde arabe, il décrit la lutte du peuple tunisien pour la liberté, l’insoumission des partis, des syndicats et du citoyen à la terreur. Il décrit l’histoire de l’engagement des Tunisiens et leurs souffrances. Tunisie, une révolution arabe est une reconnaissance de la lutte du peuple tunisien. Ce livre rend hommage à ce peuple qui réclame la dignité, la justice, la liberté, la démocratie et les droits fondamentaux : « ce peuple digne réclame justice, liberté et démocratie. Et, il ne veut pas que sa révolution soit confisquée ». L’auteur analyse, avec précision, comment l’édifice du pouvoir s’est lézardé : la détermination du peuple a fait chanceler le régime. L’armée, négligée par le pouvoir,  a protégé le peuple qui a détrôné le monarque absolu, Ben Ali. Mais le vide institutionnel menaçait la société tunisienne. En effet, toute alternative était absente. Comme le montre le journaliste, aucun parti n’émergeait : « Toutes les familles politiques, la gauche, les islamistes, les nationalistes arabes, les libéraux ou les salafistes ont été touchés par la répression ». La seule force d’opposition crédible sur la scène politique était l’UGTT (l’Union Générale Tunisienne de Travail). Beaucoup de Tunisiens regardaient ce  syndicat comme leur représentant légal. L’UGTT serait-elle un « nouveau solidarnosc » ?

 

La révolution tunisienne a secoué les consciences des peuples du Maghreb et du Machreq. Le souffle de la  liberté a galvanisé les Egyptiens qui ont repris les slogans tunisiens : « Moubarak dégage », « Liberté », « dignité ». Les peuples arabes essaient de se frayer un chemin vers la liberté. L’élément déclencheur de leur colère est l’humiliation. Cette humiliation est le moteur du cataclysme social. Les Arabes se sont révoltés pour la dignité, la liberté, la démocratie. Ils rêvent d’un projet politique qui invente la modernité, la démocratie et la prospérité. Tunisie, une révolution arabe est un livre instructif, richement documenté. Pierre Puchot, journaliste chevronné, fin connaisseur du Proche-Orient, a mené des enquêtes approfondies, trouvant toujours le mot juste et percutant.

 


Mais le lecteur peut rester perplexe et se poser de multiples questions. Faut-il ostraciser le parti islamique, Ennahda (la Renaissance) ? Peut- on comparer Ennahda à la démocratie chrétienne ? Avec Ennahda, le statut de la femme subira-t-il une régression ? Le printemps arabe évoluera-t-il en automne ?  Le lecteur ne peut que faire confiance à la maturité du peuple tunisien.

 

 

 

08 octobre 2011

Les Hommes libres d'Ismaël Ferroukhi

 

Les Hommes libres.
Film français d'Ismaël Ferroukhi avec Tahar Rahim,  Michaël Lonsdale, Mahmoud Shalaby. (2011)

 

(Par Elias Abou-Mansour)

 

 

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Dans le film, Les hommes libres, Ismaël Ferroukhi réunit les deux communautés religieuses juive et musulmane considérées par beaucoup comme inconciliables et détruit ainsi de nombreux préjugés et clichés. Alors que le cinéma américain a diabolisé l’image de l’arabo-musulman, ce réalisateur présente ce dernier comme un homme juste ( tsadik en Hébreu, sadiq en arabe). Le film fondé sur des événements historiques réels, des faits véridiques, présente une belle histoire de solidarité. L’immigré maghrébin, souvent considéré comme le fossoyeur de la République, est dans le film un Résistant participant activement à la libération de la France occupée. Le film, Les Hommes libres, rend hommage aux immigrés maghrébins sous l’occupation nazie. Ismaël Ferroukhi montre le rôle joué par les Maghrébins dans la Résistance. Son film, à l’instar de celui de Rachid Bouchareb, Indigènes,  exhume de la Seconde Guerre mondiale, une mémoire musulmane refoulée et méconnue et clame sa reconnaissance. En effet, sous l’occupation nazie, le recteur de la Mosquée de Paris,  joué par Michaël Lonsdale, et des musulmans maghrébins se sont mobilisés pour arracher des Juifs des griffes de la Gestapo.

Les Hommes libres décrit  la vie des immigrés maghrébins sous l’occupation. Il brosse un tableau de leur situation misérable dans la France de Vichy, évoque le marché noir, les arrestations, les rafles, la collaboration. Younés, le personnage principal, emmène le spectateur vers une cour intérieure où sont rassemblés des immigrés arabes démunis et marginalisés. Mais ces hommes côtoient des ouvriers français, militent dans des syndicats et participent à la Résistance.  Ils se forgent donc une conscience prolétarienne. C’est le cas d’Ali, le cousin de Younès, membre actif dans la Résistance qui acquiert une conscience nationale et se révèle être un nationaliste algérien qui pense à l’après guerre et à l’indépendance de son pays.

Toutefois le thème principal du film est la Shoah. Il présente  le Recteur de la Mosquée, Ben Ghabrit,  qui était un humaniste  raffiné, cultivé. Mystique,  épris d’art et de musique, il sauva Salim Halali, un chanteur juif sépharade ainsi que des Juifs traqués par les nazis et la police de Vichy. Une séquence émouvante symbolise de façon magnifique  la solidarité des Musulmans à l’égard des Juifs lorsque l’imam interrompt la prière pour demander aux fidèles de quitter la Mosquée et de se diriger vers la sortie afin que Younès et une fillette juive poursuivis par la Gestapo se fondent dans la masse des croyants et s’enfuient.

Ce film attachant est un message de paix, d’humanité et de générosité. Ismaël Ferroukhi bouscule les clichés et fait tomber les tabous. Sa fiction fondée sur le réel est un jalon vers la paix.

Nous voulons ajouter que la civilisation arabe a connu, jadis, une coexistence pacifique entre les trois communautés juive, chrétienne et musulmane. Et quand Salim Halali chante la musique andalouse (al mouachahat al an’daloussyat en arabe), il fait renaître cette harmonie intercommunautaire d’autrefois. La  mutation de la conception de l’arabo- musulman présentée par Ismaël Ferroukhi coïncide avec les Printemps arabes. Nous pouvons déduire que le monde n’a pas encore sondé la force et la profondeur de ces printemps.

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06 octobre 2011

Coups de pilon

 

Coups de pilon 

David DIOP

Edition Présence Africaine (2002)

 

(Par Joëlle Ramage)

 

genere-miniature.aspx.gifCe n’est pas un livre récent mais un livre puissant, puisqu’il s’agit de l’unique recueil poétique d’un homme qui a voulu pousser, à travers ses écrits,à la fois un cri de révolte contre le colonialisme et contre ses méfaits multiples (violence, assimilation, abâtardissement, aliénation, etc.) et une revendication du droit à la différence, à la « reconnaissance » par l’Autre. Professeur de Lettres, David Diop - décédé trop jeune, à 43 ans, dans un avion qui se crashe au large du Sénagal – est en effet un poète engagé qui a mis son talent pour la poésie au service de la lutte anticolonialiste et de la libération des peuples africains. Ainsi, il a su être mordant pour ceux des Africains qu’il considérait comme des valets du colonialisme : "Mon frère aux dents qui brillent sous le compliment hypocrite, sur les yeux rendus bleus par la parole du maître, mon pauvre frère au smoking à revers de soie". Par sa poésie, sa passion, son engagement, la fougue de la jeunesse, les appels à retrouver la dignité perdue, David Diop a profondément marqué son époque.

 

Douter, souffrir, haïr mais aussi être certain de l’avenir, espérer, aimer son prochain et pousser son frère à retrouver son identité, à recouvrer son moi, à agir, à dire non quand il le faut, à arracher sa liberté à l’Autre, voilà le rôle du poète tel que le montre sa poésie. David Diop est de cette race de poète engagé au sens double du terme : sa poésie met en scène ses convictions politiques et intellectuelles. En témoigne ce qu’il a déclaré à propos du régime colonial : celui-ci « reposant sur l’exploitation économique et la falsification historique », a toujours donné la priorité à ses valeurs : « Hypocrisie donc que de parler de symbiose de civilisations, de profits réciproques dans une communauté dont les universités ignorent jusqu’aux noms de nos grands penseurs et passent sous silence l’histoire de nos empires. Seuls peuvent s’en accommoder les tenants d’un cosmopolitisme culturel habillé d’oripeaux exotiques ».

David Diop doit également beaucoup à Aimé Césaire. Il lui doit jusqu’à la manière de percevoir le concept de civilisation lié à l’idée de progrès économique et scientifique et de développement. Etant pour l’auteur un instrument de combat, la poésie sert donc non seulement à expliquer l’origine du déchaînement des haines et des violences entre les races noire et blanche mais aussi à fustiger toutes les formes d’injustice perpétrées dans le monde.

La parole de David Diop témoigne de ce lieu admirable, difficile et tellement rare qui réunit la savante maîtrise du verbe et l’incroyable profondeur de l’émotion. L’écrivain savait l'Afrique par coeur, au plus profond d'elle-même, en ses sources vives, en son peuple, c'est-à-dire en sa vérité. Il la connaissait en sa fragilité et en ses caricatures, avatars d'une Afrique vendue et exploitée aux marchés de l'Histoire.

 

Il n’est que de se souvenir de l’un de ses plus précieux poème : « Afrique mon Afrique » :

 

 

Afrique

Afrique mon Afrique

Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales

Afrique que chante ma grand-mère

Au bord de son fleuve lointain

Je ne t`ai jamais connue

Mais mon regard est plein de ton sang

Ton beau sang noir à travers les champs répandu

Le sang de ta sueur

La sueur de ton travail

Le travail de l'esclavage

L`esclavage de tes enfants

Afrique dis-moi Afrique

Est-ce donc toi ce dos qui se courbe

Et se couche sous le poids de l'humilité

Ce dos tremblant à zébrures rouges

Qui dit oui au fouet sur les routes de midi

Alors gravement une voix me répondit

Fils impétueux cet arbre robuste et jeune

Cet arbre là-bas

Splendidement seul au milieu des fleurs

Blanches et fanées

C`est L'Afrique ton Afrique qui repousse

Qui repousse patiemment obstinément

Et dont les fruits ont peu à peu

L’amère saveur de la liberté.

18:08 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)